[CRITIQUE] Robin des Bois, de Otto Bathurst

Le pitch : Robin de Loxley, combattant aguerri revenu des croisades, et un chef maure prennent la tête d’une audacieuse révolte contre la corruption des institutions.

La légende de Robin des Bois est probablement l’une des plus populaires tant sa tagline « il vole aux riches pour donner aux pauvres » en a toujours fait un héros des temps modernes, quelque soit son époque. Et pour cause, si nous avons en tête la version de Ridley Scott (2010) avec Russell Crowe ou encore celle de Kevin Reynolds (1991) avec Kevin Costner, Robin des Bois compte plus d’une quarantaine d’adaptations à la télé ou au cinéma depuis 1908 ! Autant dire que cela fait plus d’un siècle que le héros à la flèche fait rêver, véritable reflet d’un monde qui répète les mêmes injustices sociales à l’infini, n’est-ce pas ?
De toutes façons, on s’en fiche car dès les premières minutes, cette nouvelle version de Robin des Bois nous invite à oublier tout ce qui été raconté sur ce héros légendaire. Réalisé par Otto Bathurst, qui après une filmographie confirmée coté petit écran (Peaky Blinders, Black Mirror…), insère le célèbre archer dans la lignée des adaptations de contes et autres mythes fantastiques testostéronées qui cherchent surtout à moderniser une histoire poussiéreuse en y injectant plus d’action et d’effets de style pour aller au-delà de l’énième redite. Dernier exemple en date : Le Roi Arthur – La Légende d’Excalibur de Guy Richie, controversé par la critique, mais que pour ma part j’avais plutôt bien aimé. C’est donc en espérant cette même bonne surprise que j’ai découvert Robin des Bois.

Autant vous dire qu’il vaut mieux prendre les conseils du narrateur au pied de la lettre : oubliez les anciennes versions de Robin des Bois, car le film d’Otto Bathurst est… une catastrophe ! Même en partant du principe qu’on va nous vendre un Robin des Bois 2.0 à mi-chemin entre un cascadeur hors pair et un super-héros qui transforme ses flèches en boulets de canon, Otto Bathurst anéantit toutes les ambitions du film en faisant une démonstration aberrante d’un manque de maîtrise terrible quand il s’agit de mise en scène et de montage ! Si l’intention de livrer des images spectaculaires et autres money-shots est visible, répondant au code de ce sous-genre fantasy avec sa photographie métallique et sombre – qui fait souvent penser à saga Resident Evil, d’ailleurs – Otto Bathurst saccage chacun de ses plans en criblant les scènes d’actions de cuts imbuvables et de slow-motions à répétition, créant ainsi un mélange confus et difficile à suivre entre le dynamisme survitaminé des affrontements et les effets emphatiques escomptés. Alors que beaucoup avec critiques la réalisation de Guy Ritchie pour Le Roi Arthur, ce dernier savait au moins temporiser ses effets et ne mettait pas tous ses œufs dans le même panier. Ici, Robin des Bois est complètement fouillis, souvent incompréhensible en termes de lecture de l’image, si bien que de nombreuses fois, je me suis contentée de fixer un point à l’écran pour au moins espérer comprendre l’ensemble avec ma vision périphérique ! S’il faut réfléchir à cela pendant un film ayant pour but de divertir, autant vous dire qu’il y a un problème.

Là où Robin des Bois continue de s’enfoncer, c’est dans son histoire linéaire et sans surprise. La romance, la vengeance, l’amitié avec un ancien ennemi… Le film d’Otto Bathurst promet une nouvelle approche et sert finalement un plan réchauffé qui remue tous les ingrédients du sous-blockbuster plus porté par l’action que par une véritable histoire. Oui mais voilà, au lieu d’accepter le socle téléphoné de son intrigue, Robin des Bois cherche à se muscler à tous les niveaux : ainsi, les personnages sont écrits avec des énormes moufles, soulignés par des dialogues qui se veulent badass mais sonnent incroyablement faux ou ridicules. Les tentatives d’humour sont mal insérées, les discours sensés créés de la tension sont d’une platitude navrante (et quand ça vient de Ben Mendelsohn, c’est vraiment difficile à regarder) et les réparties voulues piquantes sont navrantes. Autre chose qui m’a interpellée, ce sont les costumes. À quelle époque se situe ce film, exactement ? Si les décors parviennent à donner le change en créant un village bondé à l’ambiance paysanne, les costumes restent difficiles à cerner tant ils paraissent bien trop modernes, souvent déplacés (aller à l’église avec un décolleté jusqu’au nombril ?) ou tous simplement trop streetwear pour être crédibles. Un détail parmi temps d’autres qui souligne l’à-peu-près général du film.

Plus proche du Hansel et Gretel : Witch Hunters de Tommy Wirkola (2013) que de l’originalité du Roi Arthur de Guy Ritchie, Otto Bathurst mange à tous les râteliers pour nous refourguer un Robin des Bois qui penche vers le film de braquage pur et simple (Fast and Furious des Bois), fonçant comme un boulet de canon sans véritablement réfléchir à la stupidité ni à la superficialité de son ensemble, qu’il espère tout de même sérieux. Si je pardonne aisément l’idée que les gens ne fassent pas la différence entre Clark Kent et Superman uniquement à cause de ses lunettes, le film transforme les habitants de Nottingham en benêts aveugles tant le voleur masqué passe son temps à crapahuter le nez au vent, flanqué d’un acolyte qui fait tout pour ne pas passer inaperçu. Mais bon, personne ne semble le remarquer, pire tout un village encense un héros qui leur cause beaucoup de problèmes pour quelques piécettes qui n’ont, finalement, aucun impact sur le cours du récit. Alors peut-être que les Men In Black passent faire un nettoyage après, allez savoir.

Oui, bon, je m’égare, mais c’est normal : Robin des Bois est un gros raté. Ballotté entre une intrigue inintéressante, des personnages caricaturaux et une réalisation bordélique qui manque clairement de maîtrise, le film d’Otto Bathurst n’a malheureusement rien pour être sauvé et s’impose comme un divertissement mal fagoté. Si certains pourraient éventuellement s’amuser devant ce spectacle qui confond rythme et spectacle avec un montage saccadé et des effets de styles usés depuis le premier Matrix, pour moi, Robin des Bois est une jolie perte de temps et de talents.

Justement, au casting : Taron Egerton (Kingsman : Le Cercle d’Or, Eddie The Eagle…) fait son possible pour donner du charme à son personnage, accompagné par un Jamie Foxx (Baby Driver, The Amazing Spider-Man 2…) qui cherche toujours à se rendre plus « badass » que nécessaire et un Jamie Dornan (The Fall, Cinquante Nuances…) qui écope d’un personnage fade. Eve Hewson (Papillon, Le Pont des Espions…) tente de se départir du rôle de potiche de service mais incarne une Marianne sans relief, Tim Minchin (Californication…) est à peine crédible, Paul Anderson (Hostiles, The Revenant…) s’enfonce dans le cliché du bad guy. Mais le plus dur reste de voir Ben Mendelsohn (Ready Player One, Les Heures Sombres…) tant son rôle est écrit à la truelle, ampoulé de déclarations tombent à plat, alors que l’acteur tente vainement d’étoffer son personnage en lui donnant plus de charisme. Sauf que dans cet ensemble médiocre, même un très bon acteur comme Ben Mendelsohn devient moyen.

En conclusion, cette nouvelle version fera certainement partie des adaptations anecdotiques du légendaire Robin des Bois, que Kevin Costner et Russell Crowe se rassurent. Otto Bathurst livre un film brouillon et mal assumé, qui ne parvient pas à se décider entre la comédie d’action assumée et l’adaptation sérieuse. Mais ce sera surtout la réalisation bancale et mal maîtrisée qui aura mis en échec ma tolérance pour ce genre de nanars blockbusteriens. Les intentions sont là, mais ce Robin des Bois se révèle un peu trop vert. À éviter.

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