Aventure, Sci-fi

[CRITIQUE] Hunger Games : La Ballade du Serpent et de l’Oiseau Chanteur, de Francis Lawrence

Les Hunger Games sont de retour, huit ans après le dernier film, avec un préquel signé par le réalisateur phare de la saga. Entre origin story et soft reboot, Hunger Games : La Ballade du Serpent et de l’Oiseau Chanteur propose une redite vaguement attrayante mais sans véritable intérêt, portée par de nouveaux personnages au charisme approximatif. Ceci étant dit, Katniss et Peeta n’étaient pas non plus des modèles de sympathie à l’époque…

Le pitch : Le jeune Coriolanus est le dernier espoir de sa lignée, la famille Snow autrefois riche et fière est aujourd’hui tombée en disgrâce dans un Capitole d’après-guerre. À l’approche des 10e HUNGER GAMES, il est assigné à contrecœur à être le mentor de Lucy Gray Baird, une tribut originaire du District 12, le plus pauvre et le plus méprisé de Panem. Le charme de Lucy Gray ayant captivé le public, Snow y voit l’opportunité de changer son destin, et va s’allier à elle pour faire pencher le sort en leur faveur. Luttant contre ses instincts, déchiré entre le bien et le mal, Snow se lance dans une course contre la montre pour survivre et découvrir s’il deviendra finalement un oiseau chanteur ou un serpent.

Disclaimer : Je précise que je n’ai pas lu ce livre ni les autres livres Hunger Games, mais j’ai vu tous les films. Cet avis n’est donc basé que sur mon ressenti sur le film et non sur l’adaptation.

8 ans après le dernier chapitre de la saga Hunger Games centré autour du personnage de Katniss Everdeen, incarnée par Jennifer Lawrence, Francis Lawrence (Constantine, Je suis une Légende, Red Sparrow…) revient avec un film préquel Hunger Games : La Ballade du Serpent et de l’Oiseau Chanteur, tiré du livre éponyme, toujours écrit par Suzanne Collins. Un air de déjà vu ? Normal, le réalisateur avait pris la relève de la franchise à partir du deuxième opus, succédant à Gary Ross, avec les chapitres L’Embrasement, La Révolte Partie 1 et La Révolte Partie 2.
Et forcément, qui dit saga à succès, dit recherche de moyens pour faire durer sa rentabilité. Chose que l’autrice Suzanne Collins a bien compris en suivant les traces de JK Rowling (Harry Potter), Stephanie Meyer (Twilight) et autres E. L. James (50 Nuances de Grey), en livrant un livre préquel Hunger Games : La Ballade du Serpent et de l’Oiseau Chanteur en 2020, centré cette fois sur la genèse du President Snow. Une pandémie et un tournage plus tard, le film débarque sur nos écrans.

Ce n’est pas toujours évident de faire revivre une saga sans les personnages qui ont accroché le public dans la version originelle, encore moins quand l’histoire s’articule autour d’un personnage plus ou moins secondaire. Hunger Games : La Ballade du Serpent et de l’Oiseau Chanteur revient sur les débuts balbutiants des « Jeux de la faim », qui se reposent largement sur le storytelling du premier Hunger Games (2012). Au menu : des districts, de la pauvreté, des espoirs d’une vie meilleurs, des adultes cruels et… beaucoup de chansons (oui). Avec un découpage linéaire et académique sous forme de trois chapitres, le film de Francis Lawrence est facile à suivre et évolue en terrain familier.
Le problème, pour ma part, c’est que le personnage principal, le futur Président Snow, est projeté au moment où les Hunger Games existent déjà, excluant ceux qui n’ont pas lu les livres et espéraient comprendre un peu plus l’avènement de ces jeux cruels dans le consentement général. Même le récit est plutôt limpide, je trouve que Hunger Games : La Ballade du Serpent et de l’Oiseau Chanteur continue d’évoluer en surface, criant à l’injustice sans pour autant creuser son postulat de départ.

Entre introduction à rallonge et jeux express, le seul véritable attrait durant les deux premières parties de Hunger Games : La Ballade du Serpent et de l’Oiseau Chanteur est de découvrir comment étaient les Hunger Games au tout début. Le problème c’est que l’histoire s’ampoule des mêmes artifices que dans la saga originale, coincé entre des adultes sadiques et/ou névrosés et une jeunesse victime et idéaliste.
Si l’ensemble du film s’avère bavard et parfois creux, quand il ne tente pas de nous faire flancher à cause de ses nombreux passages musicaux, Hunger Games : La Ballade du Serpent et de l’Oiseau Chanteur reste un chouilla intéressant pour comprendre le parcours du héros (ou anti-héros), qui prend en partie son sens durant le dernier tiers.

Oui mais voilà, rien qu’avec son statut de préquel, le film de Francis Lawrence annule une partie de son mystère au sujet de son issue, se reposant ainsi que sur le potentiel sympathique de ses personnages principaux. De plus, en s’attardant sur le parcours du futur président Snow, Hunger Games : La Ballade du Serpent et de l’Oiseau Chanteur donne la part belle a un futur vilain et cela donne l’impression que le film cherche à excuser ses actions futures (alors que c’est quand même une belle enflure). Pourquoi pas, mais n’ayant pas été extrêmement emballée par la saga originale, je ne trouve pas d’intérêt à remuer cette histoire.

Visuellement, j’ai du mal à comprendre ce qu’apporte ce film en plus. Toujours cocoonnée par son imagerie mêlant des accents steampunk et une inspiration médiévale espérant donner un cachet rétro, le caractère dystopique de la franchise ne semble pas avoir de temporalité. Si la narration n’expliquait pas en amont que l’histoire se passe au cours des premiers jeux, bien avant Katniss, Hunger Games : La Ballade du Serpent et de l’Oiseau Chanteur aurait pu tout aussi bien se dérouler en parallèle, sinon à peine quelques années avant.

Globalement, le film s’étale et ne fait que ventiler les cendres d’une saga déjà éteinte, pour s’attirer la sympathie des fans à l’idée de replonger dans cet univers et espérer les faire jubiler de plaisir en plaçant quelques références ci et là. Mais en réalité, le film de Francis Lawrence n’apporte pas grand chose de nouveau et remâche des codes qui ont faite succès de la saga sans grande inspiration. C’est long, sépia et sans surprise. Les personnages ne sont pas vraiment attachants et la chanson The Hanging Tree, écrite par James Newton Howard et Suzanne Collins à l’occasion des premiers films, a fini par me sortir par les trous de nez ! Mais pour être relativement honnête, Katniss et Peeta (et Gale) n’étaient pas non plus hyper sympathiques (pour ne pas dire carpes) dans les premiers films, cela n’a pas empêché la saga de devenir un phénomène mondiale. Alors…

Au casting : Tom Blyth (The Gilded Age…) incarne l’infamous Coriolanus Snow, qui a bien dû mal à susciter de la sympathie à travers les différentes actions discutables de son personnage. Â ses cotés, on retrouve Rachel Zegler (West Side Story, Shazam! La Rage des Dieux…) en enfant terrible et terriblement caractériel, soit encore un autre personnage difficile à encadrer et qui ne cesse pas de chanter (bien, mais trop), tandis que Josh Andres Rivera (West Side Story…) incarne à merveille ce fameux gosse de riche atteint d’un complexe de supériorité et qui s’exprime constamment comme s’il avait 60 ans (le syndrome Dawson’s Creek). Rare mais rafraichissante, Hunter Schafer (Euphoria, Belle…) relève parfois l’ensemble.
Coté adultes, Viola Davis (The First Lady, The Woman King, The Suicide Squad…) tire son épingle du jeu, malgré un maquillage peu seyant, Peter Dinklage (Game of Thrones, I Care a Lot, Transformers : Rise of the Beasts…) fait la tronche et joue les méchants qui ont juste envie d’être méchants, tandis que Jason Schwartzman (The French Dispatch, Spider-Man: Across the Spider-Verse…) enfile les pompes de Stanley Tucci qui s’avèrent plutôt juste.

En conclusion, Francis Lawrence adapte un livre sorti après le succès planétaire des films Hunger Games, probablement fabriqué plus pour se faire de l’argent que pour réellement proposer un chapitre nécessaire aux fans. Résultat, Hunger Games : La Ballade du Serpent et de l’Oiseau Chanteur n’est que ça : un préquel aux allures de soft reboot déversant une origin story peu intéressante. Malgré une facture visuellement ambitieuse, le film fait l’effet d’une redite, hantée par des personnages moyennement voire pas du tout attachant. À tenter, pour les fans absolus.

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