[CRITIQUE] Arrête Ton Cinéma, de Diane Kurys

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Pour son nouveau film, Diane Kurys adapte le dernier roman de Sylvie Testud en une comédie piquante où le ridicule et l’exagération règnent en maître dans un monde souvent fantasmé : le cinéma. Arrête Ton Cinéma a des allures de parcours initiatique à contre-sens, alignant tous les mauvais choix d’une jeune réalisatrice et ses conséquences. Entre auto-dérision et soumission, le film est surtout rattrapé par le duo Josiane Balasko / Zabou Breitman en méchantes castratrices et déjantées.

Le pitch : C’est dans l’enthousiasme que Sybille démarre l’écriture de son premier film. Actrice reconnue, elle va passer pour la première fois de l’autre côté de la caméra. Tout semble lui sourire. Ses productrices Brigitte et Ingrid sont deux personnages loufoques mais attachants et Sybille se jette avec elles dans l’aventure, mettant de côté sa vie familiale. Mais, du choix improbable des actrices, aux réécritures successives du scénario, en passant par les refus des financiers, le rêve merveilleux va se transformer en cauchemar. Incorrigible optimiste, Sybille réalisera trop tard que ses productrices fantasques et totalement déjantées vont l’entraîner dans leur folie…

« C’est Le Métier Qui Rentre » est le dernier roman de Sylvie Testud, sorti en 2014, où l’actrice et réalisatrice révèle les déboires qu’elle a vécu en tentant de réaliser un film, en s’acoquinant avec des productrices infernales. Diane Kurys (Sagan, Pour Une Femme…) livre une comédie cinglante et colorée, où les rêves d’une jeune réalisatrice se heurte à une réalité sévère. Dès le début, Arrête Ton Cinéma se focalise sur une actrice en pleine essor à la carrière vraisemblablement bien installée qui décide de faire un premier film personnel. Rapidement, la naïveté de l’héroïne prend le dessus tandis que celle-ci cumule les mauvais choix, notamment à se liant à deux productrices de cinéma détestées par le milieu.

Arrête Ton Cinéma s’épanouit dans l’excès : une héroïne trop naïve et influençable se retrouve face à deux productrices hautes en couleur qui cristallisent tous les clichés sur l’industrie du cinéma (hypocrisie, dédain, nombrilisme…), cela donne un cocktail plutôt détonnant, parfois too much et aux portes du ridicule que Diane Kurys enfonce volontairement. Le film n’hésite pas à forcer le ton et à faire de ses personnages des caricatures vivantes, tantôt désopilantes, tantôt agaçantes, si bien qu’on finit par se demander quelle est la part de vérité et la part d’imagination dans tout ça.
En effet, Diane Kurys joue la carte de l’auto-dérision et en assumant son ensemble complètement exalté et criblé de dialogues faussement anodins. À travers le parcours de son héroïne, le film en profite pour dénoncer quelques pièges en grossissant le trait, du scénario à adapter selon l’envie des uns au casting à choisir selon les goûts de l’autre, révélant qu’un premier film est plus souvent signe de soumission que de concession. Face à une héroïne abattue, Arrête Ton Cinéma image le cinéma à travers deux personnages vampiriques qui vont finalement dénuer le projet de toute âme pour en recracher des restes décousus et finalement sans intérêt (ce qui expliquerait peut-être ces films vides qui fleurissent tous les ans sur nos écrans).
Malgré tout, Arrête Ton Cinéma atteint rapidement ses limites : en effet, si ces deux productrices sont finalement le centre du film et nous tiennent en haleine presque jusqu’au bout, Diane Kurys finit par livrer un film souvent bruyant et criard qui pourrait en rebuter plus d’un. C’est parfois trop et la conclusion est un peu trop perchée pour être honnête, mais dans l’ensemble, si on accroche à l’exubérance de ce film , Arrête Ton Cinéma est aussi étonnant qu’efficace dans ses intentions de divertissement et de sensibilisation.

Au casting, Diane Kurys possède deux atouts de charme et de choc dans sa manche, à savoir Josiane Balasko (Le Grand Partage, Les Gazelles…) et Zabou Breitman (Nous Trois Ou Rien, Nos Futurs…), formidables en méchantes assumées et déchaînées, qui vont porter le film sur leurs épaules. Face à elles, Sylvie Testud (Au Plus Près Du Soleil, Papa Was Not A Rolling Stone…) a bien du mal à se montrer convaincante, notamment parce qu’on passe le film à se demander pourquoi son personnage s’associent à ces fameuses productrices contre l’avis de son entourage, mais aussi parce que le jeu souvent atone de l’actrice ne la met pas en valeur. Autour de ce trio, nous retrouvons plusieurs visages connus comme Claire Keim, Virginie Hocq ou Hélène de Fougerolles, ainsi que Fred Testot en mari potiche et François-Xavier Demaison en agent désabusé.

En conclusion, entre caricatures et auto-dérision, Diane Kurys livre une comédie cinglante qui n’a pas peur du ridicule et des excès. Arrête Ton Cinéma en fait peut-être un peu trop, mais l’ensemble est finalement plaisant, surtout grâce à un duo de choc, Balasko/Breitman, aussi infernales qu’hilarantes.

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