Épouvante-horreur, Thriller

[CRITIQUE] Speak No Evil, de James Watkins

Le pitch : Une famille américaine passe le week-end dans la propriété de rêve d’une charmante famille britannique rencontrée en vacances. Mais ce séjour qui s’annonçait idyllique se transforme rapidement en atroce cauchemar.

Après avoir jouer les “yes man” pour Bastille Day et fricoter avec le petit écran (Black Mirror, McMafia), le réalisateur britannique James Watkins (Eden Lake, La Dame en Noir…) revient à ses premières amours en adaptant le thriller horrifique danois Ne Dis Rien, initialement réalisé par Christian Tafdrup (The Killing, Borgen, Une Femme Au Pouvoir…).
Qu’on se rassure, si comme moi vous avez déjà vu l’original, cette nouvelle version distribuée sous le titre anglophone Speak No Evil parvient à créer la surprise, notamment à travers un deuxième acte qui prend une autre direction que celle du film original.

Le film débute sur fond de carte postale, suivant les traces d’une famille américaine en vacances en Italie qui va sympathiser avec une autre. Contre toute attente, le couple anglais semble débridé, soudés et fêtards, là où le couple américain, fraichement délocalisé à Londres, reste distant et sur la réserve. Speak No Evil distille dès l’ouverture les différences et le choc des cultures entre les deux familles, entre découvertes et légèretés vacancières.

De cette échappatoire ensoleillée nait une amitié fébrile qui ne peut qu’exister lors de parenthèse estivale, tant les deux cellules familiales, similaires sur le papier, ont un tempérament différent. Pourtant, ces nouveaux amis improbables décident de prolonger l’été à travers un week-end en familles, perdu dans la campagne anglaise

Ce qui aurait dû être une escapade idyllique se métamorphose rapidement en un cauchemar oppressant, où les différences culturelles et les tensions sous-jacentes entre les personnages deviennent le terrain fertile d’un suspense croissant.

L’un des points forts de Speak No Evil réside dans sa capacité à explorer les nuances des relations humaines à travers le prisme de l’horreur psychologique. Le contraste entre le couple citadin et leurs hôtes britanniques plus rustiques mais délurés est subtilement rendu. Les excès de politesse deviennent des armes silencieuses qui jouent en leur défaveur, transformant chaque moment de doute ou de malaise en un piège qui se resserre de manière de plus en plus inéluctables.

En effet, comment critiquer de nouveaux amis alors qu’on est invités chez eux ? Entre bienveillance un poil hypocrite et un weekend de plus en plus oppressant, le film nous enferme dans un huis-clos psychologique qui maintient en haleine avec brio.

Et ce résultat haletant, on le doit surtout à la performance remarquable de James McAvoy. Si l’acteur écossais avait déjà épaté avec l’incarnation de personnalité angoissante dans le film Split (et un peu Glass, mais bon…), ici, il porte le film sur ses (larges) épaules à travers un personnage ambigu et inquiétant qui alterne habilement les sourires accueillants et les regards noirs. L’ensemble parvient à créer une atmosphère claustrophobique où chaque sourire dissimule un potentiel danger, transformant un simple week-end en une épreuve de survie psychologique.

C’est d’autant plus intéressant que le film de James Watkins s’éloigne, dans sa deuxième partie, du déroulé original*. Entre partie de chasse et jeu du chat et de la souris, Speak No Evil met en place une traque insidieuse qui va se déliter vers un survival palpitant. Malgré quelques révélations précoces, Speak No Evil réussit à captiver grâce à une écriture intelligente et des performances solides. Les amateurs de thrillers psychologiques seront ravis de cette plongée dans les méandres sombres des relations humaines, où les faux-semblants cachent parfois des vérités trop dérangeantes pour être révélées.

Au casting : comme dit plus haut, James McAvoy (His Dark Materials, Ça – Chapitre 2, X-Men : Dark Phoenix…) est LA star du film et toute l’efficacité du thriller repose grandement sur son interprétation. Son jeu d’acteur, oscillant entre charme inquiétant et menace latente, maintient une tension palpable tout au long du récit. Face à lui, Mackenzie Davis (Ma Belle-Famille, Noël et Moi, The Turning, Terminator : Dark Fate…) et Scoot McNairy (Blonde, Once Upon A Time… in Hollywood, Destroyer…) incarnent à merveille le couple pris au piège et j’ai apprécié l’écriture affûté et réaliste qui mêle brillamment leurs problèmes relationnels et leurs personnalités fuyantes au scénario.
Autour d’eux, Aisling Franciosi (Le Dernier Voyage du Demeter, Game Of Thrones…) est parfois en retrait mais tient son rôle dans ce huis-clos psychologique réussi – même si elle n’a aucun “mac” dans son nom. À noter également les performances des jeunes Dan Hough et Alix West Lefler (Dead Boy Detectives…) : s’il n’est jamais facile d’être un enfant dans un film de genre, ces derniers sont bien écrits et reflète l’amère vérité que les enfants ne sont pas suffisamment écoutés par les adultes !

En conclusion, Speak No Evil se distingue comme un remake réussi qui, tout en empruntant des éléments familiers, parvient à captiver et à effrayer avec une efficacité redoutable. S’il n’est pas nécessaire d’avoir vu l’original pour apprécier la version de James Watkins, je vous invite à regarder les deux car les fins sont très différentes. À voir.

* ATTENTION SPOILERS : [SPOILER]dans le film original, le couple dérangé (la version danoise de James McAvoy et Aisling Franciosi) tue le petit garçon (Ant), puis leurs invités (Mackensie Davis et Scoot McNairy) en les lapidant dans un fossé et coupe la langue de la petite fille (Agnes), qui se retrouve à son tour, pris au siège avec ses kidnappeurs.[/SPOILER]

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