[CRITIQUE] Ça : Chapitre 2, d’Andy Muschietti

Le pitch : 27 ans après la victoire du Club des Ratés sur Grippe-Sou, le sinistre Clown est de retour pour semer la terreur dans les rues de Derry. Désormais adultes, les membres du Club ont tous quitté la petite ville pour faire leur vie. Cependant, lorsqu’on signale de nouvelles disparitions d’enfants, Mike, le seul du groupe à être demeuré sur place, demande aux autres de le rejoindre. Traumatisés par leur expérience du passé, ils doivent maîtriser leurs peurs les plus enfouies pour anéantir Grippe-Sou une bonne fois pour toutes. Mais il leur faudra d’abord affronter le Clown, devenu plus dangereux que jamais…

Deux ans après le grisant et frissonnant Ça, l’adaptation de la première partie du roman culte de Stephen King, Andy Muschietti revient avec la conclusion très attendue, portée par des têtes d’affiche alléchantes dont James McAvoy et Jessica Chastain.
Dès l’ouverture, le film renoue avec le cadre noir et glauque du premier opus où la haine ambiante entame le nouveau cycle de Ça, vingt-sept ans plus tard. Le Club des Losers décide tous – ou presque – de tenir parole et sont de retour à Derry pour affronter le clown cauchemardesque. Si en 2017, le film d’Andy Muschietti avait séduit avec un objet à la fois glauque et rafraîchissant, offrant un remake largement plus réussi que le téléfilm des années 90. Entre une bande d’adolescents aussi attachants que porteurs d’une terreur contagieuse et un clown prêt à réveiller toutes les photos possibles et (in)imaginables, Ça offrait surprises et frissons dans un cocktail original et efficace.

Oui mais voilà, en ayant mis la barre aussi haute, Andy Muschietti s’était lui-même construit son propre obstacle, en plus du défi d’adapter un livre aussi complexe. En effet, le roman original est déjà un pavé conséquent (à l’époque je l’avais découvert en deux tomes épais, le livre unique fait environ mille page), mais il faut ajouter à cela une seconde partie criblés de souvenirs, de flashbacks et de rituels magiques obscures. Ces derniers sont déjà peu simples à suivre à l’écrit et le nombre important de personnages ayant chacun une histoire importante pour l’intrigue ne rend pas la chose plus aisée. Forcément, adapter cette suite qui jongle entre les personnages adultes et les personnages adolescents est un exercice difficile, ne serait-ce que pour les faire correspondre. Heureusement, ce n’est pas l’aspect le plus compliqué puisque que les acteurs – bien choisis – reprennent rapidement les caractéristiques de leurs alter-egos juvéniles. Par contre, l’intrigue et les flashbacks sont des éléments incontournables et c’est là que Ça : Chapitre 2 devient laborieux.

Le plaisir de retrouver nos Losers favoris s’estompent rapidement alors que l’intrigue s’étire autour des souvenirs et de quêtes de chacun. Si l’ombre du clown est omniprésente, elle ne parvient pas à donner le change face aux longueurs du film alors que les personnages tentent de recoller les morceaux. Même coté frissons, Ça : Chapitre 2 a perdu en véhémence. Si dans le premier opus les moments d’épouvante étaient savamment construits pour mener un aboutissement efficace, cette fois Andy Muschietti se réfugie dans un classicisme décevant, comme s’il avait déjà tout donné dans le premier film et n’avait plus grand chose en réserve. Jumpscares à gogo et sourires carnassiers ne suffiront pas à amuser les amateurs du premiers films, si le sursaut logique est au rendez-vous, il faut avouer que Ça a clairement perdu de son charme. Andy Muschietti cède à toutes les facilités des films d’horreur actuels, contrairement au premier opus qui faisait preuve d’audace. Ça : Chapitre 2 s’enlise dans un récit interminable, sauvé in extremis par son casting impeccable.

Le point positif réside en effet dans les personnages : la version adolescente est toujours aussi conquérante – d’ailleurs j’ai tendance à préférer les jeunes Losers à leurs formats adultes. Coté adultes justement, Ça : Chapitre 2 s’intéresse de près aux conséquences du premier film, car même si leurs souvenirs sont réprimés, ils ont tous grandi avec leurs blessures du passé et l’ombre de monstres qu’ils ne se souviennent pas avoir vaincu, ce qui les a enfermé dans un schéma négatif : amours malsaines, sentiments refoulés, fragilités psychologiques… L’adaptation reste néanmoins fidèle au support original signé par Stephen King puisqu’il continue de mêler le surnaturel à des métaphores illustrant des maux bien réels.

Au casting : Bill Skarsgård (Assassination Nation, Castle Rock…) reprend le rôle titre et continue de grimacer avec brio, rendant chacune de ses apparitions réussies même jusqu’au final. Face à lui, James McAvoy (X-Men Dark Phoenix, Glass, Atomic Blonde…), Jessica Chastain (Le Grand Jeu, Miss Sloane, Crimson Peak…) et Bill Hader (Barry, Sausage Party…) sont les têtes d’affiche, entourés par Isaiah Mustafa (Shadowhunters..), Jay Ryan (Beauty And The Beast…) et James Ransone (Sinister 2…) pour la version adulte du Club des Losers. Mais j’ai préféré retrouver le véritable atout charme de ces films : Sophia Lillis (Sharp Objects…) et Jack Dylan Grazer (My Beautiful Boy, Shazam!…), ainsi que Finn Wolfhard (Stranger Things…), Jaeden Lieberher (The Book of Henry…), Wyatt Oleff, Chosen Jacobs (Castle Rock…) et Jeremy Ray Taylor (Chair de Poule 2…).
Pour les regards plus affutés, en plus de nombreux easter eggs liés au premier film et/ou à l’univers de Stephen King (« Where is my shoe? », The Shining…), il y a également quelques caméos à repérer : Xavier Dolan et surtout Stephen King en personne. Quelqu’un a remarqué le clin d’œil à Alien au passage ? 😀

En conclusion, après un premier volet noir et délicieusement malsain qui stylisait l’angoisse dans un format soigné et inventif, Andrès – pardon, Andy Muschietti livre un second opus à rallonge qui cède à toutes les facilités à la mode du film d’horreur actuel, dont ces insupportables jumpscares. On sursaute, peut-être, mais on attend la fin surtout. Ça : Chapitre 2 a perdu de son charme, et malgré un cast impeccable, je préférais les gamins finalement. Petite déception – même si on est loin de la catastrophe : les plus sensibles y trouveront leurs comptes. À voir.

Pensée pour ce gamin qui se fera traumatiser pendant tout le film…

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