[CRITIQUE] Happy Birthdead, de Christopher B. Landon

Comédie noire au service du genre horrifique, Happy Birthdead propose un cocktail décalé et plutôt efficace, qui assume son approche délirante et presque parodique, quitte à sacrifier la solidité de son intrique. Si le film de Christopher B. Landon propose un traitement ultra safe et un poil prévisible, l’ensemble bénéficie d’un traitement porté par un humour piquant, parfois incisif sur la jeunesse estudiantine américaine, mais surtout fun, original et divertissant.

Le pitch : Prisonnière d’une boucle temporelle, Tree, étudiante, revit sans cesse le jour de son meurtre. Une journée apparemment banale qui s’achève systématiquement par sa mort atroce. Finira-t-elle par découvrir l’identité de son tueur ?

Scénariste sur plusieurs Paranormal Activity et également réalisateur du spin-off The Marked Ones (2014), Christopher B. Landon abandonne le found-footage amorphe pour proposer une comédie noire alliant l’ambiance pop colorée et horrifique de la série Scream Queens (ou Greek !), qui empreinte déjà joyeusement son concept aux Scream de Wes Craven, au mécanisme narratif du film Un Jour Sans Sans Fin d’Harold Ramis (1993), à savoir la boucle temporelle – référence qu’il assume totalement. Un virage salutaire, surtout quand on voit le parcours de ce jeune réalisateur, qui fait un joli pied de nez aux artifices habituels des films d’horreur en les détournant dans une comédie pleine de sel, plongée dans les décors modernes et colorés d’un campus américain. En effet, à travers les mésaventures de son héroïne qui revit la même journée jusqu’à ce qu’elle découvre l’identité de son tueur, Happy Birthdead cristallise la jeunesse américaine dans ses plus beaux clichés, livrant ainsi un film plein de vie alors que la mort, justement, plane ironiquement au dessus de ses personnages.

Décalé et pêchu, Christopher B. Landon utilise l’humour pour dépoussiérer un genre qui remâchent des codes déjà trop vus, du coup : l’archétype de la blonde de film d’horreur devient une héroïne qui va petit à petit prendre de l’assurance et se délester du poids des apparences, tandis que le traitement narratif oscille entre la caricature et le détournement éclairé. En effet, Happy Birthdead plante des personnages et des décors attendus, mais les exploitent tantôt à contre-courant, tantôt à l’extrême, créant parfois la surprise quand un prétendant se transforme soudain en catastrophe alors que la présidente d’une sororité est logiquement la garce de service. Le résultat est étonnant et cohabite intelligemment avec l’ambition pseudo-horrifique qui, à défaut de vraiment faire peur, décomplexe et érafle le genre de façon hyper jubilatoire, notamment à travers ses différents rebondissements jusqu’à son twist final bien vu.

Alors effectivement, on est loin du film d’horreur vendu en surface : si le film de Christopher B. Landon pourrait éventuellement traumatiser à vie les enfants Ingalls (eh oui, c’est le fils de Michael Landon, aka le fameux Charles Ingalls de La Petite Maison dans la Prairie), le résultat est bien plus fun que flippant. Certes, le film est interdit aux moins de 12 ans, mais c’est surtout dû à son fil rouge macabre animé par les morts répétées et attendues de l’héroïne, ainsi ses propos explicites et incisifs sur la jeunesse actuelle, qui explique finalement cette « sanction », car on est loin, bien loin, de l’univers gore de Jigsaw ou celui plus flippant ou dérangeant d’un Ça ou encore The Jane Doe Identity. Happy Birthdead mixe deux courants ascendants de la pop culture bankable : le film d’horreur facile et le teen movie trashouille, ce qui peut avoir ses inconvénients. En effet, si l’ensemble est efficace et divertissant, cela a ses couacs : cousu de fils blancs, le scénario de Christopher B. Landon souffre de nombreuses faiblesses qui rendent l’intrigue transparente et souvent prévisible.

Au casting : après avoir joué les seconds couteaux dans Summertime et La La Land, Jessica Rothe décroche un premier rôle sympathique, évoluant dans l’ombre d’une Buffy des temps modernes (la version avant Sunnydale #LesVraisSavent), aussi parfaite que jubilatoire dans son rôle blonde clichée. Autour d’elle, Israel Broussard (Fear The Walking Dead, Echo…) attache, Ruby Modine (Shameless US…) est prévisible, tandis que d’autres viennent épicer ponctuellement la trame, comme Charles Aitken (Sleepy Hollow…), Rachel Matthews ou encore Laura Clifton.

En conclusion, entre comédie noire et parodie horrifique, Happy Birthdead allie humour et massacre dans un ensemble jeune, divertissant et assumé. Si le suspens et le frissons sont aux abonnés absents, le film de Christopher B. Landon manque de finesse mais pose une ambiance décomplexée et décalée qui fonctionne du début à la fin. Et quelle fin ! À voir absolument.

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