Comédie

[CRITIQUE] La Page Blanche, de Murielle Magellan

Avec le film La Page Blanche, le cinéma fait sa rentrée avec une jolie comédie toute douce sur la reconquête de soi. Muriel Magellan adapte en partie la BD de Boulet et Pénélope Bagieux dans une revisite simple et plutôt convenue, mais qui reste tout aussi touchante.

Le pitch : Eloïse se retrouve assise seule sur un banc parisien. Qui est-elle ? Que fait-elle là ? Elle ne se souvient de rien ! Elle se lance alors dans une enquête, pleine de surprises, pour découvrir qui elle est. Et si cette amnésie lui permettait de trouver qui elle est, qui elle aime, et de réinventer sa vie ?

Après avoir apposé son nom sur quelques scénarios de comédies françaises (Sous Les Jupes des Filles et Si J’étais un Homme, réalisées par Audrey Dana, Une Famille à Louer et Profession du Père de Jean-Pierre Améris), puis réaliser un téléfilm intitulé Moi, Grosse en 2019, Murielle Magellan, telle l’explorateur homonyme, se lance à la conquête des salles obscures avec La Page Blanche.
Pour son premier long-métrage, la « jeune » réalisatrice s’inspire librement (très librement) de la BD éponyme écrite par l’auteur Boulet et illustrée par Pénélope Bagieu (à l’époque où elle faisait encore des efforts). Un parcours qui m’a un peu fait froncer du nez, vu que j’ai moyennement apprécié (voire pas du tout) les films d’Audrey Dana, tandis que la dernière adaptation que j’ai vue d’une œuvre signée par Pénélope Bagieu était le premier film Joséphine (une catastrophe si on compare le film à la BD, rappelons-le). Mais j’avais lu la BD La Page Blanche et j’avais été séduite par ce concept aux accents de thriller édulcoré, tandis que l’issue offrait une réflexion intéressante sur ce qui constitue(ait) l’existence d’une personne.

Si les prémices font penser à un film dans la lignée d’un Jason Bourne, calmons immédiatement nos ardeurs : La Page Blanche est une comédie un poil sentimentale aux couleurs pastel et portée par la voix « pépillante » d’une Sara Giraudeau bien éloignée de l’univers tendu de la série Le Bureau des Légendes.
Murielle Magellan reprend les grandes lignes et modifie la trame pour la faire entrer dans les cases de la romcom frenchy classique. Un choix compréhensible mais qui retire un poil d’intérêt au personnage initial qui n’avait pas ou peu de vie sociale. Pensant peut-être éviter le coté un poil mélancolique (voire lugubre) de la bande dessinée, le film évolue dans une ambiance douce et légère, enrobée dans une photographie sucrée et des personnages aussi accessoires que prévisibles. La fantaisie s’invite pour égayer une trame tout de même assez fine, alors que l’ensemble invite à redécouvrir les trésors d’un quotidien qui file entre les doigts. Si l’ensemble parvient à mener son intrigue jusqu’au bout en retraçant le mystère sur l’identité de l’héroïne, je regrette simplement que le film ne colle pas aussi bien à l’histoire originale, où le personnage était vraiment la solitude (l’oubli ?) incarnée.

Toutefois, alors que la rentrée s’amorce et que même si certains d’entre nous ne vont plus à l’école depuis longtemps, septembre reste un mois de renouveau : on se remet au sport, on arrête de fumer, on change de job, etc… La Page Blanche vient réveiller des questionnements tapis en nous, sur le sens de nos vies et ce que nous construisons (ou pas) de ce temps qui passe. L’histoire, aussi mignonne soit-elle, invite à l’introspection en douceur, sans grand drame ni bousculade. Le film file tranquillement sur une mer d’huile, parfois agitée par des gimmicks rigolos et des éclats attendus, avant de se conclure sans grande surprise mais avec l’effet apaisant d’une fin d’après-midi d’été (en terrasse).

Au casting, Sara Giraudeau (Adieu Monsieur Haffmann, Le Discours, Les Traducteurs…) anime le film grâce à son personnage un peu droopy, ainsi que sa personnalité sensible et pétillante qui suffit à illuminer un film globalement très scolaire. Face à elle, une association qui semble couler de source avec un Pierre Deladonchamps (Mixte, Eiffel, Madame Claude…), son alter ego presque parfait. Autour d’eux, des seconds couteaux se succèdent sans grande étincelle dont Grégoire Ludig (Les Vedettes, Mandibules…), Sarah Suco (Les Éblouis, Les Invisibles…) ou encore l’humoriste Doully (Les Bad Guys…), tandis que Stéphane Guillon vient faire une apparition.

En conclusion, c’est tout doux et tendre pour la rentrée. La Page Blanche est une comédie agréable qui se regarde sans effort mais qui s’oubliera aussi très vite, probablement parce que le film de Murielle Magellan a préféré contourner la noirceur latente explorée en filigrane dans la bande dessinée (la solitude, donc). À voir.

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