[CRITIQUE] Justice League, de Zack Snyder(-ish) (sans spoiler)

Le pitch : Après avoir retrouvé foi en l’humanité, Bruce Wayne, inspiré par l’altruisme de Superman, sollicite l’aide de sa nouvelle alliée, Diana Prince, pour affronter un ennemi plus redoutable que jamais. Ensemble, Batman et Wonder Woman ne tardent pas à recruter une équipe de méta-humains pour faire face à cette menace inédite. Pourtant, malgré la force que représente cette ligue de héros sans précédent – Batman, Wonder Woman, Aquaman, Cyborg et Flash –, il est peut-être déjà trop tard pour sauver la planète d’une attaque apocalyptique…

Alors que les autres films de super-héros (Marvel Studios, Fox, même Sony…) génèrent un enthousiasme généralisé avant d’être amoindri ou d’exploser après visionnage, les films Warner, et plus précisément ceux du DC Extended Universe (DCEU) mettent les fans dans un état d’anxiété intense. L’excitation anticipée de Man Of Steel est passée à l’attente inquiète pour Batman v Superman, dont les retombées ont fortement impacté Suicide Squad vers le bas, créant une déception cuisante. Cette année, le DCEU avait un double, voire triple challenge sur les bras : se relever de l’échec atroce du film de David Ayer, amener Wonder Woman sur le devant de la scène avant de prendre un tournant décisif avec le fameux Justice League. Si le premier semestre 2017 a célébré le succès de l’Amazone, la suite est devenue très compliquée : problèmes avec la production, désaccords entre les créatifs et l’entreprise, durée sacrément réduite et imposée, refus de médiatiser et discrétion maladive du cast & crew du film, sans parler de la tragédie qui a touché Zack Snyder en cours de route, l’obligeant à se désister du film… Justice League revient de très très loin. Et à tout cela, il faut ajouter la balle que s’était tirée Warner Bros dans le pied dès le départ, en annonçant un team-up sans proposer des origin story pour installer tous ces super héros.

C’est donc en prenant en compte tout cela que je suis allée voir Justice League en serrant les fesses. Petit aparté d’ailleurs pour rappeller que j’aime l’univers de DC Comics, que Batman est mon super héros favori loin devant ceux de Marvel… sur papier. C’est pourquoi cela me fait mal de voir un tel film s’effondrer en plein vol, pas à cause des personnages ni réellement de l’intrigue, mais parce que l’ensemble du DCEU manque clairement d’une vision marquée et ne cesse de muer en cours de route pour trouver la bonne recette, au lieu d’assumer le travail entamé par Zack Snyder depuis Man Of Steel (quitte à ne pas plaire à tout le monde, même si son point de vue était excellent).

Commençons par le positif : IL Y EN A !

Justice League reprend après les événements de Batman v Superman dans un monde qui se remet difficilement de la mort de ce dernier, porté par un Batman qui culpabilise tout en flairant une nouvelle menace. Contrairement à la cacophonie scénaristique de Batman v Superman, le film de Zack Snyder propose une intrigue à la fois linéaire et classique, qui va directement à l’essentiel pour éviter de s’emmêler les pinceaux. La structure du DCEU force une introduction inévitable du background de chaque héros, mais là où David Ayer en avait fait des tonnes pour jouer la carte du « cool », les présentations sont à la fois sobres et alléchantes, dévoilant juste ce qu’il faut, concernant les nouveaux venus Flash, Aquaman et Cyborg, pour donner envie de voir leurs films solos. En effet, la découverte de ces personnages fonctionnent bien et leur adaptation cinématographique permet d’apprécier leurs (futurs) univers respectifs : Flash allèche la tonalité dark du film avec beaucoup d’humour (même si certains puristes verront plus de Wally West que de Barry Allen), Aquaman apporte charisme et férocité faisant facilement oublier l’image cocasse du super héros littéral qui parle au poisson en enfourchant un hippocampe, tandis que Cyborg s’inscrit discrètement mais sûrement dans l’univers sombre de DC – notamment parce qu’il est le seul ne pas avoir ressenti « l’appel de la Justice » et aussi par son parcours torturé qui le scinde lui et la machine, faisant ainsi un personnage complexe et intéressant. Pour encadrer les petits nouveaux, Justice League compte sur les stars du film, Batman, Wonder Woman et évidement celui qui manque à l’appel, pour équilibrer aussi bien le rassemblement des héros face aux dangers mais aussi pour teinter le film d’une dramaturgie marquée par la perte d’une icone symbole de paix et d’espoir. « Se battre, même dans les ténèbres » semble clamer le film qui installe un univers tentant de remonter la pente pour de meilleurs lendemains : un message positif qui éclaire le film et résonne dans l’actualité réelle, dans un monde où le terrorisme est de plus en plus présent.

De plus, si le film est justement porté par l’alliance de super héros composés de dieux et autres personnages aux capacités extraordinaires, l’histoire rappelle la nécessité d’une présence humaine dans leurs combats, pour contrer le super vilain du film. Une façon symbolique, à travers la fameuse « boite » cachée par les Hommes, de rappeler qu’il ne faut pas se contenter d’attendre l’aide d’un super héros.
Dans l’ensemble, les points positifs de Justice League permettent de livrer un film agréable et suffisamment divertissant pour ne pas lasser en cours de route : malgré sa trame classique et attendue, l’histoire conserve un potentiel fascinant et accrocheur qui donne envie d’en voir plus, tout en évitant à un public large de devoir réviser ses classiques avant de découvrir le film. Porté par une bande-originale emphatique qui reprend les thèmes de chaque super-héros (un peu bizarrement, certes), Justice League s’efforce de booster ses personnages dans des affrontements bienvenus et lisibles. À mi-chemin entre le blockbuster super-héroïque et l’hybride fantastique et action, le film de Zack Snyder allie dynamisme et réflexion dramatique sur le sort du monde post-Superman, ce qui permet à Justice League de ne pas entièrement lorgner du coté de la recette Marvel et de conserver un peu de son approche sombre entre héroïsme et remise en question.
Cependant, le gros point fort du film reste une scène absolument géniale, impossible à spoiler mais qui concerne un certain retour… je n’en dis pas plus, mais c’est vraiment LA scène clé du film.

Passons maintenant au négatif : en surface d’abord, les problèmes les plus visibles viennent évidemment de l’abus d’effets spéciaux et un super méchant raté. Si Zack Snyder n’a jamais été timide avec les CGI (300, Sucker Punch, Man Of Steel…), il y avait jusque là une ambition artistique marquée qui se dévoilait à travers le travail de la photographie (les tons chauds et froids de 300, les effets métalliques de Sucker Punch et Man Of Steel…), tout en ayant une raison valable d’être puisque les super-pouvoirs en mousse, ça ne passe pas vraiment à l’écran. Dans Justice League, on perd totalement cette identité visuelle, d’une part parce que la photographie a été retouchée (couleurs plus saturées) – ce qui n’est pas plus mal vu le manque de le lisibilité de Batman v Superman – et d’autre part, parce que les effets spéciaux sont utilisés à toutes les sauces : pas uniquement pendant l’action ou pour masquer les nombreux reshoots du film en post-production, mais également quand les personnages sont tranquillement en train de discuter en pleine nature, voilà qu’un fond vert dégueulasse imite un décor en arrière-plan. En étant averti, on peut même voir la doublure de Gal Gadot pendant des scènes de dialogues, car elle a dû remplacer l’actrice au pied levé – et cette dernière a retourné ses scènes avec un fond vert ! Et là, on atteint la limite de l’acceptable, malheureusement, car si le film propose des plans larges qui auraient pu être de sacrés beauty shots, tout est tellement surchargé d’effets spéciaux et d’insertions post-production que cela annihile l’effet spectaculaire espéré. Déjà dénoncé dans Wonder Woman (la partie sur Themyscira), l’abus de fond vert de Justice League est non seulement visible à l’œil mais se voit également dans l’attitude des acteurs, car certains n’ont pas l’habitude de jouer en studio et dans le vide.

Quant à Steppenwolf, la catastrophe est totale. On reproche beaucoup à Marvel de proposer des vilains manichéens et calqués à l’envi sur les précédents. Certes. Le problème général des super héros, toutes franchises confondues, est la difficulté de développer un vilain en même temps qu’un (ou plusieurs) héros en un seul film. C’est le cas dans les comics, vu qu’un arc est composé de nombreux volets vendus en kiosque et permettant de développer une histoire complète de chapitre en chapitre, amenant aussi bien le lecteur à découvrir ses héros que les ambitions du vilain qui, avouons-le, sont souvent récurrentes (gouverner le monde, détruire les humains, blablabla…). Dans un film de deux heures, ça devient plus compliqué : honnêtement, le seul à s’en sortir, c’est Magneto dans les films X-Men (voire le Bouffon Vert père et fils ans la trilogie Spider-Man de Sam Raimi), les autres, que ce soit Fatalis, Apocalypse, le Mandarin, Ego… tous ne sont que des one-shots destinés à vivre pendant un seul film, alors que les héros sont déjà bien installés. Remember Galactus.
Et puis il y a eu Malekith, dans Thor – Le Monde des Ténèbres. Et bien Steppenwolf, c’est le même niveau, voir pire : le film fait à peine l’effort d’expliquer qui il est, d’où il vient et pourquoi (le mot en D est laché, mais sans véritable attache… seuls les fans comprennent). Après Zod et Lex Luthor (je ne compte pas Doomsday), Steppenwolf fait l’effet d’une douche glacée : visuellement en numérique pas terrible, avec un look différent de celui aperçu dans la version longue de Batman v Superman, sa présence dans le film n’est là que pour justifier le team-up des héros sans véritablement les challenger sur leurs motivations et/ou leurs capacités.

Assembler la Justice League oui, mais sans ambition valable, non. Je suis obligée de faire le parallèle avec Avengers de Joss Whedon (2012) qui malgré ses faiblesses scénaristiques a su satisfaire les fans… parce que le travail de présentation des héros et des enjeux étaient déjà fait en amont, il ne restait plus qu’à Avengers de faire exploser le fangasm-o-meter. Justice League marche à l’envers et au-delà de l’appel de Batman et Wonder Woman pour les rassembler, malgré les souvenirs de cette dernière pour combler les creux, le super vilain n’apporte rien en terme de dramaturgie ou d’effet pour susciter l’excitation du public et justifier ce rassemblement de super héros. C’est un réel frein car cette absence de direction se ressent dans le traitement et l’intérêt du film : si l’intrigue est linéaire, le rythme l’est encore plus, dans le sens où de l’arrivée du super vilain jusqu’au combat final, Justice League délivre la même intensité de bout en bout. Du coup, si le film ne souffre d’aucun creux, il n’y a pas non plus de pic d’excitation lorsque les super héros se rassemblent (car on ne les connait pas assez), ni de pointe de désespoir lorsque le big bad semble prendre le dessus, ni de réel esprit d’équipe, finalement, tant l’ensemble est prévisible et confus. D’ailleurs, si chaque héros sont attachants, curieusement lorsqu’ils sont en équipe, leur peu de dynamisme retombe comme un flan : Batman manque constamment à l’appel et la tonalité uniforme de Justice League étouffe toute tentative de leadership ou d’imagerie épique.

De manière générale, ce qui devait être le démarrage du DCEU tombe à plat par manque de vision chez les têtes pensantes de Warner Bros. Le Batman de Justice League n’est plus le même que celui présenté dans Batman v Superman, à cause des destructions massives dans Man Of Steel, ce nouveau film évolue dans des villes fantômes, tandis que la réflexion autour de la mythologie et les motivations des super-héros du point de vue humain passe à la trappe… puisque le film ne s’attarde jamais sur l’impact de ses événements sur le reste du monde. Alors que c’était justement ce qui démarquait les films DC (outre la tonalité sombre, on le saura) qui s’interrogeaient sur la responsabilité des super-héros, de leurs devoirs à leurs pouvoirs, tout en craignant la possibilité que ces derniers basculent vers le coté obscure. Cette fois, Justice League annule cette réflexion et même avec la présence de civils (en dehors d’une famille perdue dans la pampa), le film sombre dans un traitement beaucoup trop classique pour un film de cette envergure. Trop occupé à vouloir trouver la recette qui marche (en lorgnant du coté Marvel), Warner Bros charcute son plus gros film de super-héros EVER en réduisant drastiquement sa durée, et donc le développement de l’intrigue qui se confine à l’essentiel, et en reproduisant quelques détails rappelant furieusement Avengers (l’arrivée de Steppenwolf fait écho en tout point à celle de Loki, tandis que son objectif se résume grossièrement à la recherche de trois cubes cosmiques…). Globalement, le job est fait mais reste chaotique car Justice League manque d’orientation et probablement de vision sur le long terme, se contentant de placer ses personnages de façon sommaire en croisant les doigts pour que ça marche. Malheureusement, ce n’est pas le cas.

Si le film oscille entre le bon et le mauvais, il peut néanmoins compter sur un casting solide. Certes Ben « Batfleck » Affleck (Live By Night, Mr Wolff, Gone Girl…) était en période Sadfleck et ça se voit à l’écran qu’il ne fait aucun effort, mais autour de lui, Gal Gadot (Wonder Woman, Criminal, Triple 9…) reste toujours aussi fraîche et imposante en Wonder Woman (même si elle radote beaucoup sur la perte de son chéri…), tandis que les petits nouveaux accrochent. Ezra Miller (Le Monde de Charlie, Crazy Amy…) est pas mal en petit frère clownesque de la bande (mais je préfère Grant Gustin dans la série The Flash…), Jason Momoa (Game Of Thrones, The Red Road…) use de son charisme pour sortir à Aquaman de toutes les blagues sur l’aqua-poney pour un bon moment (même si certains plans ont tendance à rappeler La Petite Sirène, version très virile) et Ray Fisher, le moins connu de la bande, a la chance de porter un rôle torturé qui mérite d’être plus explorer.
On retrouve également Amy Adams (Nocturnal Animals, Premier Contact…) et Diane Lane (Dalton Trumbo…) pour la séquence émotion, J.K. Simmons (La La Land…) est transparent, Jeremy Irons (Assassin’s Creed…) s’inscrit comme le pire Alfred Pennyworth de l’histoire et Ciarán Hinds (Hitman: Agent 47…), et bien… il y a vraiment peu à dire sur lui.
À noter la présence presque caméo-esque d’Amber Heard (The Danish Girl…), Connie Nielsen (Wonder Woman…) ou encore Billy Crudup (Alien: Covenant…).
Ah et bien sûr, Henry Cavill (Agents Très Spéciaux, Man Of Steel, Batman v Superman…), souvent défiguré par un gommage de moustache en CGI, mais qui porte néanmoins LA scène la plus remarquable du film.

En conclusion : plus linéaire et simple, Justice League propose un team-up prévisible et peu fédérateur. L’ensemble fonctionne relativement bien mais on est loin du résultat jubilatoire que j’espérais pour un film de ce niveau et surtout avec un tel ensemble de personnages cultes des comics. Problèmes de production et d’ambitions plombent le projet de Zack Snyder – lui-même touché par une tragédie personnelle l’obligeant à lâcher la réalisation en cours de route : au lieu de dégager la voie pour le futur du DCEU, Justice League ne fait que l’obscurcir. Heureusement, les personnages en eux-même donnent envie d’en voir plus : Aquaman et Flash font une belle entrée dans cet Extended Universe, Wonder Woman a déjà une suite en prévision et j’espère qu’un film sur Cyborg sera remis au goût du jour. À voir, évidemment, ne serait-ce que pour sauver le DCEU.

PS : restez jusqu’à la toute fin du générique pour les 2 scènes bonus. Et puis gardez les yeux et les oreilles ouverts pendant le film pour quelques clins d’œil sympathiques (entre verdure et singerie *wink wink*).

2 réflexions sur “[CRITIQUE] Justice League, de Zack Snyder(-ish) (sans spoiler)

  1. J’annonce que j’ai détesté le film ! Mais il est plaisant de lire un autre point de vue, qui accorde le bénéfice du doute à Justice League, et met même en relief les qualités qu’il peut éventuellement avoir… Même si cela n’adoucit pas mon avis, j’apprécie énormément cette critique, qui a d’ailleurs le mérite de souligner les circonstances atténuantes du film, ne serait-ce qu’avec le départ de Snyder… Comme tu le dis si bien, DC Comics lorgne sévèrement sur Marvel, et pour moi en tout cas, cela rend l’ambiance juste impossible. J’ai trouvé Justice League profondément lisse et immature. Les éléments comiques ne m’ont pas déridé mais m’ont convaincu que le scénario a eu de sérieux problèmes de confection… En tout cas, je suis content d’être tombé sur ton blog. A bientôt !

  2. Top article ! Je n’en pense pas moins. La version Grant Gustin au dessus, on sent beaucoup plus la tourmente dans son personnage. Rappelons que Barry Allen a assisté au meurtre de sa mère et file voir son père en prison tous les dimanches, il y a beaucoup plus joyeux dans la vie. De ce fait je trouve que le Flash de Ezra est un peu déplacé, on a plus l’impression de cotoyer un ado junkie. Cyborg est à mon sens le personnage le plus intéressant car torturé… Au fond c’est ce qu’on aimait chez DC, des super-héros tourmentés cherchant le chemin, se posant des questions. Justice League manque cruellement de drame et la bande son n’arrange pas la chose…

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