Épouvante-horreur, Sci-fi

[CRITIQUE] M3GAN, de Gerard Johnstone

Le pitch : M3GAN est un miracle technologique, une cyber poupée dont l’intelligence artificielle est programmée pour être la compagne idéale des enfants et la plus sûre alliée des parents. Conçue par Gemma, la brillante roboticienne d’une entreprise de jouets, M3GAN peut écouter, observer et apprendre tout en étant à la fois l’amie et le professeur, la camarade de jeu et la protectrice de l’enfant à qui elle est liée. Quand Gemma devient tout à coup responsable de sa nièce de 8 ans, Cady, dont les parents sont soudainement décédés, elle n’est absolument pas prête à assumer son rôle. Débordée et sous pression au travail, elle décide de lier le prototype M3GAN encore en développement à la petite fille, dans une tentative désespérée de résoudre ses problèmes sur ces deux fronts. Une décision qui va entraîner d’épouvantables conséquences.

Sortie en toute fin d’année malgré une campagne promo appétissante, le film M3GAN continue de se placer en bonne position dans le box-office US, faisant de l’ombre au succès d’Avatar 2 – La Voie de l’Eau et au tout aussi génial (si ce n’est plus) Babylon.
Et pour cause, l’idée d’une poupée-robot étrangement réaliste qui finit par tuer des gens est un concept aussi simple que vendeur. Il suffit de voir le succès de franchises telles que Chucky avec le dernier né Child’s Play (2019) ou encore les Annabelle, en passant par des films old schools , moins réussis ou tout simplement méconnus comme The Boy (et sa suite malheureuse) de William Brent Bell (2016), le direct-to-DVD Sabrina de Rocky Soraya (2022) ou encore Les Poupées de Stuart Gordon (1987). 

Cependant, contrairement à cette longue liste, M3GAN se démarque sur différents points cruciaux. Réalisé par Gerard Johnstone (Housebound…), le film est adapté à partir d’une idée d’Akela Cooper et James Wan, tout deux ayant travailler sur Malignant. Bien qu’il soit estampillé comme un film d’horreur, ici pas de poupée aux visages déjà peu avenants et possédés par un démon ou quelconque esprit revanchard. Au détour d’une histoire de robot flirtant avec l’intelligence artificielle, le film de Gerard Johnstone se révèle plus comme un film de science-fiction relativement dark vu que des gens se font régulièrement zigouiller dans le noir. On est donc plus proche d’un épisode (un poil moins brillant) de Black Mirror que d’un Annabelle, donc. 

Si on ferme les yeux sur le storytelling dépouillé du film qui expédie les ressorts logiques du parcours de ses personnages (disparition des parents, récupération d’une orpheline, création quasi-magique d’un jouet super intelligent…) pour entrer dans le vif du sujet, M3GAN fascine d’emblée grâce à son personnage homonyme. À l’instar d’une certaine Alita, l’apparence du jouet flirte avec la Vallée Dérangeante, notamment avec ses grands yeux, son manque d’expression facial et son look de jeune fille proprette (un peu comme Esther à ses débuts), tant on ne sait plus quand l’actrice laisse place aux effets spéciaux et vice-versa. Des circonstances douloureuses à l’introduction entre la jeune fille et sa poupée-robot, le film tisse les rouages d’un cercle vicieux qui va faire tourner l’expérience au drame.
Certes le déroulé est prévisible, mais la mise en abîme est bien rythmée pour conserver le spectateur en haleine. Grâce au contexte dramatique autour de la mort des parents de la jeune héroïne, le film navigue à souhait dans un cadre sombre qui fait habilement écho au deuil qui filtre en filigrane, sans pour autant agir comme une chape de plomb sur le récit. Plus que les personnages humains, M3GAN capte l’attention : devinant l’évolution du film, chaque moment où la poupée est à l’écran, la tension monte d’un cran tant on reste à l’affût de ses moindres dérogations à son programme. Grande sœur et protectrice ultime, la poupée-robot vampirise le film, jouant avec la fine limite entre son aspect presque normal et son côté surréaliste.

Le film fait monter la pression, d’abord en se débarrassant d’un animal agressif avant d’aller plus loin. Interdit aux moins de 12 ans, le coté incontrôlable et malin de la poupée fait saliver… si bien qu’on en oublie les informations manquantes pour tout cela soit plausible. En effet, au-delà du contexte expédié, la création de M3GAN laisse entrevoir des trous béants autour de ses capacités et même la possibilité logique de l’évolution de ses motivations. N’attendez pas du film qu’il théorise sur les fameuse lois de la robotique imaginées par Isaac Asimov et John W. Campbell en 1942, reprise dans deux nombreux films SF (dont I, Robot d’Alex Proyas) ! Entre le codage d’un robot qui évolue en intelligence artificielle, le film de Gerard Johnstone ne s’intéresse jamais à la composition de la poupée en elle-même, qui pourrait expliquer pourquoi malgré sa taille, elle semble capable d’affronter n’importe qui. Le titane c’est bien gentil, mais ça n’explique pas sa force par exemple.
De la même façon, et sûrement à cause d’un remontage à la hâte pour que le film reste accessible à un large public (à la base, M3GAN devait viser un grand plus haut avec l’équivalent d’une interdiction aux moins de 16 ans), Gerard Johnstone oublie des morceaux d’intrigue en cours de route (la voisine, le possible espionnage industriel, etc…) pour se resserrer sur son trio principal. C’est ce genre de détails qui, malgré l’ensemble séduisant et souvent inventif, feront que M3GAN restera un film d’horreur lambda, suffisamment original pour sortir du lot des bouillies flemmardes à jumpscares qu’Hollywood vomit tout au long de l’année, mais pas assez abouti pour rester en mémoire d’ici quelques années. Peut-être avec une suite, éventuellement… mais on est loin du futur film culte.

Au casting : Allison Williams (Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire, The Perfection, Get Out…) joue les ingénieures obsédées par son boulot plutôt que par sa nièce orpheline et Violet McGraw (The Haunting of Hill House, Black Widow, Doctor Sleep…) continue de jouer les enfants étranges. Amie Donald joue M3GAN à l’écran, tandis que Jenna Davis lui prête sa voix en VO, chacune parvenant à rendre le personnage toujours plus inquiétant. 

En conclusion, M3GAN reste un divertissement sympathique, malgré l’absence de frisson. Encore une fois, les plans nocturnes ne suffisent pas toujours à créer la tension voulue, cependant l’ensemble amuse et j’aurai presque aimé voir M3GAN aller plus loin. Ha, qu’entends-je ? M3GAN 2 est déjà prévu pour 2024, évidemment ! À voir.

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