Thriller

[CRITIQUE] Verity, de Michael Showalter

Le pitch : Lowen Ashleigh est une écrivaine solitaire. Peinant à vivre de son métier, elle accepte de devenir le prête-plume de l’autrice à succès, Verity Crawford, et s’installe dans sa propriété isolée des regards. En découvrant ce qui semble être les notes personnelles de Verity, la jeune Lowen se retrouve confrontée à des révélations troublantes et inquiétantes concernant Jeremy, le mari de Verity. Elle peine alors à distinguer la fiction de la réalité, la manipulation de l’attirance, le trouble de l’obsession.

Adapté du roman à succès de Colleen Hoover, Verity réunit un casting de choix devant la caméra de Michael Showalter (L’Idée d’Être Avec Toi, The Dropout, Dans Les Yeux de Tammy Faye…). Pour être tout à fait honnête, je ne savais absolument pas dans quoi je mettais les pieds. J’avais vaguement vu une bande-annonce posant les bases de l’intrigue, mais c’est surtout son casting qui m’a convaincue d’y aller à l’aveugle.

Une écrivaine en panne d’inspiration engagée comme prête-plume, une autrice à succès désormais catatonique dans le plus grand des secrets, une immense maison (laide à faire peur, au passage) perdue au milieu de nulle part et un mari évidemment séduisant : sur le papier, il y avait de quoi imaginer un simili Gone Girl, avec suffisamment de mystère pour tirer son épingle du jeu. Dans les faits, Verity ressemble davantage à une sorte d’hybride entre un Cinquante Nuances de Grey (le délire BDSM en moins) et La Femme de Ménage 2.0, jusque dans son traitement domestique, entre tension sexuelle fadasse et révélations censées rebattre régulièrement les cartes.

Avec le succès littéraire puis l’adaptation ciné récente de l’infâme Femme de ménage, on comprend facilement pourquoi le roman de Colleen Hoover a attiré Hollywood, toujours prêt à traire une mode jusqu’à l’épuisement. Avec un peu d’indulgence, je veux bien croire que l’histoire fonctionne mieux sur papier, mais son adaptation repose sur un stratagème assez fastoche et un déroulé dont on devine très rapidement les ficelles. Un peu de voix off, une jolie inconnue installée chez un couple dysfonctionnel, des plans de l’héroïne qui lit, gribouille et réfléchit l’air pensif, auxquels s’ajoute un début d’attraction interdite toujours suffisamment sage pour ne brusquer personne… Verity repose sur des ficelles si usées qu’on en devine souvent les dialogues ou les scènes qui vont suivre à l’avance. La mise en scène ne vole pas haut non plus : Michael Showalter fait beaucoup d’expositions, de rappels et d’appuis, comme pour prendre le spectateur par la main comme s’il était en train de livrer le nouveau Tenet !

Malheureusement, au lieu du thriller psychologique vénéneux qu’il aurait pu être, Verity se transforme rapidement en huis clos peu inspiré, flirtant avec le triangle amoureux et la suspicion grandissante autour de cette femme catatonique qu’on découvre à travers des flashbacks – qui vont plus souvent rythmé le film, que l’histoire en elle-même. Le film tente mollement d’entretenir le mystère, mais chaque nouvelle révélation provoque davantage de déception que de surprise. Peut-être ai-je simplement trop vu ce genre de récits depuis Gone Girl, mais l’écriture est tellement prévisible qu’au lieu de me laisser embarquer, j’ai surtout attendu que les twists viennent confirmer mes soupçons.

Et malheureusement, ils le font. Même lorsque le dernier acte tente encore de renverser la situation, le traitement du personnage principal finit surtout par anéantir le peu de sympathie qu’on pouvait encore éprouver pour elle, avant une conclusion particulièrement évasive (essaierait-on de nous vendre une suite ?). À force de vouloir brouiller les frontières entre victimes, coupables, opportunisme et injustice, Verity finit par ne plus raconter grand-chose : personne n’est véritablement gentil, personne n’est franchement méchant et tout devient terriblement « mid ».

Le plus frustrant reste son casting, indécemment trop bon pour un ensemble aussi tiède. Clairement « le film pour payer les impôts » : Dakota Johnson (Libre Échange, Materialists, Madame Web…), Anne Hathaway (La Fin d’Oak Street, L’Odyssée, Le Diable s’Habille en Prada 2…) et Josh Hartnett (Trap, Oppenheimer, Un Homme en Colère…) font ce qu’ils peuvent avec des dialogues parfois tellement attendus que certaines scènes censées être dramatiques ont déclenché des rires dans ma salle. À l’affiche également, Irina Dvorovenko (Flesh and Bone, The Americans…) et Ismael Cruz Córdova (Le Seigneur des Anneaux : Les Anneaux de Pouvoir, La Falaise…) font de la figuration, avant de disparaître en cours de route pour les besoins du scénario qui ne devait plus savoir quoi en faire et le jeune Brady Wagner rejoue une scène de Substitution sans raison valable.
Au passage, même si Dakota Johnson est également productrice du film, difficile de ne pas voir dans certains passages une version plus assumée de son personnage de Cinquante Nuances de Grey. Il serait peut-être temps de prendre quelques vacances loin des adaptations de romans, ma chère Dakota !

En conclusion : drame, romance, thriller psychologique, thriller érotique… Verity mange à tous les râteliers pour finalement ne livrer qu’un film étonnamment sage. Avec son casting cinq étoiles et son intrigue pleine de faux-semblants, Verity avait largement de quoi être plus mordant et sulfureux. À la place, Michael Showalter livre un thriller domestique paresseux et prévisible qui ne casse définitivement pas trois pattes à un canard. À éviter.

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