[CRITIQUE] Le Passager N°4, de Joe Penna

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Le pitch : Un passager clandestin est découvert au sein d’un vaisseau spatial en direction de la planète Mars. L’équipage se trouve trop loin de la Terre pour faire demi-tour et il n’y a pas assez de ressources alimentaires. Une seule voix s’oppose au sombre dessein que l’équipage prévoit au passager.
Réalisé par Joe Penna
Avec Anna Kendrick, Toni Collette, Daniel Dae Kim, Shamier Anderson…
Disponible sur Netflix

Artisan de l’ombre devant et derrière la caméra depuis plus de dix ans, Joe Penna a écumé de nombreux métiers avant de réaliser son premier film, Arctic, sorti discrètement en 2018. Dommage, car dans ce huis-clos à ciel ouvert porté par un Mads Mikkelsen phénoménal, Joe Penna anime un « man vs wild » glacé et fascinant, à la mise en scène remarquable. Un petit grand film remarqué dans les circuits indépendants mais qui, selon moi, n’a pas eu le succès qu’il méritait coté grand public. Cependant, cela a permis à Joe Penna de se faire repérer avec son nouveau film, Le Passager N°4, actuellement disponible sur Netflix.

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*** Spoilers en fin d’article ***

Si le film a des faux airs du fantastique Sunshine de Danny Boyle, Joe Penna s’en émancipe rapidement à travers un récit noir et désespéré, où l’intrigue questionne la balance entre la morale humaine et la notion de survie. En effet, comme son titre l’indique, Le Passager N°4 raconte la découverte imprévue d’un quatrième passager dans une capsule spatiale initialement prévue pour deux mais capable d’en porter trois pour son long séjour. Evidemment, l’arrivée de ce nouveau passager entraîne une réaction en chaîne qui va mettre à mal l’équipage du vaisseau, les forçant à faire un choix aussi bien inéluctable que vital.

Là où le film se différencie des schémas usuels, c’est qu’il conserve le raisonnement froidement scientifique de ses protagonistes, évitant ainsi les débordements ou autres altercations déjà vu dans Sunshine, par exemple, mais soulignant paradoxalement la difficulté d’une décision aux conséquences douloureuses. Et c’est en explorant cette réflexion que Le Passager N°4 prend tous son sens, créant l’empathie nécessaire pour ses personnages afin que le spectateur soit suffisamment impliqués dans les enjeux établis.

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Joe Penna signe une œuvre globalement affûtée : sa mise en scène et la direction d’acteurs dans ce huis-clos souvent oppressant sont aussi captivants que maîtrisés. Certes, on ne peut s’empêcher de penser aux influences évidentes, telles qu’Alien ou Gravity – d’ailleurs, initialement l’histoire devait se passer sur Mars mais à l’époque, c’était trop proche du film de Ridley Scott Seul sur Mars – mais Joe Penna s’approprie le genre dans un thriller qui jongle subtilement entre les émotions fédératrices et le besoin de se déshumaniser pour prendre la bonne décision. L’architecture presque mécanique du vaisseau contraste avec le corps humain, tout comme son apparence immensité amplifie la solitude et l’isolation des personnages, livrés à eux-mêmes dans l’espace. Des oppositions saisissantes qui prennent tous leurs sens dans la partie contemplative du film qui, comme tout bon film SF oppose l’impossibilité de vivre dans l’espace à la volonté de prolonger la vie terrestre ailleurs.

Cependant, si j’ai aimé le film dans l’ensemble, je trouve que Le Passager N°4 est parfois un peu trop lent et contemplatif – bien que ce soit aisément justifiable – mais surtout, j’ai souvent eu l’impression qu’il fallait avoir un diplôme en ingénierie aérospatiale pour tout comprendre (hello Interstellar). De plus, l’origine du plot (ce fameux quatrième passager) semble tout de même très improbable, tandis que le final s’étire dans une démonstration un poil abstraite…

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Au casting, Joe Penna double le nombre d’acteurs à diriger depuis Arctic mais s’entoure bien. Toni Collette (À Couteaux Tirés, Velvet Buzzsaw, Je Veux Juste en Finir…), Daniel Dae Kim (New Amsterdam, Hellboy, Always Be My Maybe…) et Shamier Anderson (Soulmates, Destroyer…) sont impeccables et c’est évidemment Anna Kendrick (Love Life, L’Ombre d’Emily, Mr Wolff…) qui l’emporte grâce à sa fraîcheur à la fois naïve et contagieuse, permettant au quatuor de former une unité crédible et cohérente d’emblée afin que la déchirure inévitable soit plus difficile.

En conclusion, Joe Penna signe un film audacieux, entre survie et choix cornélien où la raison et la morale humaine se bousculent. Déchirant et captivant, Le Passager N°4 est suffisamment solide en surface pour que j’en excuse les anomalies autour ce mystérieux passager qui survit au décollage dans une soute et sans protection… Bon… À voir !

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Attention, petit spoiler pour expliquer la fin :

Le personnage d’Anna Kendrick, Zoe, se sacrifie après avoir rapporter la dernière réserve d’oxygène pour le ramener à l’équipage. Elle fait ce choix car elle estime avoir moins à perdre que les autres : la commandante de bord est blessée et ne peut pas escalader jusqu’à la réserve d’oxygène, David a une famille et Michael doit s’occuper de sa sœur. Zoe, quant à elle, estime avoir déjà eu une chance énorme dans sa vie (cf. l’histoire qu’elle raconte à Michael quand elle a failli se noyer) et se sent aussi responsable d’avoir perdu un des réservoirs lors de la première tentative. Elle reste donc à l’extérieur du vaisseau, alors qu’un rayonnement solaire s’apprête à la tuer derrière elle, en observant Mars au loin. Tout simplement. La poésie est un poil abstraite dans ce final, mais cela reste suffisamment émouvant pour faire son petit effet (selon moi). 

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