[COUP DE CŒUR] BlacKkKlansman : J’ai infiltré le Ku Klux Klan, de Spike Lee

Surprenant, féroce mais surtout plein d’humour et d’une ironie percutante, l’excellent BlacKkKlansman : J’ai infiltré le Ku Klux Klan signe le retour inattendu de Spike Lee dans le cinéma de genre, à la fois pertinent, piquant et engagé. Sans détour, le film relie les ambitions du Ku Klux Klan des années 70 à l’Amérique de Trump de nos jours, dans le récit d’une histoire vraie et incroyable. Porté par John David Washington (fils de) et Adam Driver, BlacKkKlansman : J’ai infiltré le Ku Klux Klan égratine, pardon, balance un coup de pied revendicateur et brutal dans une fourmilière trop occupée à se regarder le nombril pour voir l’histoire se répéter. Tonitruant, provocateur, brillant. Bon retour parmi nous, Spike !

Le pitch : Au début des années 70, au plus fort de la lutte pour les droits civiques, plusieurs émeutes raciales éclatent dans les grandes villes des États-Unis. Ron Stallworth devient le premier officier Noir américain du Colorado Springs Police Department, mais son arrivée est accueillie avec scepticisme, voire avec une franche hostilité, par les agents les moins gradés du commissariat. Prenant son courage à deux mains, Stallworth va tenter de faire bouger les lignes et, peut-être, de laisser une trace dans l’histoire. Il se fixe alors une mission des plus périlleuses : infiltrer le Ku Klux Klan pour en dénoncer les exactions…

Adapté d’un roman « Black Klansman », publié en 2014, le nouveau film de Spike Lee raconte l’histoire vraie d’un policier Noir, Ron Stallworth, ayant réussi à infiltré le Ku Klux Klan. Alors qu’on peut déjà se demander comment il aurait pu accomplir cela, c’est finalement le stratagème mis en place qui rend l’histoire fascinante.
Derrière la caméra, ce sont donc Spike Lee et Jordan Peele qui se sont attelés à la production et à la réalisation du film. Si ce dernier a le vent en poupe depuis le succès de Get Out, qui mettait déjà en avant son goût pour l’humour noir teinté de vérités dérangeantes – qu’il explorait déjà dans sa série Key and Peele ; pour Spike Lee, c’était plus compliqué. En effet, réalisateur à voix et reconnu pour ses succès allant de Nola Darling (1986) à She Hate Me (2004), en passant évidemment par Malcolm X (1992), Spike Lee s’est peu-à-peu transformé en ce tonton ronchon qui râle en fond sonore dans les réunions de famille, si bien que même ses paroles les plus sensées et ses luttes fondées pour la discrimination positive au cinéma ont fini par se noyer dans la masse. Et son remake américain d’Old Boy (2013) n’a pas non plus aidé à redorer le blason du réalisateur qui, au détour de son message identitaire, s’est mis à dos Hollywood. Peu de chance, donc, de voir son nom figurer aux prochains Oscars… Et c’est bien dommage car BlacKkKlansman – J’ai Infiltré Le Ku Klux Klan est impertinent dans sa forme et éveille les consciences avec un fond bien sonore !

Alors que Chiraq (2015) est quasiment passé inaperçu et que l’adaptation de Nola Darling en série sur Netflix n’a pas ébranlé les ailes d’une mouche, voilà que papa Spike redébarque plus inspiré que jamais avec son nouveau film BlacKkKlansman : J’ai infiltré le Ku Klux Klan – d’ailleurs récompensé du Grand Prix au Festival de Cannes 2018. Ce qui semblait, sur le papier, un énième radotage que seul les plus fidèles seraient allés voir au cinéma, s’avère être un coup de fouet brillant, un petit bijou de vérités fracassantes métissés à un humour noir décomplexé et revendicateur, le tout dans un tableau à la fois seventies et soul. Coupe afro et patte d’eph, c’est bien le fils de Denzel Washington qui va porter le film avec brio, représentant à lui seul la vibe à la cool, détachée mais solide à ce récit incroyable d’un homme bien décidé à faire bouger les choses.
Tissé dans un cadre plutôt hostile, le héros cumule les prise de risques en devant le premier policier Noir dans une ville du Colorado, alors que le Ku Klux Klan agit toujours au grand jour et que la population afro-américaine est à la recherche de nouveaux portes-paroles pour se faire entendre entre deux mouvements de foules révoltées. L’entrée en matière se fait en douceur, Spike Lee célèbre la culture afro-américaine avec intelligence, à travers un microcosme politique mais porté par l’espoir, la musique et les émotions d’un héritage lourds, tout en jouant le sens moral des protagonistes plus ou moins tolérants mais souvent indifférents au sort des minorités (visibles). Puis, le film entre dans vif du sujet avec un culot surprenant.

Du culot, oui, c’est bien ce qui pourrait définir BlacKkKlansman : J’ai infiltré le Ku Klux Klan. À travers cette balade au cœur de la suprématie blanche et les rebondissements liés au stratagème mis en place pour approcher le grand leader du mouvement, David Duke, Spike Lee ose un humour féroce et désarmant tant il parvient à explorer cette histoire avec un recul étonnamment réfléchi. Étonnamment car, venant de ce réalisateur, le risque était présent de se retrouver devant un film binaire (les méchants Blancs vs les gentils Noirs), et pourtant l’ensemble parvient à mixer l’humour noir et grinçant dans son traitement narratif. Derrière cette pépite détonante clairement estampillée « comédie noire » (dans tous les sens du termes :-)), BlacKkKlansman : J’ai infiltré le Ku Klux Klan a beaucoup de choses à dire. En effet, quand on parle du Klan et des activités de ce groupe extrême, cela semble bien loin, aussi bien des personnages autour du héros que du public. Le film démontre pourtant à quel point, même au moment où le KKK était très présent, les Américains préféraient regarder ailleurs, volontairement ou non. Spike Lee observe une époque complice souvent malgré elle, à travers ses personnages qu’il chouchoute dans des portraits sincères (même les plus extrêmes), explorant la morale de chacun, du flic Juif qui ne se sent pas concerné à l’extrémiste dévoré par des rêves de chaos, en passant par les suiveurs silencieux et un héros au calme olympien mais décidé. Au-delà de simplement détourner les codes avec un duo inversé (héros Noir, side-kick Blanc), c’est surtout la prise de conscience qui évolue tout au long du film qui interpelle et fait vivre l’ensemble, tandis qu’une simple enquête – relativement dangereuse – devient une affaire personnelle. Du coup, au lieu de nourrir une haine facile envers les « méchants » de l’histoire et malgré le parti pris évident du film, celui-ci parvient à dresser des portraits authentiques, convaincants et même souvent attachants. Entre convictions bien ancrées et sens moral plus ou moins intacts, BlacKkKlansman : J’ai infiltré le Ku Klux Klan dénonce une société qui ne parvient pas à se sentir concernée et un système judiciaire souvent politisé ou dépassé par les joutes de pouvoir.

Globalement bien ficelé, souvent instructif et surtout brillant, BlacKkKlansman : J’ai infiltré le Ku Klux Klan n’aurait pas le même impact dans ces dernières minutes finales qui vont relier l’époque du film à celle de l’ère Trump. Si la forme est très violente, le fond est pertinent et donne matière à réfléchir, rappelant que si on se conforte dans l’idée que le pire est derrière nous, cela nous empêche peut-être de voir que l’histoire se répète et de façon plus sournoise. Un peu comme le film La Vague de Dennis Gansel (2008) qui démontrait à travers une expérience scolaire que le régime totalitaire pouvait renaître dans un société pourtant éduquée, Spike Lee a trouvé en BlacKkKlansman : J’ai infiltré le Ku Klux Klan le moyen d’alerter les consciences sans avoir recours au gavage agressif… Et ça fait du bien !
Attention tout de même, les dernières minutes peuvent choquer – notamment parce qu’elles proviennent d’images récentes, mais je préfère vous laisser la surprise 😛

Au casting : John David Washington (Ballers et un petit rôle dans le Malcolm X de Spike Lee) a de qui tenir et le montre avec un premier rôle sur mesure, qui allie attitude soul et suite dans les idées avec brio. À ses cotés, Adam Driver (Girls, Logan Lucky, Paterson…) est génial en side-kick qui se développe au fur et à mesure que le film avance, tandis que Topher Grace (American Ultra, Interstellar…) est excellent dans un rôle particulièrement complexe que vous allez adorer détester. On retrouve également Ryan Eggold (90210, The Blacklist…), Jasper Pääkkönen (Vikings…)et Paul Walter Hauser (Moi, Tonya…) en triptyque de la haine, ainsi que Robert John Burke (Gossip Girl, Person of Interest…) en grumpy cat, Laura Harrier (Spider-Man: Homecoming…), transparente en love interest, et Corey Hawkins (Kong: Skull Island, NWA : Straight Outta Compton…) qui fait une petite apparition. Notons également qu’Alec Baldwin (Mission: Impossible – Fallout…) est le narrateur du film.

En conclusion : brillant, drôle et incisif, BlacKkKlansman : J’ai infiltré le Ku Klux Klan rend ses lettres de noblesse à un Spike Lee qui n’a rien perdu de son piquant, à travers l’adaptation d’une histoire aussi réelle qu’improbable. Derrière un récit engagé et percutant, Spike Lee alerte à mettant en parallèle l’Amérique du Klan et celle de Trump, si bien qu’on peut se demander si le grand écart entre les deux ne serait pas simplement un simple pas ? À voir absolument, ne serait que pour l’association fabuleuse de John David Washington et Adam Driver !

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