Comédie, Drame

[CRITIQUE] Father Mother Sister Brother, de Jim Jarmusch

Le pitch : Father Mother Sister Brother est un long-métrage de fiction en forme de triptyque. Trois histoires qui parlent des relations entre des enfants adultes et leur(s) parent(s) quelque peu distant(s), et aussi des relations entre eux.

Six ans après l’insolite The Dead Don’t Die, Jim Jarmusch (Paterson, Only Lovers justify Alive, Broken Flowers…) revient sur grand écran avec un film à la structure aussi simple qu’élégante : un triptyque familial, trois chapitres comme trois instantanés de vie. Récompensé du Lion d’Or à la Mostra de Venise 2025, Father Mother Sister Brother s’inscrit dans cette veine plus douce et contemplative que le cinéaste a déjà explorée : un cinéma d’observation, d’atmosphère, et surtout… d’humanité.

Ici, pas de drame tonitruant ni de grands éclats. Juste des frères et sœurs qui se retrouvent, des adultes qui rendent visite à un parent ou d’autres qui se replongent dans le souvenir de ceux qui ne sont plus là. Ça pourrait sembler banal et c’est justement là que Jim Jarmusch est fort : il sublime la banalité, souligne son étrangeté et habille sa vérité en la rendant accessible, comme il le faisait déjà merveilleusement dans Paterson. Il filme ces moments où il ne se passe « rien »… et en fait, tout.

Car derrière la simplicité apparente, Father Mother Sister Brother capture quelque chose de profondément universel : ce poids invisible des relations familiales une fois qu’on a grandi, les gestes retenus, les phrases qu’on ravale, les émotions qui s’empilent sans jamais vraiment exploser. Le film parle de ce que c’est que gérer un parent vieillissant, de ce qu’on devient quand on retourne chez soi et de cette sensation étrange de redevenir un enfant (et/ou l’enfant favori) en deux secondes, juste parce qu’on est dans la même pièce que sa mère. Il y a aussi cette distance calculée, presque une stratégie de survie, comme si chacun essayait de se protéger, de protéger l’autre, sans jamais vraiment savoir de quoi.

Les émotions ne sont jamais frontales : elles se déploient en nuances, avec l’amour au centre, rarement exprimé mais toujours palpable, dans un geste, un silence, une présence maladroite. C’est ce qui rend Father Mother Sister Brother si touchant : rien n’est appuyé, tout est simplement montré. Jim Jarmusch sait aussi faire parler les silences. La simplicité est parfois brutale, parce qu’on se comprend mal, on se blesse sans vouloir, et les non-dits remplissent l’espace. Et si le film parle de famille, il évoque surtout le besoin de lien, qu’il existe, qu’il manque, ou qu’on le cherche ailleurs, parce qu’au fond, on n’a pas toutes la même chance au tirage, ni les mêmes repères ni le même temps impartis avec les êtres qui nous sont (ont été) chers.

Et puis il y a la mise en scène, discrète et épurée, mais jamais laissée au hasard. Jim Jarmusch est un réalisateur observateur, mais un observateur précis, qui capte un regard ou la fantaisie dans la grisaille. Le film circule dans des espaces très différents – entre forêt américaine, tumulte parisien et banlieue anglaise paisible – mais chaque lieu est pensé comme un prolongement émotionnel, comme un terrain où les personnages tentent de se retrouver… ou se contournent.

Au casting, du beau monde : Mayim Bialik (The Big Bang Theory, Call Me Kat…) et Adam Driver (Megalopolis, Le Dernier Duel, The Dead Don’t Die…) se confrontent à Tom Waits (Licorice Pizza, La Ballade de Buster Scruggs…) dans une sorte de “mexican stand-off” paisible et cocasse où les rôles semblent s’inverser ; Cate Blanchett (The Insider, Borderlands, Tár…), méconnaissable, rejoint Vicky Krieps (Monstre : L’Histoire d’Ed Gein, Old, Les Trois Mousquetaires : Milady…) pour boire le thé avec Charlotte Rampling (Kidnapping, Dune : Deuxième Partie, Tout S’Est Bien Passé…) où la différence de maturité entre les deux sœurs éclaboussent le cadre rigide de la mère et enfin Indya Moore (Aquaman et le Royaume Perdu, Escape Game 2…) et Luka Sabbat (Grown-ish, The Dead Don’t Die…) se retrouve pour un dernier adieu plein d’émotion.

En conclusion, Father Mother Sister Brother est une comédie mélancolique tout en finesse, faite de petits instants du quotidien : parfois drôles, souvent pudiques, toujours justes. Jim Jarmusch réinvente la visite dominicale dans son style et, sans effort, parvient à toucher en plein coeur (et donnant envie d’appeler ses parents en sortie de séance !). À voir.

PS : Et Bob est ton oncle !

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