[CRITIQUE] Pentagon Papers, de Steven Spielberg

Le pitch : Première femme directrice de la publication d’un grand journal américain, le Washington Post, Katharine Graham s’associe à son rédacteur en chef Ben Bradlee pour dévoiler un scandale d’État monumental et combler son retard par rapport au New York Times qui mène ses propres investigations. Ces révélations concernent les manœuvres de quatre présidents américains, sur une trentaine d’années, destinées à étouffer des affaires très sensibles… Au péril de leur carrière et de leur liberté, Katharine et Ben vont devoir surmonter tout ce qui les sépare pour révéler au grand jour des secrets longtemps enfouis…

La Liste de Schindler, Il Faut Sauver le Soldat Ryan, Munich, Lincoln, Le Pont Des Espions… Steven Spielberg a toujours été attaché à l’Histoire et à ses guerres, dont il s’inspire non seulement pour quelques chefs d’œuvres, mais aussi pour s’inscrire comme un des meilleurs réalisateurs américains, capable d’alterner avec une aisance démente les genres, allant du drame au fantastique, en passant par le thriller, l’aventure et la science-fiction. Si les US ont déjà eu la chance de découvrir Pentagon Papers en 2017, en France nous aurons le droit à deux Spielberg la même année et on commence déjà bien avec l’adaptation d’une histoire vraie, flairant bon la liberté de la presse face aux tentatives d’intimidations politiques, sur fond de guerre du Viêt-Nam, rivalités professionnelles et du machisme ambiant.

Pentagon Papers (The Post, en VO) est une histoire multiple qui propose bien plus qu’un simple thriller politique porté par des acteurs de haute voltige et un réalisateur incontournable. En surface, le film égratigne une époque muselée et coincée dans des mœurs patriarcales et contraignantes qui méritaient d’être bousculées. Entre un gouvernement qui tente de réduire la presse au silence et le parcours d’une femme à la tête d’un journal qui a du mal à faire valoir sa place, Pentagon Papers brasse une époque conflictuelle et charnière de l’histoire américaine dans un récit dense et pourtant très fluide.
Pas étonnant quand on voit que le scénario est co-écrit par Liz Hannah et Josh Singer, ce dernier ayant notamment écrit Spotlight de Tom McCarthy (2015). Il y a d’ailleurs une certaine ressemblance dans le traitement de ces deux films, partageant tout deux l’univers passionnant d’une cellule de presse connue mais pas forcément reconnue, habitée par des personnages à la fois excités et concernés à l’idée de pouvoir enquêter et communiquer sur une affaire houleuse et scandaleuse, tout en tentant de rattraper son retard par rapport aux rivaux.
Là où Spotlight restait linéaire et consacré à son histoire principale, Pentagon Papers va plus loin en scrutant en parallèle une époque machiste où seuls les hommes avaient la parole et impose une Meryl Streep dont le personnage dérange, à cause de son sexe. C’est peut-être la partie du film qui m’a le plus plu : en effet, si la libération de la presse est attendue, le sous-texte féministe et d’époque est amené avec subtilité et force, de la timidité discrète du personnage de Meryl Streep, en passant par ces hommes qui lui rappellent constamment la place dont elle a hérité. Brassant des sujets délicats, le film parvient à mener de front deux intrigues complémentaires, l’une exposant des faits et l’autre, plus implicite, va faire évoluer ses personnages, entre mentalités à débroussailler et audaces renouvelées.

Au-delà du récit exposé, c’est surtout le traitement de l’ensemble qui fait de Pentagon Papers un film brillant : la force et le rythme percutant des dialogues au tempo dynamique et tendu, le charisme des personnages et surtout la réalisation de Steven Spielberg complètent une œuvre totalement aboutie et maîtrisée. C’est là qu’on reconnait le réalisateur qui connaît son métier à la perfection et parvient à conserver sont style tout en évitant la mise en scène parfois didactique. En effet, j’avais reproché à Lincoln sont coté trop académique et un brin poussiéreux, pourtant on voit bien qu’à travers Pentagon Papers Steven Spielberg est boosté aussi bien par l’hommage que par la passion. Oui, la mise en scène est léchée et sublime ; bien sûr, les cadres et la photographie sont excellents ; évidemment que la musique signée par John Williams accompagne le film avec l’intensité nécessaire… Mais ce que j’aime vraiment chez Spielberg, c’est qu’il va filmer avec la même minutie esthétique et le même sens du grandiose emphatique des acteurs monstrueux en pleine scène-clé et le fonctionnement de ses machines d’imprimerie d’époque.

Au casting justement, ce n’est pas tous les jours qu’on peut voir Tom Hanks (The Circle, Sully…) et Meryl Streep (Florence Foster Jenkins, Ricki And The Flash…) partager l’affiche, c’est même la première fois. Pour être franche, les deux acteurs font le job sans trop en faire, car ce ne sont pas des rôles qui demandent des performances exceptionnelles comme Seul au Monde ou La Dame de Fer. Cependant, il aurait s’agit du même avis pour n’importe quels autres acteurs, le résultat serait passage. Sauf qu’il s’agit de Tom Hanks et Meryl Streep, soit deux acteurs qui, même en restant dans leurs zones de conforts, sont déjà excellents, alors forcément j’ai applaudi (même si j’ai souvent du mal avec Tom Hanks, personnellement) !
Autour d’eux, on retrouve Sarah Paulson (American Horror Story, Carol…), Alison Brie (Célibataire, Mode d’Emploi, Jamais Entre Amis…) et Carrie Coon (Gone Girl, Fargo…) habitent un ensemble très masculin, composé par Bob Odendrick (Better Call Saul…), Bradley Whitford (Get Out…), Bruce Greenwood (Kingsman – Le Cercle d’Or…), Tracy Letts (Le Teckel…), Matthew Rhys (En Mai, Fais ce qu’il te plait…) et un peu de Michael Stuhlbarg (Miss Sloane…) qui cumulent les bons films.

En conclusion, Pentagon Papers est certainement un de ces films faits pour les Oscars, mais contrairement à Lincoln, par exemple, Steven Spielberg y met plus de style, plus de panache, dans une œuvre à la fois sobre et bercée par un classicisme qui rappellent les films d’investigation old school, entre tensions politiques, fumées de cigare(tte)s et un casting de stars. Un vrai film d’époque dont le sujet semble pourtant traverser les âges ! À voir !

Ces trois-là ensemble c’est quand même magique.

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