[CRITIQUE] Knock Knock, d’Eli Roth

knockknock_affiche

Oh mais la belle surprise que voilà ! Alors que les retours sur l’attendu Green Inferno divergent, Eli Roth prouve qu’il a encore de la réserve en proposant un home invasion inventif, griffé de sa patte reconnaissable, tout en se différenciant de son cinéma habituel. Délicieusement pervers, un peu sexy mais surtout sadique, Knock Knock est un supplice réjouissant et étonnant, qui se savoure les yeux rivés sur l’écran. Génial !

Le pitch : Un soir d’orage, un architecte, marié et bon père de famille, resté seul pour le weekend, ouvre sa porte à 2 superbes jeunes femmes mal intentionnées…

J’attends Green Inferno depuis 2013, malgré des retours plutôt négatifs et une sortie finalement en e-cinéma. Ce que je n’attendais pas, c’est Knock Knock, le dernier film d’Eli Roth (Hostel 1 et 2, Cabin Fever…), qui a été présenté lors du dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville. Petit protégé de Quentin Tarantino (il était également le Bear Jew dans Inglorious Basterds), Eli Roth s’est fait remarquer avec un genre très gore, sadique et violent, dans des films qui passent souvent de la lumière à l’enfer le plus noir. Avec son affiche trompeuse (ce couteau n’a rien à faire là) et le sous-entendu horrifique, il n’en fallait pas plus pour que Knock Knock déroute son public. Alors je vous le dis : non, il ne s’agit pas d’un film d’horreur.
Si le réalisateur garde son style marquant, cette fois il crée la surprise en proposant un film différent, en apparence très éloigné de ses habitudes. À première vue, Knock Knock ne paie pas de mine : un père de famille esseulé, deux jeunes femmes plutôt mignonnes débarquent chez lui… Si l’histoire est déjà vue (Death Game de Peter S. Traynor, 1977), Eli Roth offre une version plus moderne qu’il a co-écrite avec Nicolás López et Guillermo Amoedo. Ici, il s’applique d’abord à installer une atmosphère presque paradisiaque en dépeignant une famille idyllique, dans une maison luxueuse où chaque pièce est illuminée par de (très) nombreux portraits de famille lisses et bienheureux. Knock Knock met à l’aise, tout en titillant son public qui finira par se demander ce que cela cache, tandis que les plus attentifs noteront le nombre d’objets de décoration dans la maison qui ont une forme phallique.
Jouant sans arrêt avec nos nerfs, même longtemps après que les deux jeunes femmes (filles ?) aient débarqué, les conversations anodines deviennent de plus en plus troublantes. Knock Knock joue au chat et à la souris alors que les envahisseuses taquinent leur proie, face à un père de famille de plus en plus coincé. Pourtant, quand tout bascule, le camp est déjà choisi malgré ce qui se passe sous nos yeux et c’est à partir de là que le deuxième round se révèle plus tordu.
En effet, au cours de la deuxième partie, le contexte idyllique du début vire au cauchemar. Le film devint plus intense, car le piège est refermé et il n’y a plus qu’à consommer. Le scénario est aussi prenant qu’affûté, mettant le public aux premières loges, voire dans la peau de la victime, créant une empathie immédiate. Et pourtant, paradoxalement, Knock Knock ravit : le résultat est captivant et tient en haleine jusqu’au bout, tant on se demande jusqu’où cela va aller et comment le film va se terminer. Eli Roth livre un film joliment sadique et retors, qui réussit à entretenir une ambiance particulièrement savoureuse. L’ensemble est électrique, relevé par deux femmes-enfants qui font penser à une meilleure version des actrices de Spring Breakers aux facettes multiples : sexy en diable, dangereuses, gamines et complètement timbrées. Est-ce un jeu ? Y a-t-il une véritable motivation derrière ? Ce père de famille est-il si innocent qu’il en a l’air ? Autant de questions qui se bousculent devant un Knock Knock joyeusement lent et pervers qui s’avère être à la hauteur de la tension qui bout pendant tout le film.

knockknock_3Alors que beaucoup pensent qu’Eli Roth n’a qu’une corde à son arc, ce dernier prouve qu’il peut se renouveler à travers un genre souvent réservé à des films plus violents ou effrayants. Knock Knock joue brillamment la carte du thriller psychologique, mis en abîme par la folie des deux jeunes femmes et le désespoir grandissant du père de famille. Alors que le scénario retient toute l’attention, la mise en scène est également réussie. Comme souvent, Eli Roth ne résiste pas à l’envie de filmer ses actrices sous toutes les coutures, dans un déballage sexy un poil trashouille à l’image d’une jeunesse américaine bercée par Miley Cirus, ce qui a tendance à parfois dénaturer le concept initial. Au-delà de ces écarts très « Roth-ien » que certains jugeront flemmards, le réalisateur fait tout de même un travail de fond, rarement vu dans ses films précédents, notamment lorsqu’il s’attache à détruire petit à petit le tableau de rêve qu’il avait mis en place au début du film, avec le sourire et pas mal d’humour noir. La torture deviendrait presque un jeu d’enfants perturbés, prenant les spectateurs à témoin à l’ombre d’une famille omniprésente à travers les nombreuses photos dans chaque pièce de la maison, avant d’asséner le coup grâce sous forme de pique acérée visant une génération borderline à la conscience virtuelle nourrie au pseudo-féminisme pop.

Au casting, Keanu Reeves (John Wick, 47 ronin, L’Homme du Tai Chi…), habitué à des rôles plus sombres avec un coté ténébreux et mutique, est génial dans ce personnage à la dérive et entier, qui se livre complètement, quitte à faire pitié (un peu). Face à lui, deux actrices superbes qui auraient bien des leçons à donner au cast de Spring Breakers : Lorenza Izzo (Aftershock, Green Inferno…), aka Madame Roth, et Ana de Armas sont superbes, aussi séduisantes que déjantées. En amplifiant leur coté femme-enfant à l’extrême, elles aèrent le film en créant des moments de respirations grâce aux délires incongrus de leurs personnages.

En conclusion, Eli Roth livre un film abouti et qui tient en haleine dès les premières minutes, tant il parvient à créer une tension incertaine pour la laisser exploser lors du dernier acte. Knock Knock est un thriller psychologique joliment exécuté, agréablement malsain et visuellement attractif, mais surtout à déguster avec un second degré jubilatoire. Un régal à voir rapidement !

knockknock_2

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s