[CRITIQUE] Miss, de Ruben Alves

Le pitch : Alex, petit garçon gracieux de 9 ans qui navigue joyeusement entre les genres, a un rêve : être un jour élu Miss France. 15 ans plus tard, Alex a perdu ses parents et sa confiance en lui et stagne dans une vie monotone. Une rencontre imprévue va réveiller ce rêve oublié. Alex décide alors de concourir à Miss France en cachant son identité de garçon. Beauté, excellence, camaraderie… Au gré des étapes d’un concours sans merci, aidé par une famille de cœur haute en couleurs, Alex va partir à la conquête du titre, de sa féminité et surtout, de lui-même…

Autre film, autre victime de la pandémie mondiale : annoncé en grande pompe après sa présentation au Festival de l’Alpe d’Huez en janvier 2020, le film Miss parvient finalement à sortir en salles pour quelques courtes semaines en octobre dernier. Un parcours qui ne passera pas inaperçu auprès de l’Académie des César puisque l’interprète principal, Alexandre Wetter, se voit adouber par une nomination parmi les meilleurs espoirs masculins.

8 ans après le chaleureux La Cage Dorée qui dressait le portrait d’un couple portugais moyen qui qui hérite soudainement d’une fortune, Ruben Alves revient à la réalisation avec Miss, une comédie au postulat ambitieux autour d’un jeune homme qui désire devenir Miss France depuis l’enfance.
L’histoire est aussi simple que ça : Miss suit le parcours d’Alex, un homme au physique aussi androgyne que troublant, survivant d’un drame familiale terrible, qui décide enfin de suivre son rêve, entourée par une famille d’adoption atypique. Entre un travesti, des cultivateurs de plantes vertes, un studio de couture qui n’a pas l’air très honnête et une matrone bougonne, Miss part à l’assaut d’un des concours le plus controversé de France. Bousculé entre le glamour des Miss et les préjugés sur la légitimité du spectacle, le film de Ruben Alves choisit de rester en surface et surtout en admiration pour son personnage principale qui se transforme avec une aisance vertigineuse.
Douillet et léger, Miss se déroule sans accro à travers une histoire cousue de fils blancs, qui fait sourire ou amadoue au bon moment.

Oui mais voilà, en choisissant la facilité, le film de Ruben Alves cumule aussi de mauvais points. Si la légèreté ambiante du film aurait pu transformer l’essai en feel-good movie, Miss rate le coche en évitant soigneusement de s’engager un peu plus frontalement dans son discours. En effet, Alex est un homme qui rêve d’être Miss France : son genre est identifié rapidement, tout comme sa volonté de rester un homme « qui se sent bien en femme ». D’accord… sauf que vu le concept du film, j’en attendais un peu plus. A aucun moment, Miss ne s’intéresse au problématique LGBTQ+ – alors qu’en plus d’un héros, sa famille d’adoption comporte aussi un homme travesti qui se prostitue – et refuse d’aborder les questions de genre ou d’identité sexuelle, préfèrent balayer ces sujets sous le tapis.
Certes, tous les films n’ont pas besoin d’être (politiquement) engagés ou progressistes (quoique…), mais Miss arrondit ostensiblement les angles pour éviter de se prononcer, laissant une communauté entière sur le carreau. C’est comme faire un film sur, par exemple, un couple mixte et filmer l’intégration d’une personne issue d’une minorité ethnique parmi un autre groupe ethnique… sans jamais aborder le sujet du racisme ou de la discrimination. Finalement, la prouesse de Ruben Alves est d’avoir aussi bien réussi à tourner autour du pot, ce qui entache la bienveillance mignonnette et impersonnelle de Miss.

De plus, en avançant avec des œillères, le film cumule les incohérences vaguement rattrapées au vol dans le twist final (sans plus d’explication que ça). Entre le comité Miss France qui se fait berner trop facilement et les personnages qui retournent leur vestes sans explication, Miss survole ses enjeux et, au-delà de tout ça, Ruben Alves reste cruellement en surface.
En fait, même si l’acteur est nommé aux César, j’ai du mal à comprendre pourquoi tant j’ai l’impression que sa performance ne va pas plus loin que son physique. Son personnage est posé comme une belle plante et, en dehors d’un flashback du petit garçon qui déclare vouloir être Miss France quand il sera grand, le scénario ne creuse jamais son histoire ni se relation. Le film dévoile quelques bribes d’informations, mais à part filmer la beauté de l’acteur – anciennement mannequin – sous tous les angles, il n’y a rien de plus pour s’attacher au personnage, que ce soit à travers son parcours, son mal-être ou sa quête. Exemple tout simple : on croisera une guest star au détour d’une caravane qui lui expliquera comment s’entraîner à être une femme… la scène suivante, Alex cavale déjà sur des talons de douze ! Imaginez le film Miss Détective sans la scène dans le hangar où elle se fait épiler et tout le tralala jusqu’au moment où elle en sort en bombe plastique ? Imaginez le film Pretty Woman sans la séance d’essayage ? C’est tout aussi décevant, pourquoi nous priver du passage incontournable du film typique qui va transformer un « vilain petit canard » au cygne ?
Et au-delà de ça, pourquoi réduire les femmes à des clichés aussi rigides (porter des talons, un corset… sommes-nous en 2020 ou en 1820 ?). Pour faire simple, Miss manque beaucoup de personnalité, ce qui n’aide ni le film ni l’image des Miss France, tandis que l’intrigue sirupeuse offre un dénouement attendu et superficiel autour d’une pseudo-reconquête de soi-même. Barf.

Au casting, donc : en dehors d’un passage furtif dans la série Emily in Paris, Alexandre Wetter fait ses premiers pas au cinéma. Son passé de mannequin aide forcément sa performance, mais à part être beau et élégant, son personnage manque affreusement de relief, si bien que durant les quelques scènes collégiennes, il se fait largement voler la vedette par ses co-stars de caractère. Isabelle Nanty (Été 85, Mon Poussin, Les Tuche…) en matrone soixante-huitarde, Thibault de Montalembert (Dix Pour Cent, Jalouse, Aurore…) fabuleusement méconnaissable en Lola, le duo hilarant Moussa Mansaly (Validé, La Vie Scolaire…) et Hedi Bouchenafa (Hors Normes, Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon Dieu ?…), ainsi que Pascale Arbillot (Les Apparences, J’irai Où Tu Iras…) en gouvernante inflexible et monochrome des Miss… le film s’étoffe surtout grâce aux personnages secondaires aux en couleurs, complété par d’autres visages connus tel que Stéfi Celma (Dix Pour Cent, Tout Simplement Noir…), Claire Chust (Problemos…) ou encore Sylvie Tellier et Vaimalama « Miss France 2019 » Chaves dans leurs propres rôles.

En conclusion, si d’un coté Miss coche presque toute les cases du film mignon avec un soupçon de tolérance, de l’autre le film passe totalement à coté de son sujet et ce, volontairement. Résultat, à défaut d’ouvrir le dialogue sur les interdits et/ou les discriminations auxquels font face la communauté transgenre (au quotidien ou sous les paillettes), Ruben Alves livre une comédie transparente et sans aspérité qui se font dans effort dans un monde hétéro-normé qui sera ravie de zapper dessus un dimanche soir sur TF1, alors qu’il y avait là un terrain propice à l’éducation bienveillante à travers l’humour. Dommage. A tester.

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