Épouvante-horreur

[COUP DE CŒUR] Le Dernier Voyage du Demeter, de André Øvredal

Le pitch : Le navire de commerce Demeter quitte la Transylvanie pour un long voyage vers Londres, avec à son bord une mystérieuse cargaison. D’étranges événements vont alors survenir et décimer peu à peu les membres d’équipage. Les survivants vont tenter de survivre à une présence qui sévit chaque nuit sur le Demeter.

Le Dernier Voyage du Demeter est une adaptation du chapitre « Journal de bord du Demeter de Varna à Whitby (The Captain’s Log) » du roman Dracula, écrit par Bram Stoker en 1897. Pour ceux qui n’auraient pas encore plongé dans les abysses de la littérature gothique, ce film d’André Øvredal s’offre comme une porte d’entrée saisissante vers l’univers obscur et oppressant du thème du vampire.
Après s’être fait remarqué en 2010 avec Troll Hunter, le réalisateur norvégien continue d’étonner avec ses œuvres horrifiques, chacune imprégnée d’une atmosphère unique, tout en maintenant un pouvoir d’attraction et du frisson indéniable. Ses films suivants, The Jane Doe Identity ou encore Scary Stories, détonnent dans le paysage horrifique souvent saturé par des succédanés d’un même gimmick, en offrant des films au poids psychologique écrasant, qui ne laisse jamais indemne.

Le Dernier Voyage du Demeter était pour moi l’une des attentes de cet été et je n’ai pas été déçue. Mon affection pour les récits vampiriques fidèles à l’essence du roman de Bram Stoker est comblée. Ici, pas de romances mièvres, ni de dérogations aux règles fondamentales (comme l’ail ou la lumière du soleil) ni des vampires étincelants : le film d’André Øvredal nous propulse dans un récit brumeux à bord d’un navire aux allures maudites, déjà hanté par un équipage aux destins suspendus. Avant même que la menace ne se révèle, les personnages du film sont façonnés par des vies solitaires et dénuées d’attachement. L’époque, l’atmosphère et la photographie du film renforcent une mélancolie palpable, soulignant l’absence d’espoir qui pèse sur ces marins désenchantés et désespérés.

Le Dernier Voyage du Demeter ne cherche pas à terrifier comme un Conjuring ni à faire sursauter comme les récents Smile, M3GAN, Le Croque-Mitaine ou encore La Main. Cependant, il offre des moments d’angoisse captivants et ensorcelants. Là où de nombreux films d’épouvante s’engouffrent rapidement dans le vif du sujet ou, au contraire, traîne de la patte jusqu’au vingt dernières minutes d’un film mal équilibré, boosté par des jumpscares plus ou moins efficaces, André Øvredal préfère prendre le temps de tisser une atmosphère inquiétante, sans issue possible et de plus en plus oppressante. Le contexte et la présence mystérieuse qui hante le navire contribuent à instaurer une appréhension grandissante. Ainsi, lorsque la menace devient visible, le spectateur est déjà plongé dans une tension fiévreuse. Le Dernier Voyage du Demeter prend son temps, mais pas trop : chaque scène amplifie la pression d’un cran, et, fait exceptionnel, aucun personnage ne semble agir de manière illogique. Même le jeune garçon du film est écrit avec soin et participe de manière cohérente à l’évolution tragique de l’histoire.

Ce qui m’a le plus captivée dans Le Dernier Voyage du Demeter, c’est que l’histoire ne repose pas exclusivement sur le vampire. Bien que le sort inéluctable de l’équipage soit dévoilé dès le début, le réalisateur n’en fait pas une simple affaire de créature meurtrière. De ses personnages empreints d’une mélancolie contagieuse aux décors ténébreux, le film se charge progressivement d’un désespoir palpable et d’une tonalité fataliste. Alors que les éléments se déchaînent et que le destin funeste se dessine, Le Dernier Voyage du Demeter frôle la perfection, malgré l’usage massif des effets numériques pour créer une atmosphère sépulcrale. Aucun détail n’est laissé au hasard, de l’apparence lugubre du navire au travail sonore minutieux, notamment les bruits sourds des coups sur le bois qui résonnent. La nature hostile, tantôt agitant l’océan, tantôt créant un brouillard lugubre, s’ajoute à cette ambiance sombre. En bref, ce film offre une adaptation superbe et réussie de l’univers de Dracula, conjuguant habilement l’horreur, l’esthétique, et les émotions sombres qui animent les personnages de ce récit fébrile et captivant.

Au casting : Corey Hawkins (NWA : Straight Outta Compton, Kong: Skull Island, BlackKklansman…), Liam Cunnigham (Game of Thrones, 24H Limit, Braquage Final…) et David Dastmalchian (Oppenheimer, Le Croque-Mitaine, Dune…) partagent la tête d’affiche, tous convaincants et servis par une écriture solide de leurs personnages. Autour d’eux, on retrouve, entre autres, Stefan Kapičić (Deadpool 2, Better Call Saul…) ou encore Aisling Franciosi (I Know This Much Is True, Game of Thrones…) sera la seule présence féminine du voyage. Le jeune Woody Norman (La Maison du Mal…) livre une prestation excellente, tandis que l’incontournable Javier Botet (Ça, Scary Stories, Insidious : La Dernière Clé…)qui ajoute une nouvelle figure horrifiques à son arc.

En conclusion, Le Dernier Voyage du Demeter est une très bonne surprise qui vient compléter l’univers de Dracula, offrant une (re)découverte aussi angoissante qu’immersive, sous la direction d’André Øvredal. Une adaptation qui allie avec succès l’horreur, l’esthétique et les émotions sombres, à savourer pour les amateurs du genre. À voir.

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