[COUP DE CŒUR] Ready Player One, de Steven Spielberg

Attendu depuis son annonce et précédé par un déluge d’éloges dithyrambiques par la presse américaine, Ready Player One est effectivement l’excellente surprise annoncée. Si Steven Spielberg n’est plus à présenter, cela faisait longtemps (depuis Minority Report, au moins) qu’il nous avait pas offert un blockbuster aussi abouti, fascinant et spectaculaire à travers un récit fantastique et immersif qui célèbre la culture geek et rétro avec une maîtrise incroyable. En résumé : oui, Ready Player One est un énorme kiff !

Le pitch : 2045. Le monde est au bord du chaos. Les êtres humains se réfugient dans l’OASIS, univers virtuel mis au point par le brillant et excentrique James Halliday. Avant de disparaître, celui-ci a décidé de léguer son immense fortune à quiconque découvrira l’œuf de Pâques numérique qu’il a pris soin de dissimuler dans l’OASIS. L’appât du gain provoque une compétition planétaire. Mais lorsqu’un jeune garçon, Wade Watts, qui n’a pourtant pas le profil d’un héros, décide de participer à la chasse au trésor, il est plongé dans un monde parallèle à la fois mystérieux et inquiétant…

Pour cette critique, c’est Aguendia (futur réalisateur de talent) qui donne son avis 🙂

2018 sera considérée comme une année lucrative pour Spielberg. Il est bien évidemment inutile de présenter celui qui apparaît comme étant l’un des seuls rescapés du Nouvel Hollywood encore prolifique dans cette industrie du cinéma. Figure emblématique à la filmographie aussi extensive que variée, adepte du jonglage de genres en tout genre, il nous offre cette année deux films distribués sur les écrans français à quelques mois d’intervalle seulement. Son Pentagon Papers, couronné de nominations aux Oscars et d’un casting cinq étoiles, débutait cette nouvelle année cinématographique. Et c’est désormais au “genre” dont il est le précurseur — le blockbuster américain — que nous le retrouvons avec le vibrant Ready Player One.

Adapté du roman d’Ernest Cline, paru en 2011, Ready Player One est une célébration de la culture nerd/geek. Une culture aujourd’hui prédominante et loin d’être niche. Se déroulant dans un futur proche et dystopique, le film nous plonge dans un monde où la société est plus ou moins régie par une interface ludique de réalité virtuelle adoptée par tous. Pour échapper à son quotidien morne et résolument dépressif, il suffit d’enfiler sa paire de lunette et se connecter à l’OASIS pour être aussitôt propulser dans un univers virtuel sans aucune limite. Une version résolument plus aboutie et immersive de ce que serait un croisement entre VR Chat et Second Life. Et en ce qui concerne le world-building de cette interface qui fait l’argument de vente principal du film, le traitement final rendu par Spielberg et ses équipes est tout bonnement bluffant. Le film est une orgie visuelle qui ne vous laisse pas une minute de répit, débordant d’idées plus inventives les unes des autres pour profiter au maximum du concept qui est proposé par le roman. L’intrigue nous plonge dans une grande partie de chasse aux trésors virtuelle, où les enjeux ont des répercussions et des conséquences dans le monde réel.

Et c’est sans doute là où le bât blesse quelque peu, sans vraiment heurter le film dans sa globalité. En dehors de leurs avatars numériques, les personnages humains peinent à nous marquer ou simplement à nous faire adhérer à l’importance de leur cause. Il en va de même en ce qui concerne l’univers tangible bâti autour d’eux et de l’OASIS. Univers réel qui sert plus de toile de fond car au final bien trop peu exploré. Les enjeux émotionnels qui lient les protagonistes entre eux et avec leur entourage sont quelque peu bâclés, et amènent donc certains dénouements à tomber légèrement à plat. Le film est d’ailleurs porté par un personnage principal (la version humaine) un peu tête-à-claques, voire parfois exaspérant. Il en va de même pour un antagoniste sans vrai relief. Le tout aboutissant à un climax à la résolution un peu plate, loin de l’engouement triomphal que l’on pourrait espéré. Il est quand même bon de voir que le film traite son sujet sans cynisme moderne, et assume la portée relativement simpliste de sa morale. [Note de Dunno : En effet, j’aurai aimé que le film explore un peu plus le manque d’interaction des personnages dans le monde réel et la façon dont l’OASIS isole les êtres humains de la même façon qu’internet aujourd’hui prend le pas sur le réel. En mettant plus en avant les avatars par rapport aux humains, on peut se poser la question parfois si Ready Player One ne franchit pas la limite entre la science-fiction et la cinématique de jeu vidéo, notamment lorsqu’on se penche sur le visuel. Résultat, une fois arrivé à la conclusion, l’aboutissement et le message du film ont tendance à patauger dans un léger creux qui contraste avec ce rollercoaster spectaculaire et incroyablement enthousiaste qui m’a transportée sans effort pendant plus de deux heures.]

Car le film cultive à merveille ce penchant pour la nostalgie et la naïveté enfantine. Spielberg arrive à susciter cet émerveillement constant qui caractérisait l’enfant que nous étions tous à une époque. Aidé par un puits sans fond de culture populaire commune dans le lequel il puise allègrement, nous nous retrouvons devant une explosion de références diverses et variées.
Entre les multiples avatars, souvent issus de jeux vidéos old school (Street Fighter…) ou récents (Overwatch…), qui peuplent l’OASIS, la bande son de hits 80’s (Van Halen, Joan Jett, Twisted Sister…) ou certains accessoires et autres références à la pop culture (cinéma, animation et jeux vidéos…), le souci du détail est opéré d’une main de maître. Un vrai travail d’orfèvre, plein de révérence et d’amour pour cette culture qui fait plaisir à voir et à entendre, même s’il est vrai que parfois le name-dropping référentiel à renfort de dialogues comme outil de « geek-credibilty » peut parfois être un peu lourd. Mais cela ne suffit pas à nous faire bouder notre plaisir : Spielberg s’amuse comme un gosse dans cet immense terrain jeu et nous gratifie de séquences tout bonnement hallucinantes (dont une qui revisite un célèbre classique du cinéma que je ne vous spoilerai pas)[Note de Dunno : Autant dire qu’il vous faudra plusieurs visionnages pour repérer tous les clins d’œil qui se bousculent dans le film, certains sont évidents et d’autres nettement plus subtils (pour ne pas dire un chouilla exclusifs !]

Le film n’est pas radin en morceaux de bravoure et nous offre son lot de séquences haletantes. La palme reviendra à une frénétique course de bolides qui en épuisera plus d’un, dans le bon sens du terme. Nous sommes ici devant un blockbuster maîtrisé au plus au point. Et la close spectaculaire associée au contrat proposé par ce genre de cinéma n’est pas prête de décevoir. À cet égard, le film est plus qu’irréprochable : jouissif et bluffant, sans prétention de jouir et de se contenter de son concept, ou d’avoir le scénario le plus tordu.

Au casting et bien qu’ils soient souvent moins attachants que leurs avatars virtuels, on retrouve donc Tye Sheridan (X-Men Apocalypse, Dark Places, Mud : Sur les rives du Mississippi…), Olivia Cooke (This Is Not A Love Story, Ouija, Bates Motel…), Ben Mendelsohn (Les Heures Sombres, Lost River…) et Lena Waithe (Master of None, Transparent…). Face à eux, Simon Pegg (Star Trek : Sans Limite, Absolutely Anything…) et Mark Rylance (Le Bon Gros Géant, Le Pont des Espions…) font des apparitions appréciables, notamment ce dernier qui incarne parfaitement le cliché du geek passionné et introverti. Je noterai tout de même la performance virtuelle de T.J. Miller (Silicon Valley, Deadpool...) en i-R0ck, un méchant aussi génial qu’attachant, à l’instar de Hannah John-Kamen (Tunnel…), un peu plate et dissolue dans un film trop tout-public pour un caractère aussi assassin.

En conclusion, Ready Player One est une ode pleine de charme et de nostalgie communicative à la culture geek et pop. Geeks et cinéphiles trouveront leur compte dans un déluge constant de références qu’il est impossible de pleinement recenser au premier visionnage. Un des blockbusters les plus aboutis de ces dernières années. À voir absolument !

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