[CRITIQUE] Red Sparrow, de Francis Lawrence

Le pitch : Une jeune ballerine, dont la carrière est brisée nette après une chute, est recrutée contre sa volonté par les services secrets russes. Entraînée à utiliser ses charmes et son corps comme des armes, elle découvre l’ampleur de son nouveau pouvoir et devient rapidement l’un de leurs meilleurs agents. Sa première cible est un agent infiltré de la CIA en Russie. Entre manipulation et séduction, un jeu dangereux s’installe entre eux.

Actrice en vogue depuis presque dix ans, Jennifer Lawrence a évité ce moment le plus longtemps possible : ce moment où elle opterait pour un film qui capitaliserait largement sur son image (sous-entendu : pour la relancer et pérenniser son statut de coqueluche). En effet, depuis sa révélation dans Winter’s Bone, l’actrice a su faire les bons choix stratégiques : assurer ses arrières en misant sur les bonnes franchises (Hunger Games, X-Men…) et s’entourer de réalisateurs en vogue au bon moment (David O’Russell), pour a-priori pouvoir prendre plus de risque, s’autoriser des erreurs de parcours ou s’aventurer dans des projets qui lui tiennent un peu plus à cœur comme l’insaisissable Mother! de (son ex) Darren Aronofsky, (le four) Serena de Susanne Bier, ou encore (le passable) Passengers de Morten Tyldum. Cependant, si Jennifer Lawrence est un nom incontournable et une actrice bankable, il faut tout de même constater que même en ayant assuré ses arrières et obtenu un Oscar au passage, ce n’est pas son talent, discutable, qui attire les foules, mais surtout les projets dans lesquels elle joue – d’où l’impression biaisée, selon moi, d’avoir affaire à une grande actrice uniquement parce qu’on la voit beaucoup.

Toujours est-il que c’est aux cotés de Francis Lawrence (Constantine, Je suis une légende, et bien sûr les 3 derniers volets de Hunger Games) que l’actrice est de retour avec un film dont elle est au centre. Adapté du livre Le Moineau Rouge de Jason Matthews (2013), Red Sparrow explore l’espionnage et les restes de la guerre froide entre la Russie et les Etats-Unis à travers le parcours d’une ex-ballerine qui se retrouve obligée de devenir un agent pour les services secrets russes. Entre manipulations et entraînements à la duraille, le film choisit d’utiliser la femme comme une arme de destruction grâce à son pouvoir de séduction. On est donc bien loin d’un Atomic Blonde ou du récent direct-to-DVD The Villainess qui reposait sur des femmes d’action et de la castagne, Red Sparrow vise le thriller sulfureux bousculé par les rêves brisées d’une ex-danseuse, son instinct de survie affûté et des scènes qui se voulaient, a-priori, sexy.

En s’entourant d’autant de froideur, du lieu où se situe l’action (la Russie, en bonne partie) au métier des personnages principaux (espions, donc), en passant par une héroïne qui se retrouve très rapidement « le cul entre deux chaises » et une actrice incapable d’exprimer la moindre expression faciale, le film de Francis Lawrence s’attache dès le départ de sacrés boulets aux pattes alors qu’il tente de nous entraîner dans un jeu de pouvoirs psychologiques aux enjeux incompréhensibles. Si la première partie ravira probablement les fans de Jennifer Lawrence, dévoilant sa belle plastique sous toutes les coutures (et parfois sans), pour faire naître son personnage sensuel et dangereux (?), la seconde a bien du mal à transformer l’essai. Alors que les protagonistes s’évertuent à jouer un double jeu, le film navigue en eaux troubles sans parvenir à équilibrer les genres qu’il explore. Les rapprochements sont mécaniques à défaut d’être sensuels, la trame principale est tellement floue qu’il est facile d’en démissionner pour attendre le dénouement principal, tandis que l’ensemble s’éternise entre des longueurs ternes et peu dynamiques.
J’ai souvent pensé au film Millénium, la version de David Fincher et de la relation entre Lisbeth Salander (Rooney Mara) et Mikael Blomkvist (Daniel Craig), et surtout la scène où l’héroïne trouve un moyen impayable de calmer le journaliste. Si Fincher avait réussi à allier la tension (sexuelle) de l’intrigue à la froideur de son univers pour créer un lien intime, aussi inattendu qu’efficace entre ses deux héros, Red Sparrow tente de reproduire une alchimie similaire mais sans succès. C’est assez « marrant » finalement, à l’heure où Hollywood dénonce le sexisme ambiant, le duo Lawrence fait le choix osé de proposer une héroïne dont les atouts reposent uniquement sur ses charmes et pourtant, cette objectification volontaire du corps de la femme tombe à plat et dessert paradoxalement la tentative d’ambiance fiévreuse du film !

Huilé comme une vieille machine trop bien rodée, le film de Francis Lawrence aligne les codes du genre sans véritable surprise. Sans avoir même lu le livre, l’adaptation se ressent tant la narration et les personnages sont traités de façon linéaire, trop littérale et sans relief. Red Sparrow ne semble pas aller au-delà de sa version papier et manque cruellement de profondeur pour explorer les ressorts multiples de son intrigue, si bien que je n’ai jamais vraiment compris pourquoi l’un était la cible de l’autre. En découvrant ce film en tant que tel, ce qui devait être un thriller haletant traversé par la relation trouble et physique entre ses personnages, s’avère finalement être un récit éteint ponctué par des scènes gênantes au lieu d’être sexy. Ah, si vous vouliez découvrir le corps de Jennifer Lawrence, vous serez servi-e-s, mais n’espérez pas y trouver une quelconque sensualité ni émotion tant les personnages agissent comme des automates téléguidés. Bien qu’au final, Red Sparrow parvient à conclure sur un twist qui relève l’ensemble, j’ai trouvé ce film aussi long que fade et sans intérêt.

Au casting : comme précisé plus haut, Jennifer Lawrence n’a pas à rougir de sa filmographie et pourtant malgré des films qui rapportent, ses performances sont souvent discutables. Éteinte dans les derniers Hunger Games, parfaite dans Mother! et tout juste convaincante entre les deux (American Bluff, Joy, Passengers…), l’actrice reste fidèle à elle-même, ce qui sert d’un coté le cliché de la glaciale Russie mais qui, de l’autre, empêche de s’attacher à son personnage. Et pour ma part, voir ses seins ou son derrière ne m’affole pas plus que ça. À ses cotés, Joel Edgerton (It Comes At Night, Loving, Midnight Special…) et Matthias Schoenaerts (Le Fidèle, The Danish Girl, Loin de la Foule Déchaînée…) sont présents et font le job, sans véritable plus. À l’affiche également, Mary-Louise Parker (Weeds…), Ciarán Hinds (Justice League…), Charlotte Rampling (Hannah…) et Jeremy Irons (Justice League…), chacun campant un personnage sans relief et cliché, victimes d’un scénario sans relief.

En conclusion, Red Sparrow tente le thriller d’espionnage au féminin, explorant les capacités innées de son héroïne loin des refuges usuels (gunfights, courses poursuites, affrontements et autres fantaisies…), mais malheureusement le film de Francis Lawrence manque surtout de rythme et d’action, livrant un ensemble banal, peu crédible et souvent daté. Si la fabrique ose l’explicite en exhibant Jennifer Lawrence, le résultat reste néanmoins classique à travers un récit souvent poussiéreux (les US versus la Russie, la vieille rengaine) et un film tout simplement trop long et morne. À tenter.

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