[CRITIQUE] Aline, de Valérie Lemercier

Le pitch : Québec, fin des années 60, Sylvette et Anglomard accueillent leur 14e enfant : Aline. Dans la famille Dieu, la musique est reine et quand Aline grandit on lui découvre un don, elle a une voix en or. Lorsqu’il entend cette voix, le producteur de musique Guy-Claude n’a plus qu’une idée en tête… faire d’Aline la plus grande chanteuse au monde. Epaulée par sa famille et guidée par l’expérience puis l’amour naissant de Guy-Claude, ils vont ensemble écrire les pages d’un destin hors du commun.

Parmi les films dont la sortie a été retardée à cause de la pandémie et la fermeture des cinémas, Aline de Valérie Lemercier figurait haut placé sur ma liste d’attente. Et pour cause, la réalisatrice osait un pari fou mais également à la hauteur de son talent pour la comédie et la transformation, en incarnant une simili-Celine Dion. Et pourtant, rien n’était gagné, puisque les films de Valérie Lemercier n’ont pas toujours été des réussites : pour un hilarant Palais Royal ! en 2005 – où la réalisatrice s’inspirait (et se moquait) de la royauté belge mais également des déboires de feue Lady Di – il a fallu composer avec un 100% Cachemire affreux (même avec un remontage avant sa sortie vidéo) et un Marie-Francine vieillissant. Cependant, l’humoriste et comédienne experte en auto-dérision s’est tout de même démarqué dans des films pas forcément folichons mais dont la présence réhaussait largement le niveau, comme dans le récent Forte de Katia Kewkowicz ou le mémorable Agathe Cléry d’Etienne Chatiliez (2008). Du coup, oui, Valérie Lemercier en pseudo Céline Dion, c’était quelque chose que j’attendais de voir.

Aline n’est pas Céline Dion, mais Aline s’inspire grandement du parcours de la star québécoise à partir de sa rencontre avec son mentor, René aka Guy-Claude. Entre lettre d’amour et hommage, le film de Valérie Lemercier retrace la carrière fulgurante d’une enfant à la voix impressionnante jusqu’à une vie d’adulte pleine de faste et de paillettes, le tout à travers une histoire d’amour improbable et controversée.
À l’inverse des biopics (officiels ou non) habituels, Aline ne cherche pas le sensationnel et n’a pas de grands secrets à dévoiler. En fait, on pourrait même se dire que le film détonne après autant de Rocketman, Bohemian Rhapsody ou encore le lointain Gainsbourg, Vie Héroïque, puisque Céline Dion n’a jamais eu, visiblement, de grands secrets à cacher. Et c’est probablement ce qui rend le personnage aussi accessible, depuis son enfance au milieu d’une famille nombreuse aux allures de Bidochon, jusqu’à son ascension dans les années 70 et 80, à l’époque où les chanteuses n’avaient pas besoin de se dénuder pour percer. Entre humour, amour et chansons cultes, Valérie Lemercier pose un regarde admirateur sur son Aline, qu’elle dépouille de ses allures de diva pour en faire un personnage de cœur, passionnée et amoureuse, quitte à fermer les yeux sur ses excentricités. Aline survole et bricole une Céline Dion presque fantasmée pour n’en garder que le meilleur, donnant à son film un pendant musical qui saura faire frémir les fans grâce à ses airs bien connus.

Seuls bémols cependant, si la doublure vocale, Victoria Sio, est incroyable, les concerts ou représentations d’Aline ont parfois un effet cheap, tandis que Valérie Lemercier, trop focalisée sur l’histoire d’amour et l’émancipation féminine de son héroïne, en oublierait certains moments marquants qu’on aurait aimé voir à l’écran – notamment la collaboration de Céline Dion avec certains de ses paroliers iconiques dont Jean-Jacques Goldman. Mais bon, il ne s’agit pas d’un biopic sur Céline Dion mais bel et bien d’une revisite de la star à travers une Aline accessible et gauche, partagée entre son amour dérangeant pour son mentor et l’étreinte d’une mère over-protectrice.

Au casting, Valérie Lemercier (Forte, Neuilly Sa Mère, Sa Mère !, Marie-Francine…) prend le rôle titre et est bluffante en presque Céline, aussi bien physiquement que dans les attitudes – même si je pense que nos oreilles françaises seront moins exigeantes sur l’accent québécois que nos cousins outre-atlantiques. Autour d’elle, Danielle Fichaud incarne la mère d’Aline, Sylvette, drôle et incroyablement attachante, tandis que Sylvain Marcel (L’Échappée, Les Honorables…) joue un Guy-Claude sincère. J’en profite pour souligner à nouveau le talent de Victoria Sio, la doublure vocales qui reprend les chansons de Céline Dion superbement.

En conclusion, Valérie Lemercier imagine sa Céline Dion à travers un faux biopic plein d’admiration et de tendresse, narrant l’émancipation de son héroïne partagée entre sa carrière, ses envies de femme et l’enfant qu’elle n’est plus totalement. En tout cas, c’est certains, Aline fera sourire et chanter les salles. À voir.

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