Thriller

[CRITIQUE] Conclave, d’Edward Berger

Le pitch : Quand le pape décède de façon inattendue et mystérieuse, le cardinal Lawrence se retrouve en charge d’organiser la sélection de son successeur. Alors que les machinations politiques au sein du Vatican s’intensifient, il se rend compte que le défunt leur avait caché un secret qu’il doit découvrir avant qu’un nouveau Pape ne soit choisi. Ce qui va se passer derrière ces murs changera la face du monde.

Alors que la période des cérémonies démarre à peine, le film d’Edward Berger figure déjà parmi les favoris, notamment aux Golden Globes où il a décroché 6 nominations. Et pour cause, avec Conclave, le réalisateur allemand, fort de son succès avec À l’Ouest, rien de nouveau (2023), propose un film dense et fascinant dans les arcanes du Vatican, alors qu’il faut décider d’un nouveau pape. Ce drame politique et spirituel s’attache à retranscrire avec minutie les bouleversements qui suivent la mort d’un Pape jusqu’à l’élection de son successeur, offrant un regard à la fois authentique et palpitant sur cette période de transition.

Derrière cette proposition classique, Edward Berger étoffe son récit en faisant un parallèle entre la succession papale et une véritable élection politique, alors que les prétendants aux postes se rassemblent, prêts à rassembler le plus de voix possible. Avec l’arrivée d’un nouveau cardinal méconnu, les questions et les doutes bouillonnent en surface, faisant éclater des guerres d’égo. Conclave construit alors un drame complexe, où les idéaux spirituels vacillent sous le poids des intrigues humaines.

L’esthétique du film renforce cette tension narrative. Dans des décors austères et parfois oppressants, Conclave explore les couloirs feutrés du Vatican, habités par des conciliabules et des complots à huis clos. L’uniformité visuelle, des tapisseries denses aux costumes stricts, confère à l’ensemble une ambiance presque funèbre, reflet des ambitions et secrets qui hantent ces lieux sacrés. Cette atmosphère lugubre enveloppe le spectateur, le plongeant au cœur des manipulations et des révélations qui écorchent l’image bienveillante de l’Église catholique.

Le tout forme un ensemble captivant alors que les scandales et autres révélations se succèdent, posant un voile sur l’église catholique, bien loin de son image altruiste et bienveillante. Conclave fascine, intrigue et tient en haleine grâce à ses accents de thriller mesurés. En effet, si on parle souvent de l’Eglise à travers les scandales sexuelles, le film remet au centre l’impact quasi géopolitique que peut avoir un nouveau pape. À l’instar d’une élection présidentielle, chaque prétendant arrive avec une vision du monde, qu’elle soit ancrée dans le traditionalisme ou tournée vers une modernité audacieuse. Ce choc des idéologies confère au récit une pertinence et une urgence qui résonnent bien au-delà des murs du Vatican. Un choix qui fait donc beaucoup de remous et qui donne au film d’Edward Berger son réalisme saisissant.

Enfin, le film dépasse sa simple vocation narrative pour questionner l’avenir de l’Église dans un monde en pleine mutation. Face aux bouleversements sociaux et identitaires, Conclave interroge la capacité de l’institution à s’ouvrir, à évoluer, tout en restant fidèle à sa mission spirituelle. En cela, Edward Berger signe un film d’une belle intensité, mêlant drame humain et portée universelle, qui tient en haleine tout en nourrissant la réflexion… quitte à choquer.

Au casting : Ralph Fiennes (Le Menu, The King’s Man, Mourir Peut Attendre…) mène la danse avec brio, entouré par les tout aussi brillants Stanley Tucci (Inside Man, Sacrées Sorcières, I Wanna Dance With Somebody…) et John Lithgow (Killers of the Flower Moon, Sharper, Scandale…). Autour d’eux, on retrouve ou découvre Sergio Castellitto (Romeo è Giulietta…), Carlos Diehz et Lucian Msamati (Gangs of London…), tandis qu’Isabella Rossellini (Enemy, Les Indestructibles 2…) incarne l’une des rares femmes à l’écran.

En conclusion, Conclave est un thriller captivant qui allie tension politique et drame spirituel, explorant avec brio les failles humaines au cœur d’une institution millénaire. Edward Berge signe une œuvre fascinante et pertinente, qui interroge autant qu’elle intrigue. À voir.

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