[COUP DE CŒUR] Room, de Lenny Abrahamson

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Bouleversant, brillant, lumineux, sensible, superbe… Le nouveau film de Lenny Abrahamson raconte, à travers le regard innocent d’un enfant, une histoire de courage et d’éveil marqué par un point de départ horrible. Entre l’amour d’une mère et la (re)construction d’une vie, Room est à la fois sublime et douloureux, surtout grâce à un duo d’acteurs extraordinaires : si Brie Larson est comme toujours géniale, c’est le jeune Jacob Tremblay qui est une véritable révélation tant sa performance est incroyable. À ne pas manquer.

Le pitch : Jack, 5 ans, vit seul avec sa mère, Ma. Elle lui apprend à jouer, à rire et à comprendre le monde qui l’entoure. Un monde qui commence et s’arrête aux murs de leur chambre, où ils sont retenus prisonniers, le seul endroit que Jack ait jamais connu. L’amour de Ma pour Jack la pousse à tout risquer pour offrir à son fils une chance de s’échapper et de découvrir l’extérieur, une aventure à laquelle il n’était pas préparé.

Si le dernier film de Lenny Abrahamson, Frank, m’avait laissée de marbre (ou presque), c’est à travers cette adaptation du roman d’Emma Donoghue que le réalisateur m’a conquise. Alors que j’aime déjà énormément Brie Larson, rare au cinéma mais toujours excellente, Room s’inscrit déjà comme un des coups de coeur qui marquera 2016, c’est certain.
Le film évoque un sujet sensible qu’il tisse à travers les yeux d’un enfant de 5 ans, tandis que le spectateur averti lira clairement entre les lignes : Joy et son fils Jack sont retenus captifs dans une pièce depuis bien avant la naissance de ce dernier, par un homme qu’on entraperçoit via ses visites nocturnes. Mais pour épargner son fils, Joy décide de lui faire croire que le monde se résume à cette seule et unique pièce.
Divisé en deux parties, Room se focalise sur la construction mentale de l’enfant dont l’univers se résume à sa mère et aux murs de sa chambre, avec une narration douce-amère qui ne cesse de rappeler la cruelle réalité : à travers ses jeux innocents filtrent le désespoir d’une mère, forcée d’inventer et de mesurer ses paroles pour le protéger. C’est sur cette ambivalence que le film construit sa première partie, opposant l’horreur de cette vie en captivité au bien-être de Jack. Lenny Abrahamson explore la construction psychologique de cet enfant, pourtant peu éloignée de celle des enfants du même âge ayant une vie « normale », puisqu’il le présente comme une page blanche qui se remplit et s’étoffe au fur et à mesure des informations qu’on lui transmet. Ainsi, le film insiste sur cette évolution à travers une narration en voix off de Jack qui tente de traduire, d’interpréter et de comprendre ce monde qui l’entoure, alors que son innocence ne fait que finalement aggraver l’atmosphère du film.
En effet, Room a beau compter sur la légèreté du jeune enfant, on ne quitte jamais longtemps cette jeune femme aux abois, qui endure un véritable calvaire pour survivre, mais aussi par amour pour son fils, jusqu’au moment où elle entrevoit une porte de sortie.

Toujours derrière son jeune héros, Room évolue jusqu’à cet espoir impossible et débute sa vraie aventure pendant sa deuxième partie. Une seconde partie un peu frustrante, mais finalement élémentaire. Alors que, logiquement, on a envie d’en savoir un peu plus sur la mère, sa façon de faire face aux événements qui ont complètement changé le cours de sa vie, Room laisse cette partie de l’histoire en toile de fond pour continuer de suivre Jack, notamment en scrutant la facilité – liée à son jeune âge – de pouvoir s’adapter à la nouveauté. Entre éveil et émancipation, Lenny Abrahamson transforme une prison en un terrain de jeu comme un autre, une étape à passer finalement, tandis que son héros découvre le monde sans les limites inscrites par sa mère. Si cette dernière doit gérer ses prisons physiques et mentales, Room s’illumine à travers la liberté de l’enfant, cultivant son innocence dans toute sa fraîcheur : de la découverte à l’acceptation, en passant par le pardon impossible. Même s’il ne fait nul doute que les années permettront à Jack de réaliser ce qu’il a vécu, le parallèle entre l’enfant de 5 ans qui découvre le monde, avec celui de sa mère, certes en retrait, qui doit réapprendre à vivre dans un monde auquel elle a brutalement été arrachée, est à la fois cruel mais très juste. Le film ne cesse de transformer du négatif en positif, dans une histoire finalement pleine d’espoir et de volonté pour ces deux vies, celle qui ne fait que commencer et l’autre qui, malgré ses cassures, doit se reconstruire et avancer.room2

Pour ce film, la caméra de Lenny Abrahamson est totalement en retrait. Sans chercher les effets de style, le réalisateur laisse vivre ses personnages qui envahissent l’écran et magnifient un film aussi sensible que poignant, à travers une histoire incroyable qui touche en plein coeur. Si on aime cette photographie bleutée et la narration en off de l’enfant pour compléter ce drame entre réalité, mensonges et fabrications mentale, Room est surtout porté par des émotions fortes qui pourrait bien vous tirer quelques larmes en cours de route, tant on est pris par le courage de la mère et cette situation horrible – certes minimisée pour coller au regard neuf de l’enfant, mais qui n’omet pas d’inscrire en filigrane l’atrocité du kidnapping, des viols et même de la conception de Jack (que l’on ressent beaucoup à travers la réaction des parents de Joy, par exemple). Mais ce que je retiens surtout de Room, c’est cette fragilité palpable et attendrissante du film qui oscille entre l’innocence lumineuse de Jack et la détresse de Joy. Pourrait-on imaginer une version du film centrée sur le point de vue de la mère ? Peut-être, mais le résultat serait bien plus glauque, car si dans Room, notre regard d’adulte comble les trous perçus par Jack – trop jeune pour comprendre, il n’y aura aucun filtre pour un film ayant le point de vue de Joy (la véritable victime du film, finalement).

D’ailleurs, au casting, on ne voit qu’eux. Brie Larson (Crazy Amy, States Of Grace, Don Jon…), récemment récompensée de l’Oscar de la Meilleure Actrice pour sa performance, est superbe, à la fois forte mais brisée. Pour moi, c’est surtout Jacob Tremblay (Les Schtroumphs 2…), jeune acteur de 9 ans, qui est LA révélation du film (et qui aurait d’ailleurs dû être nommé pour l’Oscar selon moi, au même titre que Quvenzhané Wallis, encensée à l’époque pour sa performance dans Les Bêtes du Sud Sauvage), car il porte entièrement le film sur ses épaules tant on est conquis par sa bouille adorable et par son jeu incroyablement juste.
Autour, nous retrouvons Joan Allen (Jason Bourne : L’Héritage…) et William H. Macy (Cake, Shameless US…) pour compléter une famille traumatisée.

En conclusion, Room est un superbe joyaux à découvrir sans se poser de question. Lenny Abrahamson adapte une histoire difficile et parvient à conserver et à faire grandir la fraicheur d’un regard d’enfant à travers une situation douloureuse et parfois glauque, tout en scrutant l’amour d’une mère et le parcours d’une femme brisée. Si le parcours de cette dernière n’est compréhensible qu’en toile de fond, Room ne minimise jamais l’impact de son histoire dont il essaie d’en illustrer le positif grâce à cette nouvelle vie qui commence. Beau, bouleversant et superbe, c’est un gros coup de cœur et un film à voir absolument.

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Une réflexion sur “[COUP DE CŒUR] Room, de Lenny Abrahamson

  1. Le livre m’avait bouleversée et sidérée par sa virtuosité. J’ai vu le film aujourd’hui et je trouve cette adaptation plutôt réussie et émouvante en effet, grâce au jeu des deux acteurs principaux, excellentissimes !

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