Drame

[CRITIQUE] Slalom, de Charlène Favier

Le pitch : Lyz, 15 ans, vient d’intégrer une prestigieuse section ski-études du lycée de Bourg-Saint-Maurice. Fred, ex-champion et désormais entraîneur, décide de tout miser sur sa nouvelle recrue. Galvanisée par son soutien, Lyz s’investit à corps perdu, physiquement et émotionnellement. Elle enchaîne les succès mais bascule rapidement sous l’emprise absolue de Fred…

Pour son premier long-métrage, la réalisatrice Charlène Favier s’inspire de son histoire pour raconter Slalom, le parcours d’une jeune fille qui intègre un cursus sportif avant d’être abusée par son entraineur. Un sujet tabou, traité avec finesse, où l’admiration naïve vire à la manipulation sordide. Derrière le cadre compétiteur et ambitieux du film, Slalom distille les marques d’asservissement qui vont former une relation noueuse entre l’héroïne et son entraineur. Après un parcours festivalier dont Cannes 2020 et Deauville la même année (récipient du Prix d’Ornano-Valenti), Slalom a récemment récolté deux nominations aux Césars 2022 : Meilleur Premier film et Meilleur Espoir Féminin.

Pour ma part, je n’avais rien lu du film avant de le voir et je pensais que Slalom raconterait une romance déplacée entre un homme – un professeur – et son élève. Consciente de son personnage, Charlène Favier surfe sur cette dualité comme pour, dans un premier temps, justifier le dérapage, comme si l’adolescente y avait joué un rôle. Si bien qu’au début de la descente aux enfers, le doute plane autour du consentement, avant de rapidement disparaître face aux comportements de l’adolescente, plus compétitif et sur la défensive qu’au départ. La rébellion adolescente d’une jeune fille livrée à elle-même se mue en colère sourde qui bute contre les mécanismes huilés de l’emprise de son agresseur, mais également contre son caractère déterminé qui fait d’elle une sportive prometteuse. Slalom navigue au cœur de cette ambiguïté, déroute longtemps avant de laisser percevoir la violence de ce qui se déroule sous nos yeux.
Le silence est bruyant alors que Slalom s’enfonce dans le tabou et ses non-dits, oscillant entre l’incompréhension, la culpabilité et malgré tout une pointe de fierté qui va rapidement s’éteindre. C’est dans ses silences et ce rouge sonore qui envahit la pellicule que Slalom dénonce ce qui est tu. La photographie pleine de contrastes agit comme le marqueur impalpable d’une colère qui gonfle de minute en minute, mais qui ne sort pas.
En effet, le contexte sportif renforce les émotions opprimées : à travers le dépassement de soi, les élèves apprennent à taire la douleur et les difficultés, ainsi qu’à suivre un règlement strict en espérant la reconnaissance. Et c’est entre les lignes de cette vie pleine de rigueur que le monstre s’installe, avec une simplicité effrayante grâce à son rôle de mentor déjà dominant.
Slalom terrasse par la facilité de son récit, la façon lancinante avec laquelle l’horreur s’installe sinueusement, sans presque faire de vague et à l’insu du regard des autres. Charlène Favier parvient à décrire et à faire ressentir cette forme de prison mentale que subissent parfois les victimes de leurs agresseurs, avec un recul admirable (vu qu’il s’agit de son histoire) qui évite de tomber dans le pathos ou le racolage.

Au casting, la jeune Noée Abita (Mes Jours de Gloire, Le Grand Bain, Ava…) porte le film et oscille brillamment à travers les émotions délicates de son personnage, ce qui lui a très certainement valu cette deuxième nomination pour le César du Meilleur Espoir Féminin. Face à elle, Jérémie Rennier (L’Ordre des Médecins, L’Amant Double, Frankie…) incarne ce mentor manipulateur qu’on a envie de détester, mais qui laisse habilement filtrer quelques faiblesses qui le rendent humain malgré tout.

En conclusion, Charlène Favier livre un drame saisissant sur fond de compétitions sportive. Slalom illustre l’emprise et la prison silencieuse qui se referme sur l’agresseur et sa victime, dans un film poignant à l’imagerie fascinante. À voir.

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