[CRITIQUE] Seven Sisters, de Tommy Wirkola

Le pitch : 2073. La Terre est surpeuplée. Le gouvernement décide d’instaurer une politique d’enfant unique, appliquée de main de fer par le Bureau d’Allocation des Naissances, sous l’égide de Nicolette Cayman. Confronté à la naissance de septuplées, Terrence Settman décide de garder secrète l’existence de ses 7 petites-filles. Confinées dans leur appartement, prénommées d’un jour de la semaine, elles devront chacune leur tour partager une identité unique à l’extérieur, simulant l’existence d’une seule personne : Karen Settman. Si le secret demeure intact des années durant, tout s’effondre le jour où Lundi disparaît mystérieusement…

Après deux Dead Snow (2009 et 2014) et un Hansel et Gretel : Witch Hunters, Tommy Wirkola s’éloigne du genre mi-horrifique mi-action pour se plonger dans un univers SF et une histoire originale (ce qui est notable). Dans un futur proche, Seven Sisters imagine une planète surpeuplée où Dame Nature a été trafiquée pour subvenir aux besoins alimentaires de l’humanité, ce qui a, ironiquement, favorisé les grossesses multiples ! Pour réduire la population mondiale, seulement un enfant par famille est autorisé, les frères et sœurs interdits sont cryogénisés en attendant des jours meilleurs. Le film se focalise donc sur sept sœurs nées illégalement le même jour, nommées avec les jours de la semaine et habituées, depuis l’enfance, à sortir chacune son tour pendant sa journée éponymes. Jusqu’au jour où l’une des sœurs disparaît.

Globalement, Seven Sisters est plutôt surprenant et divertissant : Tommy Wirkola développe un univers caricatural mais accessible, en s’en tenant aux attendus avec son monde grisâtre et régit par un état policier omniprésent. De quoi créer une tension dès qu’on se projette dans le film, tant cette société dystopique est cauchemardesque et presque inhumaine. Résultat, Seven Sisters nous embarque très facilement dans son intrigue plongée dans le quotidien angoissant de ces 7 sœurs recluses et pas toujours très heureuses de la condition qui leur est imposée. Quand la traque démarre, c’est là que Seven Sisters s’étoffe en terme de rythme : 7 personnages, 7 fois plus d’action ! Le film gagne en intensité au fur et à mesure que l’intrigue se développe, permettant d’en découvrir ses ressorts et ses failles. Le propre du monde dystopique c’est justement sa proximité, du coup on peut facilement s’immerger et accompagner les héroïnes aux premières loges. Une chose est sûre, c’est que si Tommy Wirkola se repose sur des arcs faciles, il parvient à livrer un film dynamique et truffé de rebondissements qui animent un puzzle captivant et accrocheur.

Cependant, quand on y regarde de plus près, il y a quelques détails qui fâchent. La facilité évidente du scénario en est un : Seven Sisters s’aventure dans un terrain déjà vu et trop souvent exploré ces derniers temps, avec cette société futuriste et extrême qui propose des héroïnes en danger uniquement à cause d’une différence génétique qu’elles n’ont pas choisie (hello Divergente), dans un tableau noir où l’uniformité est la norme à travers des looks stricts et des têtes d’enterrement partout à la ronde. Cette absence d’originalité s’accompagne de grosses ressemblances avec une certaine série, Orphan Black, bien sûr, où les héroïnes sont également interprétées par la même actrice, Tatiana Maslany – à la différence que ce sont des clones et non des sœurs. Mais les similitudes ne s’arrêtent pas uniquement à la distribution des rôles, mais vont jusqu’à l’interprétation de ces personnages et, sans en dévoiler trop, un certain twist important de l’intrigue, que l’on peut deviner dès le début du film. En effet, en introduisant son monde, la narration de Seven Sisters dépeint un tableau un peu trop précis, révélant les fondations de sa société dystopique mais aussi ses failles, aussi bien en terme d’enjeux que de personnalités [SPOILER : d’une part, les sœurs ne sont pas toutes ravies de leurs vies et, d’autre part, la cryogénisation coûte un bras : qui la finance et comment ? /]. Par contre, il faut admettre que celui qui ne connait pas cette série ressentira beaucoup moins cette impression de déjà-vu !

De plus, le film de Tommy Wirkola se réfugie souvent dans l’à-peu-près pour faire avancer son histoire sans encombre, ignorant délibérément certaines failles du scénario (la mort du gardien de l’immeuble qui passe inaperçue, la capacité de se déguiser sans aucun maquillage ni fringue de rechange à l’horizon…), ce qui révèle un certain amateurisme en terme d’écriture mais également de mise en scène. Enfin, certains choix, parfois audacieux, frôlent malgré tout le ridicule, ce qui fragilise la crédibilité d’un film pourtant original et donne parfois un aspect téléfilm à l’ensemble.

Ceci étant dit, j’ai tout de même passé un très bon moment. Seven Sisters regorge d’actions et de rebondissements qui rendent le film haletant et dynamique, résultat : je n’ai pas vu le temps passer. Même si le film de Tommy Wirkola s’inspire d’anciens succès du genre SF avec des sociétés dystopiques et frôle le rip-off de la série Orphan Black – malheureusement méconnue du grand public, Seven Sisters tient ses promesses grâce à un rythme soutenu, un univers étoffé et une prise de risque certaine qui offre un peu de nouveauté sur grand écran.

Au casting : Noomi Rapace (Conspiracy, Quand Vient La Nuit, Enfant 44…) tient une occasion en or de prouver qu’elle est capable d’interpréter différents rôles et émotions en un film, à travers ses 7 personnages. Si l’actrice porte le film sur ses épaules, la nuance entre les sœurs – en dehors de leurs looks – est très fine, mais convaincante. À ses cotés, Glenn Close (The Last Girl – Celle qui a tous les dons, Les Gardiens de la Galaxie…) cabotine un chouilla, avec une performance glacée qui rappelle celles de Kate Winslet ou encore Julianne Moore dans Divergente et Hunger Games. Les personnages masculins – de Willem Dafoe (Le Monde de Dory, La Grande Muraille…) à Marwan Kenzari (La Momie…), en passant par Christian Rubeck (Alliés…) ou Pål Sverre Hagen (Les Enquêtes du département V : Délivrance…) – sont accessoires pour introduire ou faire avancer l’histoire, sans vraiment avoir un réel impact sur le film.

En conclusion, Seven Sisters propose un thriller inventif et dynamique, alliant suspens et action pour alimenter une trame originale. Malgré ses facilités dans le traitement et quelques ressemblances avec d’autres œuvres similaires, le film de Tommy Wirkola nous embarque dans une course contre la montre haletante et étonnante. À voir !

PS : j’avoue que le défi sur l’affiche « Vous ne devinerez jamais la fin » m’a rendue tatillonne 😁

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