[COUP DE CŒUR] Mauvaises Herbes, de Kheiron

Le pitch : Waël, un ancien enfant des rues, vit en banlieue parisienne de petites arnaques qu’il commet avec Monique, une femme à la retraite qui tient visiblement beaucoup à lui. Sa vie prend un tournant le jour où un ami de cette dernière, Victor, lui offre, sur insistance de Monique, un petit job bénévole dans son centre d’enfants exclus du système scolaire. Waël se retrouve peu à peu responsable d’un groupe de six adolescents expulsés pour absentéisme, insolence ou encore port d’arme. De cette rencontre explosive entre « mauvaises herbes » va naître un véritable miracle.

Ne vous fiez pas à la bande-annonce !
Voilà, c’est dit. J’ai vu la première bande-annonce après avoir vu le film en septembre, et j’ai eu l’impression d’avoir l’aperçu d’un film plein de mélo et tristoune comme. Et bien pas du tout, Mauvaises Herbes est tout ce qu’il y a de plus vivant, drôle et émouvant.
Mais comment fait-il ? C’est la question que je me pose. Kheiron, initialement humoriste, a déjà réalisé son premier film Nous Trois Ou Rien, surprenant de justesse, à la fois bouleversant et hilarant, dans lequel il racontait l’histoire de ses parents. Avec un tel départ, j’appréhendais de voir son second film en me demandant s’il pourrait faire, a minima, aussi bien. La réponse est : oui.

Si la forme et le fond diffèrent, Mauvaises Herbes partage le même ADN que Nous Trois Ou Rien, tant le film provoque les mêmes émotions. Dès le début, Kheiron nous charme avec un duo improbable dont on a immédiatement envie d’en savoir plus, tandis que l’ensemble se transforme en trio avant d’entrer dans le vif du sujet. Dans un décor terne de banlieue, peuplé par des adolescents réfractaires à toutes formes d’autorité et en passe de filer de traviole, Mauvaises Herbes crée un dialogue permanent qui s’étoffe au fur et à mesure que l’histoire avance. Évidemment, l’humour est au centre, guidé par la plume de Kheiron qui vise toujours juste, usant du caractère faussement laxiste de son personnage. Tordant le cou aux clichés des cités, le film propose des portraits accessibles sans jamais forcer le trait, évoquant des sujets/situations douloureux et souvent complexes pour mieux comprendre ces esprits rebelles des temps modernes. En effet, au lieu de stigmatiser la jeunesse « délinquante » ou en difficulté, Mauvaises Herbes humanise ces personnages, cherchant la source de chaque comportement pour exposer des parcours de vie criant de vérité. Kheiron va a la rencontre de ces colères incomprises et tend la main à une jeunesse marginalisée par des préjugés ayant la peau dure.

Mais il n’y a pas que ça. Loin du film social à l’ambition larmoyante, Mauvaises Herbes célèbre surtout sa galerie de caractères bien trempés et flamboyants, en creusant des parcours souvent aussi ordinaires que bouleversants. La beauté de Kheiron réside dans sa volonté de sauver des vies, que ce soit à travers l’héroïsme et le dévouement d’un femme dans un climat hostile ou tout simplement à travers l’écoute d’un mal-être qui ronge un ado honteux de son manque d’éducation, en passant par des sorties de routes dangereuses et des secrets terribles. Le film explore différents sujets avec une habilité et une sensibilité remarquable, provoquant aussi bien des rires aux éclats que des yeux humides. Et ce n’est pas le début d’une romance chaotique qui va gâcher cet ensemble remarquable : le duo Catherine Deneuve et André Dussollier est génial !

Là où d’autres ont du mal à gérer la dynamique d’un film aux genres multiples (comme les romcoms qui démarrent par la comédie et qui se transforment en romances sirupeuses à mi-parcours, par exemple), Kheiron parvient à creuser la partie dramatique de son histoire sans jamais délaisser la légèreté ambiante qu’il instaure dès le départ. Mauvaises Herbes est une film solaire, qui réunit tous les ingrédients du feel-good movie. Accessible, juste, émouvant, drôle, intelligent, bien écrit et rythmé… Je manque d’adjectifs pour décrire le travail fantastique de Kheiron qui parvient à donner une voix à une personnage ordinaire, incompris, tout en valorisant aussi bien le travail social que l’humain et sa capacité souvent oublié de donner de lui-même pour aider les autres. Après sa lettre d’amour pour ses parents, Mauvaises Herbes se pose comme un message d’espoir qui éclaire une société souvent grise et noyée dans ses préjugés.

Bon, on apprend aussi qu’il faut se méfier des petites dames qui demandent de l’aide dans la rue 😀

Au casting, Kheiron est excellent et évidemment très à l’aise. Il sait également bien s’entourer : Catherine Deneuve (Tout Nous Sépare, Le Tout Nouveau Testament, La Tête Haute…) est géniale dans un rôle à contre-courant de son image de Dame propre sur elle, vraiment étonnante et convaincante dans un personnage pêchu et attachant. Face à elle, André Dussollier (Chez Nous, Adopte Un Veuf, Le Grand Jeu…) est toujours aussi bon et s’amuse visiblement sous la houlette de Kheiron. Autre visage connu, Alban Lenoir (Gueule d’Ange, Sparring…) sème le trouble.
Mauvaises Herbes introduit aussi pas mal de jeunes pousses (huhu) : Ouassima Zrouki mène une troupe composée de Louison Blivet, Adil Dehbi, Hakou Benosmane, Youssouf Wague et Joseph Jovanovic. Tous forment une ensemble attachant, vivant et véritablement conquérant quelques soient le parcours ou l’attitude de leurs personnages. La plupart font leurs premiers pas sur grand écran et leurs rôles sont souvent difficiles qui demandent plus de sensibilité qu’il n’y parait. Chapeau !
Petit clin d’œil, Kheiron invite également sa Leila Boumedjane à l’écran et, enfin, j’ai craqué pour le jeune Aymen Wardane et sa mignonnerie (même si Kheiron a regardé son père le faire pleurer sur le tournage* :D).

En conclusion, que vous ayez vu le premier film de Kheiron ou pas (à l’avant première nous étions finalement une poignée à avoir vu Nous Trois Ou Rien), foncez-voir Mauvaises Herbes : véritable feel-good movie qui allie parfaitement l’humour et la profondeur souvent grave de ses personnages, dans un ensemble chaleureux et réussi. Gros coup de cœur ! À voir et à revoir sans modération. Encore bravo Kheiron et merci 😀

* Pour la petite histoire, Aymen Wardane interprète Waël enfant. Lors du casting, l’enfant ne pleurait pas sur commande, donc Kheiron a demandé à son père de l’aider. Ce dernier est venu, a murmuré quelque chose à l’oreille d’Aymen et là, le petit se met à pleurer. Banco, Kheiron le choisit. Sur le tournage, pour une scène en particulier, le papa d’Aymen répète sa tactique efficae. Kheiron finit par lui demander ce qu’il disait à son fils et là, le papa lui révèle qu’il disait à son gamin « bon bah on voit que t’es bien là, donc avec ta mère on va partir et te laisser là » avant de s’éloigner. Et bim, l’enfant pleurait.
C’est drôle, mais quand même… j’espère qu’il s’en est remis depuis 😀

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