5 Films pour la journée internationale de la Femme – vol. 2

Il y a 3 ans j’avais recommandé ces 5 films pour la journée internationale de la Femme en 2015. J’avais proposé des femmes badass, dangereuses et féroces, des muses des temps modernes ou fantastiques prêtes à en découdre.
Cette fois, je vous propose des films axés sur la période charnière d’une femme : le passage de l’adolescence à l’âge adulte, avec toute la complexité et la difficulté que cela inclut : l’esprit rebelle, l’envie de rébellion et d’affirmation de soi, la prise de risque, la découverte du sexe et la prise de conscience des hommes, de leurs pouvoirs attirants aux dangers qu’ils peuvent représenter. Ou comment devenir adulte à travers une tranche de vie mouvementée, la fascination morbide, la perte d’identité, l’érotisme ou encore l’abandon.

Le sexe faible est une illusion : la preuve avec ces 5 films (attention aux spoilers)

Virgin Suicides, de Sofia Coppola (2000)

C’est un de mes films favoris.
Au cœur des années 70, la famille Lisbon est secouée par un événement terrible : leur fille, Cecilia âgée de 13 ans a tenté de se suicider (et finit par y arriver en cours de route). Le film part à la découverte d’une famille composée de 5 sœurs adolescentes, qui suscitent regards et attentions de la part de leurs entourages – et surtout des garçons, alors que leur père, ultra conservateur, tente de les isoler du reste du monde, pour les protéger et par conviction puritaine. Entre un désir de liberté frustré et les garçons qui gravitent autour des adolescentes, le film de Sophia Coppola dénonce l’hypocrisie et le sexisme latent dans une époque pourtant connue pour la libération des mœurs, tout en imprégnant le film d’une mélancolie doucereuse et enivrante. Le film est porté par la beauté rose poudré de la photographie lumineuse, bousculée par le sujet dramatique, les émotions à fleur de peau et l’ennui bourgeois qui envahit la trame. Virgin Suicides est un film plein de vie qui sent la mort, comme une maison de poupée hantée par une noirceur perceptible. C’est définitivement la meilleure œuvre de Sofia Coppola. Ici, le passage de l’âge adulte est particulier (et un peu tordu dans le cadre de cet article, je l’admets), mais les héroïnes s’émancipent en choisissant leur propre destin… aussi tragique soit-il.

>>> La femme du film : chaque sœur, évidemment, mais surtout Lux, pour sa beauté et sa naïveté sentimentale qui contraste avec son coté un peu frivole. Incarnée par Kirsten Dunst (Les Proies, Les Figures de l’Ombre, Midnight Special…).
>>> Variante plus récente (et plus orientale) : Mustang

***

Thirteen, de Catherine Hardwicke (2003)

Avant de s’intéresser aux amourettes tièdasses entre l’idiote du village et un vampire qui scintille au soleil, Catherine Hardwicke a réalisé un film brutal sur l’âge ingrat et influençable, adapté de l’histoire personnelle d’une des actrices et co-scénariste du film : Nikki Reed (oui, elle est aussi dans Twoilet, get over it).
Thirteen est un film qui parle à toutes les adolescentes autour de cet âge (et aux souvenirs des adultes) : celui où on joue encore à la poupée d’un coté, tout en regardant les « grandes » de l’autre, avec la fascination enfantine pour ces filles apparemment plus matures et plus libres. Tracy est une jeune fille sans problème qui vient d’avoir 13 ans, elle découvre Evie, une ado rebelle, apparemment indépendante et qui n’a pas froid aux yeux, avec son nombril percé et un string ficelle apparent qui attirent le regard des garçons. Attirée par son aura, Tracy va se rapprocher d’elle et rapidement être entraînée dans une spirale vertigineuse, entre insolences, rébellion, l’alcool, drogues, piercing et tatouages en tout genre, vols et sexualité imprudente.
Thirteen cristallise à merveille l’envie de se faire remarquer, de vouloir sortir trop vite de l’enfance sans mesurer les risques et les conséquences, ni le danger sensible de ces amitiés toxiques et éphémères. Le cadre est également intéressant, car le film évolue dans un milieu très modeste où la mère de Tracy cumule les petits jobs pour joindre les deux bouts, elle aussi étant rattrapé par un passé compliqué, ainsi que la difficulté en tant que parent, isolé ou non, de rester vigilant, notamment avec un enfant en pleine crise d’adolescence.
Porté par un casting féminin génial (Holly Hunter, la jeune Evan Rachel Wood et Nikki Reed), le film est brut, englué dans son époque trashouille et criant de vérité, tant il image parfaitement l’insécurité et la fragilité d’un âge hyper influençable.
Et ne croyez pas qu’il ne s’agit que d’une fiction, Thirteen me touche personnellement car j’ai vu une personne proche perdre pied presque de la même façon durant l’époque collège/lycée. Cette personne s’en est heureusement très bien sortie 🙂

>>> La femme du film : La mère, pour sa détresse, mais aussi Tracy, si accessible et touchante lorsqu’elle réalise qu’elle a perdu pied. Incarnée par Evan Rachel Wood (Westworld…).
>>> Variante plus récente (et plus sage) : Respire

***

Teeth, de Mitchell Lichtenstein (2008)

Dawn est une adolescente américaine comme les autres, qui se bat pour ses valeurs. La sienne ? La chasteté. Elle a monté un club de chasteté dans son lycée et compte bien conserver sa virginité jusqu’à son mariage. Le film dépeint en marge un portrait cynique de l’Amérique puritaine qui va jusqu’à couvrir des illustrations de parties géniales dans les livres de biologie des lycéens, avant de se focaliser sur son héroïne dont les principes et la beauté pure attirent le regard. Oui, mais voilà… Dawn a un secret qu’elle même ne connaissait pas : son vagin a des dents et il n’hésite pas à mâchouiller le pénis qui s’y introduira sans y avoir été invité ! Le film de Mitchell Lichtenstein est jouissif : de la façon de poser son héroïne angélique comme une proie facile avant de lui donner des armes vengeresses en dénonçant les agressions sexuelles les plus évidentes comme les plus sournoises (le demi-frère, la scène avec le gynécologue…). Peu subtile dans sa mise en scène, certes, Teeth utilise le symbolisme à fond pour illustrer la sexualité frustrée puis libérée à travers de nombreux plans explicite, avant de voir l’héroïne s’accepter à part entière et d’utiliser sa sexualité non pas comme une arme de séduction mais comme une force pour s’affirmer et s’assumer, sans avoir peur des hommes.
Et puis pour l’avoir vu au cinéma, je peux vous dire que ça faisait du bien d’entendre plus d’hommes crier d’effroi pour le coup ! gnark gnark gnark !

>>> La femme du film : Dawn, évidemment, la jeune femme vengeresse et armée jusqu’aux dents (huhuhu). Incarnée par Jess Weixler (The Good Wife…).
>>> Variante plus récente (et plus horrifique) : It Follows
>>> Variante plus récente (et plus fantastique) : Thelma

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Stoker, de Park Chan-wook (2013)

Aaaaaaah Stoker ! Mon coup de cœur de 2013 et, encore une fois, un de mes films favoris. Lorsque son père décède, India se découvre un oncle qu’elle ne connaissait pas et qui refait surface. Énigmatique et troublant, l’homme installe un jeu sensuel et malsain au cœur d’une relation mère-fille déjà complexe. Attirée par sa part d’ombre, l’adolescence va découvrir une noirceur qui va faire écho à ses désirs secrets, entre fascination morbide et découverte sexuelle. Park Chan-wook installe une ambiance gothique et poétique à la fois, à travers une histoire dérangeante, flirtant avec les interdits et l’assouvissement de pulsions primaires. D’une araignée (brrr…) qui grimpe le long d’une jambe à une paire de chaussures à talon, India grandit et se découvre, quitte à se transformer en une créature redoutable. En plus d’être visuellement parfait, Stoker est un véritable bijou de noirceur et de sensualité, qui, en plus, est une belle référence à Bram Stoker, le créateur de Dracula, à travers des thématiques similaires (le désir sexuel et la mort entremêlés, la rencontre entre l’homme mûr et la figure virginale, la séduction animale, etc…).

>>> La femme du film : Si la mère, incarnée par Nicole Kidman, est touchante en femme fatale rongée par le doute et son âge, c’est évidemment India qui captive. Incarnée par Mia Wasikowska (Crimson Peak, Maps To The Stars…).
>>> Variante plus récente : le film a 5 ans, faut pas pousser 😛

***

L’Amant, de Jean-Jacques Annaud (1992)

Adapté du roman éponyme et en partie auto-biographique de Marguerite Duras, L’Amant raconte l’adolescence d’une jeune fille (Marguerite Duras, donc) en Indochine et sa rencontre avec un homme asiatique plus âgée, avec qui elle va entretenir une relation secrète, passionnelle et charnelle. Comme toute histoire axée autour d’une jeune fille qui grandit, L’Amant installe un contexte familial pour mieux traduire les envies d’émancipation de l’adolescence. Oscillant entre une relation conflictuelle avec sa mère, une vie cloisonnée au pensionnat et des désirs qu’elle ne comprend pas, la jeune fille découvre avec « le Chinois » (il n’a pas de nom dans le film) une parenthèse lui permettant d’oublier son éducation stricte et déracinée. Mais L’Amant se démarque surtout par sa sensualité brûlante et ses scènes d’amour très intimes, qui peuvent parfois choquer à cause de la différence d’âge entre les deux amants (et l’apparence très juvénile de l’actrice). Mais entre la chaleur moite de l’Indochine en plein été et la passion entre les deux amants, il faut dire que L’Amant est probablement un des films les plus érotique que j’ai pu voir. Un passage à l’âge adulte certainement mémorable pour Marguerite Duras qui se découvre femme en narrant son premier amour plein d’interdits et sa découverte du sexe très exaltée et explicite, dans un récit complexe marqué par la colonisation de l’Europe en Asie et du danger qui en découle.

À savoir : Jean-Jacques Annaud et Marguerite Duras ne se sont jamais entendu sur ce film, cette dernière a même sorti un autre livre par la suite pour livrer sa version du scénario.
À savoir également : la narratrice du film est Jeanne Moreau.

>>> La femme du film : « la jeune fille » qui captive par sa fraîcheur et le caractère à la fois mutin et immature de son personnage. Incarnée par Jane March.
>>> Variante plus récente : je ne sais pas si un film de ce genre serait encore possible aujourd’hui, en tout cas, pas avec une telle liberté dans la mise en scène…

***

Très bonne journée de la Femme à toutes !

Je me rends compte que ce top rend hommage a des personnages principalement hétérosexuels, alors je serais ravie de prendre toute suggestion qui mettrait en avant des œuvres ayant pour héros des adolescentes LGBT+ ! La zone de commentaires est ouverte 😀

Et vous, quelle film de femme(s) regarderiez-vous pour la Journée de la Femme ?

>>> Découvrez 5 autres films pour la Journée Internationale de la Femme

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