[CRITIQUE] Les Crevettes Pailletées, de Cédric Le Gallo et Maxime Govare

Le pitch : Après avoir tenu des propos homophobes, Mathias Le Goff, vice-champion du monde de natation, est condamné à entraîner « Les Crevettes Pailletées », une équipe de water-polo gay, davantage motivée par la fête que par la compétition. Cet explosif attelage va alors se rendre en Croatie pour participer aux Gay Games, le plus grand rassemblement sportif homosexuel du monde. Le chemin parcouru sera l’occasion pour Mathias de découvrir un univers décalé qui va bousculer tous ses repères et lui permettre de revoir ses priorités dans la vie

En 2015, Maxime Govare s’associait avec Noémie Saglio (Plan Cœur, Telle mère, Telle Fille…) pour le film Toute Première Fois avec Pio Marmaï dans le rôle principal. Une comédie sucrée et mignonne qui mettait en scène un homosexuel en couple qui couche pour la première fois avec une femme. Sucrée et mignonne, mais surtout avec un arrière-goût très déplaisant une fois le film terminé alors que le récit déjà balisé et ultra « hétéro-normé » (traduction : modelé ne pas choquer les hétéros peu ouverts d’esprit tout en les confortant dans leurs préjugés) s’enfonce en proposant un final dérangeant où le héros vire sa cuti et termine avec une femme (foutant son couple en l’air au passage).

Le réalisateur revient en tandem à nouveau, avec Cedric Le Gallo, pour proposer une comédie haute en couleurs qui, cette fois, assume à fond son sujet quitte à éclabousser à outrance. Et ça fait du bien ! Si Les Crevettes Pailletées risque de ne pas plaire à tout le monde à travers ses portraits francs et bruyants, il a au moins le mérite de ne pas faire dans la demi-mesure en s’exprimant librement. À travers le récit d’un entraîneur qui a tenu des propos homophobes et se retrouve forcé à entraîner une équipe de water-polo gay jusqu’au Gay Games, Les Crevettes Pailletées prend des airs de buddy movie fort en gueule et libéré du carcan hétéro-social. Le contexte permet donc d’éviter la justification permanente qui filtre dans les films mainstream présentant des personnages homos : Cédric Le Gallo et Maxime Govare nous jettent dans le bain sans préliminaire et ne cherchent absolument pas à excuser la folie des uns ou la caricature des autres. J’ai craqué pour cette absence de langue de bois jubilatoire alors que le film évoque les désaccords au sein de la communauté LGBT, tout en assumant la caricature qui lui colle à la peau parce que, justement, ce n’en est pas toujours une.

Alors oui, tous les gays ne sont pas efféminés, ni chaud-bouillants ou hyper sensibles… Mais le film de Cédric Le Gallo et Maxime Govare n’essaient pas d’être le miroir d’une communauté en particulier, il n’est que le reflet savoureux de personnes entières. En fait, Les Crevettes Pailletés s’inspirent d’une vraie équipe de water-polo LGBT. Du coup, si on joue beaucoup avec les clichés, l’ensemble est mesuré par une authenticité certaine et une joie de vivre (j’ai envie de dire « malgré tout ») qui transpirent à travers la mesure dans l’écriture et surtout le plaisir évident des acteurs à prendre part à ce road-trip euphorisant.
En arrière-plan, le film n’oublie pas de creuser les liens entre les personnages à travers l’esprit d’équipe, la différence et, un peu, la contrainte de vivre dans un monde hétérosexuel (ou hétéro-normé).

Hilarant, sincère et « unapologetic », Les Crevettes Pailletées fait un pied-de-nez aux films porteurs d’un étendard revendicateur pour offrir une comédie burlesque, simple et attachante où l’orientation sexuelle des personnages n’est finalement qu’une porte d’entrée vers une rencontre humaine, chaleureuse et même un peu émouvante. Sous les paillettes et entre deux shows musicaux improvisés, Cédric Le Gallo et Maxime Govare gomment les étiquettes réductrices et proposent un véritable feel-good movie qui parlent d’amour et d’amitié, mais également de défis, de rejet, de solitude et de perte… Bref, un film plein de vie qui prend une dimension particulière et hyper libératrice justement (et paradoxalement) parce qu’il suit un échantillon d’une communauté qui continue d’être montrée du doigt, rejetée, agressée, assassinée un peu partout dans le monde. Quelque part, même en étant qu’hétéro, je suis fière de voir un film comme celui-ci diffusé au grand public en 2019, car même si la presse fait beaucoup de rapprochements avec Priscilla, Folle du Désert de Stephan Elliott (1994 !) ou encore le récent Le Grand Bain (vu que c’est un film avec des hommes dans une piscine, hin, forcément ça se ressemble…), on voit encore trop peu de films LGBT qui ne sont pas uniquement tournés autour d’un message en particulier. Et puis même en dehors de ça, Les Crevettes Pailletées est drôle, franc, assumé et vie : ce serait dommage de passer à coté ou de s’empêtrer dans du politiquement correct ou des débats inutiles sur cette représentation de la communauté gay, car c’est un véritable petit rayon de soleil accessible à tous, peu importe avec qui vous couchez (on s’en fiche d’ailleurs).

Au casting, forcément il y a beaucoup d’hommes : Nicolas Gob (Le Chalet, Chefs, La Belle et La Bête…) et Alban Lenoir (Gueule d’Ange, Mauvaises Herbes, Sparring…) portent solidement le film, entre bonne humeur et différences, entourés par un ensemble varié et conquérant : Michaël Abiteboul (Les Hommes Du Feu, Papa ou Maman 2…), David Baiot (Libre et Assoupi, Plus Belle La Vie…), Romain Lancry (Demi-Sœurs, Scènes de Ménage…) et Roland Menou (Capitaine Marleau...). Petites cerises sur ce gâteau réjouissant : Romain Brau affole, Geoffrey Couët (Section de Recherches…) séduit et Felix Martinez attendrit. Seul personnage féminin du casting, la jeune Maïa Quesemand (La Fête des Mères…) observe avec le même regard conquis que j’ai pu avoir.

En conclusion, si la première tentative de Maxime Govare m’avait déplue, ce dernier remonte dans mon estime avec Les Crevettes Pailletées, co-réalisé avec Cédric Le Gallo. L’ensemble respire la bonne humeur et nous embarque dans un road-trip réjouissant où l’exubérance et le (parfois) sérieux des personnages entrent en permanence en collision pour donner naissance à une belle célébration de la vie. À voir !

2 réflexions sur “[CRITIQUE] Les Crevettes Pailletées, de Cédric Le Gallo et Maxime Govare

  1. C’est vrai que c’est très enthousiasmant, et militant quand même un peu, mais d’une manière différente. Et pour le pied de nez, la maladie du jeune homme, pour une fois, bah c’est pas le sida, et toc les clichés !

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