Drame

[CRITIQUE] Arthur Rambo, de Laurent Cantet

Le pitch : Qui est Karim D. ? Ce jeune écrivain engagé au succès annoncé ou son alias Arthur Rambo qui poste des messages haineux que l’on exhume un jour des réseaux sociaux…

Pour son nouveau drame social, Laurent Cantet (L’Atelier, Foxfire, Entre Les Murs…) s’inspire de l’affaire Mehdi Meklat pour raconter son Arthur Rambo. Une histoire vraie qui rappelle d’autres polémiques du même genre, comme celle vécue par Oulaya Amamra après avoir été sacrée Meilleur Espoir Féminin aux Césars pour Divines. Du succès à la chute, il n’y a qu’un tweet, voire même plusieurs, comme semble vouloir l’affirmer Arthur Rambo. Un nom insolite, forcément fabriqué, qui va servir de façade criarde pour un auteur en quête de sulfure. Seulement voilà, les tweets secrets sont découverts et l’écrivain en plein essor amorce une chute vertigineuse.

Dans son récit, Laurent Cantet choisit d’observer les répercussions tentaculaires de ces tweets haineux. Du cercle familial au cercle pro, en passant par les amitiés et l’intime, les messages d’Arthur Rambo s’infiltrent dans la narration comme des mini-bombes à retardement. Pourtant, malgré son allure fascinante, le film tourne rapidement court une fois qu’il ouvert toutes les portes enfonçables. Dans ce qui rappelle un segment du film Selfie, Arthur Rambo illustre les conséquences de la haine avec un certain parti pris évident : le rejet et la dénonciation du racisme et autres xénophobies chez les Français. Rien de bien nouveau en somme… Et c’est dommage car c’est dans sa dernière ligne droite que Laurent Cantet effleure du doigt le véritable danger qui se cache derrière les dérives de la twittosphère anonyme.

Alors que le personnage clame que sa génération et la suivante sauront lire entre les lignes en guise de défense, le film finit par s’interroger sur le premier degré affiché dans ces messages de haine. Derrière lesdit « fachos » qui hantent les screens comme des ombres impalpables, figures presque métaphoriques pour désigner les « méchants », Arthur Rambo aurait dû passer plus de temps sur les récepteurs plus influençables, les lecteurs trop jeunes ou moins aptes à discerner le premier des autres degrés d' » » »humour » » ». Ce même public qui, par exemple, digère de la téléréalité comme objectif de carrière ou qui follow des influenceurs superficiels comme modèle de réussite, voire qui considèrent des émissions comme TPMP comme des véritables marqueurs d’actus sociétales à hauteur du peuple. Car bien qu’on les décrie ou les dénonce, ces phénomènes existent toujours grâce à la bonne poignée de gens qui, parmi ceux qui y voient du simple divertissement, intègre tout cela comme une vérité.

Dommage, donc, que le film de Laurent Cantet ne fasse qu’observer des portes grandes ouvertes, là où il y aurait pu y avoir un vrai message ou une vraie réflexion autour de l’influence que peut générer des messages haineux. Pour 100 personnes qui liront par un message raciste, homophobe ou autre, une partie sera choquée, une autre sera d’accord… et puis il y a ceux, plus invisibles, qui seront interpellés par le personnage qui tweete, ses valeurs (discutables ou non) et qui, par fanatisme, adhèreront à ces mêmes valeurs sans savoir si elles sont fondées ou fabriquées. D’où la notion d’influence finalement. J’aurai aimé que le dernier acte du film Arthur Rambo soit plus poussé autour de ce sujet, plutôt que d’opter pour un final en queue de poisson où on se retrouve largué face un générique final qui arrive comme un cheveu sur la soupe.

Au casting, Rabah Nait Oufella (Les Affamés, Patients, Nocturama, Grave…) est rarement dans un premier rôle, d’où l’impression de l’avoir déjà vu sans forcément cerner le nom d’un film en particulier. Utilisé à contresens, son jeu est parfois grinçant et maladroit, mais surtout desservi par un scénario qui se contente de disséquer l’instant présent plutôt que d’en tirer un véritable parti pris. Autour de lui, des personnages accusateurs, abandonneurs ou qui lui tourneront le dos, incarnés, entre autres, par Antoine Reinartz (Chanson Douce, Alice et le Maire, La Vie Scolaire, Sofian Khammes (La Nuée…), ou encore des apparitions de Laetitia Kerfa (Validé…) et d’Anaël Snoek (Adoration…).

En conclusion, Arthur Rambo s’inspire d’une histoire vraie et tricote son observation autour, en posant ça et là des morceaux d’analyse sans pour autant aller jusqu’au bout. Si le constat sociétal est exact, Laurent Cantet n’en fait rien et laisse l’ensemble se déliter vers le générique final. Dommage. À tenter.

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