[CRITIQUE] Forte, de Katia Lewkowicz

Le pitch : L’important, c’est d’être soi-même. Mais pour Nour, 20 kilos en trop et un bonnet en guise de coupe de cheveux, c’est compliqué ! Elle ne semble être une option pour aucun mec… Bien déterminée à enfin séduire, elle a trouvé la solution imparable : la Pole Dance. Avec l’aide d’une prof un peu particulière et de ses deux meilleurs amis tout aussi paumés qu’elle, Nour va surtout essayer d’apprendre à s’accepter.

Réalisé par Katia Lewkowicz
Disponible en exclusivité sur Prime Vidéo
Avec Melha Bedia, Valérie Lemercier, Alison Wheeler, Jonathan Cohen, Bastien Ughetto…

Après deux comédies dramatiques (Tiens-Toi Droite, Pourquoi Tu Pleures ?), Katia Lewkowicz s’essaye à la comédie tout court en s’associant à l’actrice et humoriste Melha Bedia (sœur de Ramzy Bedia). Si globalement, le film Forte n’est pas détestable, c’est tout de même l’objet de nombreux ratés : alors que le film était prévu pour une sortie en salles le 18 mars dernier, la pandémie de Covid-19 en a décidé autrement. Et plutôt que de le décaler à plus tard, l’équipe de Forte décide de le proposer en exclusivité sur Prime Vidéo pour tous les abonnés. Un choix assez étonnant alors que d’autres films passent d’abord par la case VOD pour essayer de limiter les dégâts. Le bon coté des choses, c’est que, honnêtement, je ne me serai pas forcément déplacée pour voir le film.

Les autres ratés se trouvent dans tous les actes manqués qui pullulent au cours de l’histoire. Mais avant de s’attarder sur les bémols du film, commençons par ses quelques aspects positifs, car une fois la couche d’humour cliché et lourdingue, Katia Lewkowicz raconte surtout une histoire d’acceptation moderne, au cours du parcours accessible de cette jeune femme peu à l’aise avec son corps qui tente d’affirmer sa féminité en se mettant à la Pole Dance. Si le poids de l’héroïne est inévitable, j’ai aimé que Forte ne se focalise pas sur l’idée de perdre du poids pour être désirable, mais sur l’importance de se trouver belle pour l’être. Une nuance importante qui véhicule un message plus positif et fédérateur, qui se découvre dans certains aspects du film où le plaisir et la fierté du personnage se mêlent visiblement aux sentiments non feints de l’actrice Melha Bedia, rendant son personnage bien plus attachant dans ces moments plus doux et moins bourrins.

Cependant, tout cela serait plus visible si le scénario du film n’avait pas opté pour la facilité, la caricature et les clichés. Car avant ces quelques moments salvateurs, il faudra compter avec de l’humour aussi grossophobe – oui c’est possible, même avec une actrice ronde, car rire de l’apparence ronde de quelqu’un même en se mettant en scène sert aussi à véhiculer une image péjorative – que « minçophobe » – oui, c’est possible aussi quand on part du principe que mince rime automatiquement avec la beauté, un métabolisme de fusée et une vie sans problème. Forte joue dans la cour de récré avec des blagues attendues autour de son personnage un peu « garçon manqué » et peu féminine, en tentant grossièrement de dresser un tableau succinct sur ses relations foireuses avec les hommes qu’elles croisent (qu’ils la rejettent ou l’ignorent). Beaucoup de facilités s’accumulent tout au long du film, promptes à faire grincer des dents, alors que Forte s’enfonce dans un récit souvent réducteur, vu et usé plusieurs fois.

De plus, alors que le film de Katia Lewkowicz s’articule autour de la Pole Dance, le final choisira tout bonnement de jeter tous ces efforts aux placards pour boucler le tout dans une scène franchement ridicule. Entre auto-sabordage et maladresses, j’ai dû mal à comprendre ce choix : est-ce la pudeur évidente de l’actrice (qui malgré l’importance du contact entre la peau nue et la barre de Pole Dance ne se découvrira jamais au-delà du coudes et des mollets… bon allez, peut-être une fois) qui aura eu raison de la crédibilité de l’ensemble ou une entourloupe pour cause de pari non relevé ? Toujours est-il qu’au final, Forte semble donner le message que la Pole Dance est finalement plus adapté pour une corpulence plus dans la norme, malgré tous les efforts du monde, avec une entourloupe bancale.
En fin, en voulant s’approprier le mal-être des temps modernes, à savoir la presque obligation de rentrer dans un moule sociétal et conformiste (être beau, sportif, toussa toussa), Forte tente d’explorer en parallèle d’autres problématiques, comme l’identité sexuelle ou la soif d’amour d’une mère célibataire… mais Katia Lewkowicz n’arrive pas à chasser plusieurs lièvres à la fois et, sans mauvais jeu de mots, le film manque de finesse à tous les niveaux tant l’absence de subtil transforme Forte en un long sketch régressif, un peu marrant et accessible dans les grandes lignes, mais finalement anecdotique.

Au casting, on retrouve donc Melha Bedia (Bad Buzz, Pattaya, À Toute Épreuve…), vue trop souvent dans des comédies de qualités discutables et reléguée au rôle de la pote « moche » et lourdingue dont personne ne voudrait, qui tente peut-être de se racheter une conduite. Si le film laisse filtrer un potentiel adouci et plus sympathique de l’actrice, Melha Bedia se réfugie comme par réflexe dans la caricature qui l’a fait connaître. Par conséquent, si vous n’aimez pas son humour, de base, il faut éviter Forte.
Autour d’elle, un peu de beau monde, notamment une Valérie Lemercier (Marie-Francine, Neuilly Sa Mère, Sa Mère !…) extraordinaire en prof de Pole Dance au passé trouble, tandis qu’on retrouve des visages familiers du paysage drolatique en vogue avec Alison Wheeler (Anna, Going To Brazil…) en copine décoincée, Jonathan Cohen (Premières Vacances, Papa ou Maman 2…) en égocentrique musclé ou encore Ramzy Bedia (Le Hibou, La Lutte des Classes…) en commère. À l’affiche également, Nanou Garcia (Aurore, Les Garçons et Guillaume, À Table…) et Bastien Ughetto (Le Chant du Loup, Dans La Maison…) complètent un ensemble pour le moins varié.

En conclusion, si j’y suis allée à reculons (pour appuyer sur play), Forte n’était pas la catastrophe à laquelle je m’attendais. Et pourtant, je ne peux pas nier la lourdeur caricaturale du film de Katia Lewkowicz même si, malgré tout, j’ai tout de même passé un bon moment devant cette comédie gauche mais de bonne volonté. En effet, il faut admettre qu’un certain type d’humour à toujours plus de chances de marcher sur le grand public, donc Forte a joué le jeu alors que finalement, si le scénario n’enfonçait pas autant de portes ouvertes, cela aurait pu être bien plus digeste. À tenter.

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