[CRITIQUE] The King’s Man : Première Mission, de Matthew Vaughn

Six ans après l’ébouriffant Kingsman – Services Secrets, puis sa suite Kingsman – Le Cercle d’Or, Matthew Vaughn revient avec un troisième opus qui fait office de préquelle pour raconter les origines de l’agence. Si on retrouve les séquences funs et l’action superbement chorégraphiée qui ont fait la force de la franchise, The King’s man : Première Mission s’essouffle dans un récit flirtant avec la Première Guerre Mondiale et une galerie de personnages envahissants dans l’ombre d’un Rhys Ifans ahurissant. Tout juste divertissant, mais loin d’être aussi bon que le premier Kingsman.

Le pitch : Lorsque les pires tyrans et les plus grands génies criminels de l’Histoire se réunissent pour planifier l’élimination de millions d’innocents, un homme se lance dans une course contre la montre pour contrecarrer leurs plans.

Si à l’époque on lui en avait voulu d’avoir abandonné la suite du premier Kick-Ass, puis de X-Men : First Class, Matthew Vaughn s’est bien rattrapé en nous proposant le film Kingsman – Services Secrets en 2015, un film explosif et irrévérencieux, adapté du comics écrit par Dave Gibbons et Mark Millar, qui faisait un pied de nez aux films d’espionnages classiques (dont la sobriété brute de James Bond). Alors que Kick-Ass 2 de Jeff Wadlow et X-Men Days Of Future Past de Bryan Singer ont tout de même comblé les attentes, Matthew Vaughn a choisi de rester le seul maître à bord de la franchise Kingsman.
En 2017, il réalise Kingsman – Le Cercle d’Or, toujours aussi explosif mais qui manque cruellement d’originalité vu que l’intrigue est un copié-collé du film précédent. Cependant, le succès est au rendez-vous et quatre ans plus tard (Covid oblige), Matthew Vaughn persiste et signe avec The King’s man : Première Mission (parce que tous les soft reboots ou relaunchs reprennent leurs titres d’origines précédés qu’un « The » pour faire plus sérieux), qui s’inscrit comme la préquelle de la franchise.

C’est donc aux abords de la Première Guerre Mondiale que va se dérouler l’action de The King’s man : Première Mission, alors que l’Europe est tiraillée entre trois empires rivaux : le Royaume-Uni, le royaume de Prusse et celui de la Russie. Le film suit le parcours d’un héros qui tente de concilier son rôle de père tout en protégeant son pays d’une guerre inéluctable, alors qu’une intrigue plus sombre se trame en sous-sol. C’est dans ce cadre un poil bordélique que Matthew Vaughn tricote un scénario multiple, s’inspirant vaguement des Chevaliers de la Table Ronde pour donner vie à une menace redoutable et tentaculaire. Mais avant d’assister à la naissance des Kingsmen, il faudra d’abord composer avec plusieurs intrigues parallèles et secondaires : entre tragédie familiale et rebellions (post-)adolescentes, The King’s man : Première Mission s’attarde sur une relation père-fils jonchée d’incompréhensions et de non-dits. C’est un fil conducteur un peu geignard mais plutôt sympathique qui anime le film, alors que ce duo père-fils nous entraîne malgré lui au cœur d’affrontements décoiffants et parfois surréalistes.

Cela aurait suffit à nourrir le film si Matthew Vaughn ne s’était pas atteler à explorer plusieurs idées à la fois, en modelant son pitch fantaisiste à la véritable histoire de la Première Guerre Mondiale. Un effet qui m’a vaguement rappelé Transformers – The Last Knight alors que Michael Bay incrustait les Autobots à la légende du Roi Arthur avec des forceps rouillés. Ici, voir les origines de Kingsman s’articuler à travers des complots multiples autour de la Première Guerre Mondiale m’a donné l’impression de revivre la même expérience tirée par les cheveux. L’ensemble se prend bien trop au sérieux et surtout les pieds dans le tapis en imageant tous les arcs et les personnages possibles (Raspoutine, Mata-Hari, Gavrilo Princip…). De plus, les antagonistes fantasques du film sont bien plus mis en avant par rapport aux héros du film qui se retrouvent en retrait et bien trop engoncé dans une rigidité extrêmement british. À force d’être à mi-chemin entre la fiction et la réalité, The King’s man : Première Mission perd en crédibilité et en subtilité en raison d’un scénario brouillon et éparpillé pour étoffer une origin story forcée. Mais heureusement pour le film, il y a la marque de fabrique de Matthew Vaughn qui sauve, de justesse, l’ensemble.

En effet, si on a aimé le premier Kingsman (et auparavant le premier Kick-Ass ou encore Layer Cake), c’est aussi pour la patte de ce réalisateur imprévisible, élève attentif du cinéma de Guy Ritchie, qui offre des scènes d’action ébouriffantes, souvent insolentes et une mise en scène à la fois bavarde, tape-à-l’œil mais souvent jubilatoires. Matthew Vaughn joue avec les effets de style et aime sortir du cadre (Kick-Ass n’a pas attendu le Suicide Squad de James Gunn pour rouler des mécaniques, par exemple). The King’s man : Première Mission retrouve la fougue du réalisateur et offre des moments faits pour épater (et parfois choquer) la galerie, notamment avec son Raspoutine complètement délirant.

Si le récit manque souvent d’intérêt, l’action vient remettre un coup d’accélérateur salvateur et parvient à susciter un minimum d’enthousiasme pour le sort de nos héros. Entre une scène qui frôle l’épique sur un champ de bataille ou encore la démonstration hallucinée de Raspoutine sur fond de musique tsigane revisitée, le film a de quoi laisser bouche bée à plusieurs reprises… Seulement voilà, l’écriture des personnages alourdissent un ensemble à rallonge (qui dure un peu plus de deux heures), dans lequel l’objectif principal patauge. On pourrait même dire que le film pourrait exister sans la notion de « Kingsmen » et encore plus sans l’appel du pied à peine subtil fait aux Statesmen en cours de route. Bref, The King’s man : Première Mission ne profite plus de l’effet de surprise du premier film et s’effiloche dans un récit capillotracté, bourré de rafistolages à peine convaincants. Si la dynamique des scènes d’action parvient à sauver l’ensemble de l’ennui, mais les oubliettes accueilleront ce film les bras grand ouverts.

Au casting, autour du jeune Harris Dickinson tout droit sorti de Maléfique 2 : Le Pouvoir du Mal, on retrouve un ensemble incroyable dont Ralph Fiennes (Mourir Peut Attendre, Official Secrets…), Daniel Brühl (The Falcon and The Winter Soldier, Next Door…), Gemma Aterton (My Zoe, Vita and Virginia…), Charles Dance (The Crown, Godzilla 2 : Roi des Monstres…), Tom Hollander (Holy Lands, Bohemian Rhapsody...) et Matthew Goode (Downton Abbey, Stoker…). Je retiendrais surtout Rhys Ifans (Spider-Man: No Way Home, Miss Revolution…), méconnaissable en Raspoutine, tandis que Djimon Hounsou (Sans Un Bruit 2, Charlie’s Angels…) continue, ni vu ni connu, de s’infiltrer dans toutes les franchises existantes. À l’affiche également, Aaron Taylor-Johnson (Tenet, Nocturnal Animals…) revient devant la caméra de celui qui l’a révélé au grand public mais pour un rôle ultra secondaire qui ne sert qu’à appâter pour une suite, ce qui est potentiellement la raison qui justifie la présence de Stanley Tucci (Sacrées Sorcières, Jolt…).

En conclusion, Matthew Vaughn tente d’étoffer l’univers de Kingsman en réécrivant l’Histoire et la Première Guerre Mondiale, mais la sauce ne prend qu’a moitié. The King’s man : Première Mission est majoritairement animé par des antagonistes qui prennent beaucoup de place, si bien que les héros et la création de l’agence passent à la trappe. Heureusement, l’action et le spectacle sont au rendez-vous et Rhys Ifans règne sur l’ensemble en incarnant un Raspoutine… qui ne laisse pas indifférent ! Pas sûre que cela suffise pour un quatrième film, mais à tenter.

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