[CRITIQUE] Lost River, de Ryan Gosling

lost_river_1

Pour son premier film, Ryan Gosling nous évite le sempiternel passage à l’âge adulte et puise dans les contes obscures pour livrer un Lost River envoûtant et talentueux. Dans un conte éthéré, Ryan Gosling tisse un monde purgatoire dans une cité oubliée où des âmes en peine errent, attendant leurs saluts ou leurs chutes. Lost River cristallise une ville américaine brusquement tombée en ruines, entre légendes et symbolismes captivants qui font de ce premier film une petite surprise un chouilla arty et complexe, mais qui se savoure avec curiosité.

Le pitch : Dans une ville qui se meurt, Billy, mère célibataire de deux enfants, est entraînée peu à peu dans les bas-fonds d’un monde sombre et macabre, pendant que Bones, son fils aîné, découvre une route secrète menant à une cité engloutie. Billy et son fils devront aller jusqu’au bout pour que leur famille s’en sorte.

Révélé par le film Drive, Ryan Gosling est rapidement devenu l’acteur du moment bien qu’il ait déjà une filmographie intéressante (Half Nelson en tête de liste). Alors que certains acteurs attendent plus longtemps avant d’oser passer derrière la caméra, l’acteur a battu le fer tant qu’il était chaud et propose aujourd’hui un premier film surprenant qui, malgré un accueil réservé à Cannes en 2014, reste un premier pas prometteur. D’ailleurs, sachez que le film a été remonté depuis (notamment parce que la première version utilisait une musique non libre de droits, du coup certains passages ont été coupé pour le montage final).
À mi-chemin entre le rêve et le cauchemar, Lost River se niche au cœur de Détroit, cette ville américaine qui a rapidement basculé dans l’oubli après une crise industrielle fulgurante. Inspiré par ce décor en ruines, le film s’articule autour de quelques personnages vivotant tant bien que mal, figés dans une bulle hors du temps. Dans cet écrin presque à l’état sauvage, c’est la loi du plus fort qui règne. Ryan Gosling cumule les genres et puise beaucoup dans les contes fantastiques, grâce à ces personnages nommés en fonction de leurs caractères ou de l’heure physiques (Bully, Bones, Face…), en dehors de la mère, Billy, la véritable héroïne dans ce paysage maudit. À travers des intrigues mêlées, Lost River pousse ses personnages à sacrifier une part d’eux-mêmes, les faisant explorer les bas-fonds de leurs propres tableaux, et met à nu la laideur humaine des âmes déjà damnées qui veulent les attirer dans leurs abysses.
Avec autant de symbolismes et de métaphores, Lost River se pose comme un purgatoire parallèle où nos personnages luttent pour exister dans une ville oubliée, en attendant de savoir s’ils pourront aller vers la lumière ou sombrer vers le fond.

Tout comme ses réalisateurs fétiches et favoris, Ryan Gosling situe tout le potentiel de son film sur l’aspect visuel, en créant un univers cotonneux, tirant sur une identité mauve et chimérique (à l’instar du rouge violent et trouble pour Nicolas Winding-Refn), entrecoupé par un univers cauchemardesque, hanté par des monstres à la Guillermo Del Toro et une mise en scène rappelant celle de Derek Cianfrance. Evidemment, difficile de lui en vouloir, mais Lost River manque peut-être un peu de personnalité tant il fait référence à d’autres cinéastes qui ont marqué la carrière de l’acteur. Cependant, s’il s’agit d’un premier film, Ryan Gosling a réussi à tirer parti de ces nombreuses influences pour livrer un film captivant et vaporeux, auquel il faut toutefois adhérer rapidement. Lent mais ponctué d’images fortes, Lost River s’inscrit dans la destruction, via les flammes ou la main de l’homme, d’une ville fantôme et engluée dans un passé qui l’étouffe. Grâce à une musique envoutante, Ryan Gosling propose une mise en scène léchée et maîtrisée, laissant la puissance de ses images compléter un scénario peu bavard mais essentiel. Visuellement, Lost River rappelle beaucoup Only God Forgives à travers cette façon de laisser les émotions et les frustrations de ces personnages graviter en surface, tout en les poussant doucement à bout. Là où on retrouve encore la patte NWR, c’est dans le rôle symbolique des personnages, après « l’ange de la vengeance » dans Only God Forgives, ici Reda Kateb incarne une sorte de passeur voguant entre deux mondes, offrant une pause agréable dans un ensemble mouvant.
Alors qu’il est attendu au tournant, Ryan Gosling parvient à livrer un drame vénéneux et captivant dans lequel on plonge progressivement. Lost River est une épopée à la fois curieuse et étrangement apaisante, grâce à une musique lancinante et une approche plus souvent observatrice que participative d’un monde qui s’étiole irrémédiablement sous nos yeux.

Au casting, Christina Hendricks (Mad Men, Ginger & Rosa…) et Iain De Caestecker (Filth, Marvel’s Agents Of SHIELD…) sont à la fois convaincants et attachants, tandis que Matt Smith (Doctor Who…) est génial en voyou psychopathe et que Ben Mendelsohn (Exodus, The Place Beyond The Pines, Cogan…) est toujours excellent, cette fois dans un rôle étonnant au déhanché décomplexé. À leurs cotés, Saoirse Ronan (The Grand Budapest Hotel…) joue les nymphes angéliques, Eva Mendes (The Place Beyond The Pines, Holy Motors…) incarne la tentation et Reda Kateb (Hippocrate, Loin Des Hommes…) apporte une touche de sérénité dans un ensemble destiné au chaos.

En conclusion, quelques parts derrière toutes ces inspirations, Lost River ressemble finalement à Ryan Gosling, ou à l’image qu’il donne publiquement, grâce à ce coté un peu passif, éthéré et apathique qui, plutôt que de repousser attire car, tout comme Ryan Gosling, Lost River a un petit charme insaisissable qui ne laisse pas totalement indifférent. À voir.

Dansons la carioca...

Dansons la carioca…

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s