[COUP DE CŒUR] Love Hunters, de Ben Young

Le pitch : Australie, été 1987. Un soir, alors que la jeune Vicki Maloney se rend à une soirée, elle est abordée dans la rue par Evelyn et John White, deux trentenaires qui l’invitent chez eux. Sur place, elle comprend qu’elle est tombée dans un piège. Séquestrée, sa seule chance de survie sera d’exploiter les failles du couple…

Repéré à la 73ème Mostra de Venise en 2016 – où l’actrice Ashleigh Cummings à reçu un prix d’interprétation – et sorti la même année, Love Hunters aura mis du temps à sortir en France, mais il faut dire que l’attente valait le détour. Le cinéma australien se fait rare, ce continent lointain a beau être anglo-saxon et nous abreuver d’acteurs mémorables, il possède tout de même cette approche particulière et propre à sa culture d’origine, il réserve souvent quelques éclats surprenants, allant du culte Crocodile Dundee (Peter Faiman, 1987) au récent et curieux Fantastic Birthday (Rosemary Myers, 2017), en passant par le révoltant The Jammed (Dee McLahlan, 2007), l’effrayant Wolf Creek (Greg McLean, 2005) et bien évidement la saga Mad Max de George Miller.

Pour son premier film, Ben Young nous a concocté un petit bijou particulièrement glaçant et dérangeant, où il observe le jeu troublant d’un couple de pervers détenant une adolescente captive. Niché au cœur des années 80 à Perth, Love Hunters choisit cette époque encore innocente où se balader seule dans la rue n’était pas un danger évident. Partant de ce postulat, Ben Young dresse un piège malin et presque obscène où l’héroïne n’est pas l’unique captive du film, tant Love Hunters fascine par son approche juste, aussi troublante que captivante. Dès le début, le film dresse une tableau hyper réaliste, mêlant le quotidien des gens normaux à celui de psychopathes pervers, en déroulant une rencontre inéluctable et savamment rodée (ce qui m’a renvoyée à toutes les fois où j’ai pu monter en voiture avec des inconnus !).

Dans ce thriller à double vitesse, le film nous coince entre le destin en suspens d’une adolescente terrorisée mais suffisamment perspicace pour déceler les failles dans le couple qui la retient prisonnière et la relation tordue entre ses tortionnaires qui comptabilisent un certain nombre de déviances mentales à faire froid dans le dos. Love Hunters maintient un équilibre crispant, tandis qu’il explore les deux facettes de son intrigue à travers un scénario intelligent et brillamment ficelé. Du désespoir presque résigné au délire pathologique de soumission, Ben Young conserve un hyper réalisme et une tension dévorante en ajoutant des sous-intrigues pour creuser un peu plus ses personnages et trouver de l’empathie là où on s’y attend le moins. En effet, il ne s’agit pas simplement d’un jeu du chat et de la souris classique et attendu : Love Hunters propose des personnages aux décors bien présents, s’intéressant d’un coté à l’histoire de l’adolescente et, de l’autre, à la dynamique dérangeante entre l’homme et la femme qui la retiennent captive. Le scénario est à la fois retors et obsédant, tant il colle de très (trop) près à la noirceur la plus opaque possible de son histoire, rendant parfois mal à l’aise mais irrésistiblement attiré par l’écran. Love Hunters se démarque des sentiers battus : là où d’autres auraient appuyé le propos en pataugeant dans des scènes explicites et glauques, Ben Young suggère et joue avec nos nerfs : les clin d’œil, les tâches de sang, la terreur visible sur les visages, le son et surtout le choix de certains plans… Les sous-entendus sont nombreux et l’imagination du spectateur fait le reste (et c’est probablement cette force de suggestion qui vaut à Love Hunters d’être interdit aux moins de 16 ans). Le film nous mène habilement dans les recoins cachés de son scénario pour mieux nous faire frissonner d’angoisse jusqu’aux dernières minutes.

Pour un premier film, Ben Young met la barre très haute. En plus d’un scénario rodé par des personnages captivant et un suspens redoutable, la réalisation est également superbe. Love Hunters allie la photographie grainée, un peu sépia et chaude des années 80 pour saluer l’époque et le territoire brûlant du Western Australia (où se trouve Perth – oui, j’y ai vécu (avec un serial killer dans le coin, d’ailleurs…)) et une lumière sublime, naturelle et solaire, comme si le film racontait une belle histoire et non une tranche de vie sordide. Love Hunters dérange, fascine et ne laisse absolument pas indemne… pourtant, j’en redemande !

Au casting : Ashleigh Cummings (Miss Fisher enquête…) est excellente malgré un rôle qui aurait pu rapidement devenir lassant, pourtant elle le porte avec brio, face à un duo convaincant : Emma Booth (Gods Of Egypt...) étincelle en mère perturbée et Stephen Curry (Solitaire…) est atrocement bon en psychopathe à la fois faible et retors.

En conclusion, l’Australie nous envoie un petit bijou glaçant, malsain et captivant avec Love Hunters. Ben Young signe un thriller malin et dérangeant, articulé autour d’un couple pervers et de leur jeune proie, dans une ambiance 80s à la photo léchée. À voir absolument.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s