[CRITIQUE] En Mai, Fais Ce Qu’il Te Plait, de Christian Carion

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Voilà typiquement le genre de film qui faut aller voir en ayant la patate, car En Mai, Fais Ce Qu’il Te Plait évolue dans une ambiance morne qui connait peu de moment de lumière. Christian Carion met en scène les parcours croisées de villageois français qui tentent d’échapper aux Allemands et d’un père qui essaie de retrouver son fils, dans un drame atone qui tente désespérément de dresser un portrait courageux de ses personnages. Malheureusement, En Mai, Fais Ce Qu’il Te Plait s’embourbe dans un chauvinisme éteint, où la tristesse de ses personnages alourdissent un film déjà marqué par son contexte historique déjà douloureux. Dommage, Christian Carion réalise un beau film et son histoire est bien écrite, mais l’ensemble aurait mérité d’être plus tranché. Sans ce traitement aussi larmoyant et un peu vieille France, En Mai, Fais Ce Qu’il Te Plait aurait réussi à faire passer plus d’émotions, au lieu d’un désespoir lent et communicatif.

Le pitch : Mai 1940. Pour fuir l’invasion allemande, les habitants d’un petit village du nord de la France partent sur les routes, comme des millions de Français. Ils emmènent avec eux dans cet exode un enfant allemand, dont le père opposant au régime nazi est emprisonné à Arras pour avoir menti sur sa nationalité. Libéré dans le chaos, celui-ci se lance à la recherche de son fils, accompagné par un soldat écossais cherchant à regagner l’Angleterre…

Quand je pense à Christian Carion, je pense automatiquement au film Une Hirondelle A Fait Le Printemps : une jolie incursion dans la campagne française, sans fard ni caricature, un poil chauvine et machiste, mais surtout emplie de tendresse et de découverte de l’autre. Depuis, le réalisateur a choisi de situer ses films en période de guerre, et à partir de là, il m’a perdu. En effet, mon ressenti sur ce film est très personnel, car si l’exercice est objectivement bien exécuté, j’ai beaucoup de mal à apprécier un film de guerre ou qui se passe en temps de guerre. Or, avec Joyeux Noël (2005) et L’Affaire Farewell (2009), Christian Carion est visiblement tombé amoureux de ces périodes troubles où les personnalités se révèlent pour le meilleur ou pour le pire. Dans En Mai, Fais Ce Qu’il Te Plait, le réalisateur s’attache encore une fois à un nombre réduit de personnage, touchés malgré eux par les conséquences de la Seconde Guerre Mondiale qui débute. Si fuir les Allemands fait partie de l’intrigue principale, le film développe d’autres fils conducteurs pour étoffer sa trame, notamment celle d’un père Allemand (et résistant) qui part à la recherche de son fils.

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D’un coté, j’ai aimé le coté rural du film. Christian Carion observe un village français complètement dépassé par les événements. L’idée de suivre le début de la guerre à travers une observation à l’échelle humaine permet de découvrir, ou de ressentir, comment ce drame a pu toucher le Français moyen, celui qui était ni résistant, ni collabo. Alors que la menace semble parfois lointaine et surréaliste, le film crée un contraste saisissant en filmant un exode presque sympathique, ponctué par des rappels à la réalité brutaux, entre des attaques allemandes, des découvertes macabres ou tout simplement les agissements honteux d’autres Français qui profitent de la situation.
De l’autre coté, En Mai, Fais Ce Qu’il Te Plait est alourdi par un sentimentalisme pesant. Alors que l’histoire évolue dans un contexte déja dramatique, rien ne vient apporter un peu de gaieté ou de lumière au film. Du coup, le film flotte dans un état très maussade, car si on évite les élans larmoyants entre perte et retrouvaille, il n’y a pas non plus de grands moments marquants qui pourrait faire pencher la balance d’un coté ou d’une autre. Dès le début, Christian Carion ouvre sur une introduction hâtive laissant un flou artistique autour de l’emprisonnement du père allemand, puis le début de la guerre, grâce à des fast-forward bien trop commodes. Une hâte qui se retrouve de temps en temps dans le film, laissant des scènes en pointillés (celles avec les soldats Noirs), tandis que les moments clés passent presque inaperçus tant ils sont survolés.

Malgré un titre à consonance guillerette, En Mai, Fais Ce Qu’il Te Plait est plutôt marqué par une ambiance morose et fataliste qui s’étire pendant tout le film, se reflétant sur les mines éteintes de ses personnages. Monotone, le film de Christian Carion évolue dans une grisaille émotionnelle qui aseptise tous les moments forts du film, qu’ils soient un tantinet heureux ou carrément tragiques. Du coup, au-delà d’une photographie superbe et une bande-originale signée Ennio Morricone (Il Était Une Fois En Amérique, Pour Une Poignée de Dollars...), j’ai eu beaucoup de mal à accrocher au film… mais très peu à l’oublier.

Au casting, Olivier Gourmet (L’Odeur de la Mandarine, L’Affaire SK1…), August Diehl (Inglorious Basterds, Confession d’Un Enfant du Siècle…), Mathilde Seigner (Une Mère, La Liste De Mes Envies…) et la jeune Alice Isaaz (Un Moment d’Égarement, La Crème de la Crème…) forment le quatuor principal, chacun ankylosé par une atmosphère morne et des personnages finalement interchangeables. À leur cotés, on y retrouve un Laurent Gerra certes un peu niais, mais qui apporte un peu de sourire dans l’ensemble, avec un excellent Matthew Rhys (Brothers & Sisters, The Americans…), tandis que Joshio Marlon s’en sort plutôt bien malgré un rôle d’enfant finalement peu agréable.

En conclusion, soyez heureux pour voir En Mai, Fais Ce Qu’il Te Plait, car si le film de Christian Carion offre une histoire plutôt bien écrite, l’ambiance maussade risque de vous donner le cafard. À tenter.

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