
Le pitch : Deux adolescents doivent échapper à une entité violente qui prend la forme de la personne qu’ils désirent le plus : l’un l’autre.
Comme je l’ai déjà dit dans une autre critique, il fait bon, en ce moment, être amateur de films d’horreur. Sauf que, parfois, on se fait avoir. Car il y a toujours des marketeurs suffisamment malins pour profiter du succès surprise d’un film et surfer sur la vague. C’est un peu ce qu’a fait Backrooms, de Kane Parsons, dans le sillage du fabuleux Obsession, de Curry Barker. Cette fois, c’est dans la foulée d’un Resident Evil jubilatoire que se tapit un Leviticus décevant. Voilà, c’est dit.

À mi-chemin entre It Follows et Teeth, le film du réalisateur australien Adrian Chiarella est un véritable festival d’actes manqués. Pourtant, l’ensemble avait de quoi séduire : un cadre austère, une communauté rigoureusement religieuse et, au milieu, deux adolescents (voire plus…) qui fricotent en secret. Avec l’homophobie comme sujet central, Leviticus fleure bon l’elevated horror, empruntant aux codes du cinéma de possession pour explorer les ravages du fanatisme religieux et de la répression des désirs.
Et il faut reconnaître que sa première partie est plutôt alléchante. Pour son premier long-métrage, Adrian Chiarella n’abat pas toutes ses cartes d’emblée, laissant progressivement son histoire s’étoffer et ses personnages se dévoiler. On devine l’isolement d’un côté, la trahison de l’autre, dans une atmosphère marquée par la honte, la culpabilité et le courroux religieux, aussi implacable qu’absurde. Le film dépeint des personnages crédibles, déchirés entre leurs désirs et les règles à suivre qui anéantissent tout miette de rébellion.

Avec sa photographie qui s’éteint au fil du récit, ses décors dépouillés et les pointes solaires quand les héros se retrouvent, Leviticus oscille entre une tonalité désincarnée et une ambiance presque hors du temps, enfermant le spectateur dans ce patelin paumé, hanté par ses préjugés arriérés. Une ambiance pesante qui laisse présager une expérience aussi inconfortable que terrifiante.
Oui, mais voilà. Le temps presse : Leviticus dure moins de 90 minutes et peine pourtant à trouver le juste équilibre entre son propos engagé et les frissons espérés. Peut-être est-ce la nature même de sa menace qui donne cette impression de tourner en rond ou plutôt de passer constamment à côté de son potentiel. Car toute l’originalité du film repose sur cette entité qui poursuit ses victimes en prenant l’apparence de l’être désiré. Une idée aussi cruelle que fascinante, qui aurait mérité d’être exploitée bien davantage.

J’aurais notamment aimé voir le récit pousser plus loin le trouble, jouer avec notre perception du réel, brouiller les frontières entre désir, paranoïa et cauchemar éveillé. Mais Leviticus reste désespérément linéaire et prévisible, préférant la démonstration à la créativité, sans même chercher à nous expliquer ce qui se passe réellement. À force de vouloir contempler son propos, le film finit par négliger sa dimension horrifique. On se retrouve alors devant un drame adolescent aux accents sombres, certes ponctué de quelques jumpscares, mais dont la menace ne parvient jamais à déployer toute sa puissance. Est-ce vraiment suffisant ? Je ne pense pas.
D’ailleurs, même la tagline française, « Ne le fuis pas », semble passer à côté du potentiel du film. Personnellement, j’aurais plutôt opté pour « Fuis-le, il te suit ! », histoire d’assumer jusqu’au bout la filiation avec It Follows.

Au casting : la présence de Joe Bird, découvert dans le film La Main, a tendance à créer de l’anticipation – ce qui peut finalement être un chouilla déceptif. Autour de lui, on retrouve ou découvre Stacy Clausen (High Country, True Spirit…), Nicholas Hope (Ash vs. Evil Dead, Invisible Man…), Shannon Berry (The Wilds…) et… Mia Wasikowska (Club Zero, Bergman Island, Blackbird…) dont j’aurai aimé voir plus dans son personnage de mère pieuse !
En conclusion : Leviticus livre un discours pertinent sur l’homophobie et la violence du fanatisme religieux, mais multiplie les occasions manquées dès qu’il s’agit de nous faire peur. Adrian Chiarella livre un film qui avait de bonnes cartes en main pour marquer les esprits, mais qui se contente finalement du strict minimum. À tenter.

