[CRITIQUE] Pacific Rim Uprising, de Steven S. DeKnight

Après le colossal Pacific Rim de Guillermo Del Toro, c’est Steven S. DeKnight qui relève le lourd défi de proposer une suite. Si le premier était un hommage aux films de kaiju-eiga avec une ambition « blockbusterienne » et geek à peine voilée, Pacific Rim Uprising tente, avec beaucoup de volonté, de se hisser au même niveau. Si la comparaison avec les films Transformers est inévitable, le film de Steven S. DeKnight repose sur un scénario linéaire et prévisible, piqué par des scènes d’action redondantes et un manque d’ambition visuelle. Cependant Pacific Rim Uprising reste un divertissement relativement honnête, bien qu’il aurait mérité plus de punch et moins de longueurs.

Le pitch : Le conflit planétaire qui oppose les Kaiju, créatures extraterrestres, aux Jaegers, robots géants pilotés par des humains, n’était que la première vague d’une attaque massive contre l’Humanité. Jake Pentecost, un jeune pilote de Jaeger prometteur dont le célèbre père a sacrifié sa vie pour sauver l’Humanité des monstrueux Kaiju a depuis abandonné son entraînement et s’est retrouvé pris dans l’engrenage du milieu criminel. Mais lorsqu’une menace, encore plus irrésistible que la précédente, se répand dans les villes et met le monde à feu et à sang, Jake obtient une dernière chance de perpétuer la légende de son père aux côtés de sa sœur, Mako Mori (…).

Après une carrière honorable coté télévision, Steven S. DeKnight (Daredevil, Spartacus…) parvient enfin à faire ses premiers pas sur le grand écran : en effet, il devait réaliser Sinister Six à l’époque, avant que le projet ne passe à la trappe après les flops fulgurants des films TASM. Pour son premier long-métrage, il ne s’attaque pas à un projet facile : en 2013, Guillermo Del Toro créait la surprise avec Pacific Rim, un blockbuster XXL qui faisait un bel hommage aux films de « kaiju eiga », ces gros monstres japonais, à l’heure moderne. Un rêve de gosse pour le Maestro, un film épique pour ma part qui misait autant sur son aspect grand spectacle que sur une ambition démesurée, exaltante et contagieuse qui rendait chaque discours et chaque combat marquant (et lisible). Et puis bon, Charlie Hunnam ❤ …

5 ans plus tard, Pacific Rim Uprising débarque sur nos écrans, une suite peu attendue car même si le premier opus était efficace, il n’appelait pas vraiment à plus. D’autant plus que le changement de réalisateur n’est jamais rassurant à vue de nez (même si on a déjà vu des réalisateurs se vautrer dans cet exercice). Ici, le film de Steven S. DeKnight choisit l’option la plus simple, à partir d’un scénario toujours inspiré du travail de Guillermo Del Toro : on renouvelle le casting, on étend la trame vers un conflit intérieur avant de boucler le tout avec un affrontement massif. À l’instar d’un certain Independence Day : Resurgence, le film met en avant le fils d’un des héros du premier opus (avec quelques incohérences, au passage, comme une photo où l’acteur est adulte posant avec son père un an avant son sacrifice… alors qu’il y a 10 ans d’écart entre les deux histoires. Meuh bon, on va pas chipoter…), qui rejoint bon gré mal gré une équipe de pilotes pour se racheter de ses fautes, suivi par une jeune hackeuse sortie de nulle part qui construit des robots comme une grande. Oui, l’introduction est facile mais elle permet de lancer le ton de ce nouveau Pacific Rim : plus jeune, plus cool et avec une volonté plus explosive. Le film ajoute de l’humour et de l’attitude à ses personnages lisses pour donner leur donner un peu d’emphase, entre réparties, combats de coqs et duels d’ados. Mais le problème c’est que cette poignée de héros est confrontée à l’immensité d’un univers légué quasiment clé-en-main mais cruellement sous exploité.

En effet, la « coolitude » forcée de Pacific Rim Uprising est parfois un écran de fumée pour masquer l’absence de trame solide pour installer une nouvelle menace en évitant de sauter immédiatement dans le piège béante (la réouverture de la brèche). Si le film parvient à ne pas trop intellectualiser son concept assumé de film pop-corn, une fois que l’action est lancée, le résultat est assez brouillon. D’une part, le principe même du « drift » (la prise de connexion entre les deux pilotes) est traitée par dessus la jambe, alors que c’était une des complexités premières du premier Pacific Rim – les pilotes devaient être liés ; d’autre part, l’ensemble manque de surprise et prend pourtant le temps de faire durer l’attente avant de passer aux choses sérieuses. Quelques coupes au montage auraient été salutaires.
Visuellement, Steven S. DeKnight se repose sur la taille massive de ses robots pour tenter d’impressionner, mais l’ensemble peine à réellement convaincre. Les combats entre robots font forcément penser à un Transformers mal assumé, les affrontements sont souvent répétitifs et sans surprise, tandis qu’esthétiquement Pacific Rim Uprising ne casse pas trois pattes à un canard (malgré le style coloré de certains Jaeger). Mais le plus gênant, c’est que cette suite ne parvient pas à atteindre l’envergure du premier opus : à défaut de menace mondiale, Pacific Rim Uprising donne souvent l’impression de se dérouler dans un coin riquiqui du globe et ne parvient pas à asseoir la même dimension dramatique des invasions extra-terrestres passées et futures sur la population, devenue totalement accessoire.

Globalement, Pacific Rim Uprising fait le job en terme de divertissement sans temps mort, jouant la carte du spectacle et en tirant partie de sa kyrielle de personnages jeunes et badass. Steven S. DeKnight s’est probablement attaqué à un défi trop grand par rapport à son expérience : si le scénario était attendu et que je pardonne aisément les fils attendus et la transparence des personnages, coté réalisation, Pacific Rim Uprising manque de punch et de dynamisme, car l’ensemble reste trop linéaire. Ici, il n’y a pas de moment qui se démarque particulièrement, pas d’effet « waouh » attendu ni de « beauty shot » hallucinant pour un tel blockbuster et c’est ce qui dessert entièrement le film. Là où le Pacific Rim de Guillermo Del Toro nous régalait les pupilles avec des plans impressionnants et des effets spéciaux ultra-léchés, cette version m’a laissé de marbre avec sa photo métallique et sans relief. Ceci étant dit, Pacific Rim Uprising reste un film honnête. Excitant : certainement pas, divertissant : oui.

Au casting : en tête d’affiche on retrouve deux visages connus dans le cinéma populaire avec John Boyega (Star Wars, épisode VIII : Les Derniers Jedi, Detroit, The Circle…), plutôt sympathique, et Scott Eastwood (Overdrive, Fast And Furious 8, Suicide Squad…) qui a du mal à se départir du personnage stéréotypé qui lui colle à la peau – j’aimerai bien le voir dévoiler une autre facette si possible. À leurs cotés, la jeune Cailee Spaeny est la carte jeune du film et parvient à accrocher avec un rôle relativement intéressant (plus que celui d’Isabela Moner dans Transformers – The Last Knight), tandis qu’Adria Arjona (The Belko Experiment, Narcos…) passe inaperçu et que Jing Tian (Kong: Skull Island, La Grande Muraille…) aurait mérité un peu plus que ce rôle rigide et cliché.
Coté retrouvailles, Burn Gorman (Crimson Peak, Turn…) et Charlie Day (Philadelphia, Comment Tuer Son Boss 2…) reprennent du service, l’un toujours aussi claudiquant, l’autre toujours aussi bruyant. Rinko Kikuchi (Personne N’Attend La Nuit, Babel…) est également présente à l’affiche.

En conclusion, je n’attendais pas spécialement Pacific Rim Uprising et, objectivement, Steven S. DeKnight livre une suite relativement honnête et divertissante, malgré sa comparaison inévitable avec une certaine franchise liée à Michael Bay. Au-delà du récit linéaire et attendu, là où Pacific Rim Uprising se loupe c’est clairement au niveau du visuel, beaucoup trop plat, et de son manque de dynamisme. Malgré tout, la fin reste ouverte, alors… À tenter.

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