[CRITIQUE] Daphné, de Peter Mackie Burns

Tranche de vie moderne et citadine, Daphné plonge dans un quotidien à la routine bien huilée, entre mal-être et indifférence. Le film de Peter Mackie Burns explore le cheminement vers la prise de conscience d’une jeune femme à la dérive, dans un portrait incisif et sans fioriture. Cependant, malgré un récit abouti, j’ai eu du mal à s’attacher à cette Daphné impassible et souvent froide, à la sensibilité un peu trop engourdie pour être attachante.

Le pitch : La vie de Daphné est un véritable tourbillon. Aux folles journées dans le restaurant londonien où elle travaille succèdent des nuits enivrées dans des bras inconnus. Elle est spirituelle, aime faire la fête mais sous sa personnalité à l’humour acerbe et misanthrope Daphné n’est pas heureuse. Lorsqu’elle assiste à un violent braquage sa carapace commence à se briser…

Après avoir écumé les festivals européens et récolté de belles récompenses en 2017 (Prix Hitchcock du Meilleur Scénario à Dinard, Meilleure Actrice pour Emily Beeckham à Edimbourg et une sélection officielle au Festival de Rotterdam), le premier film de Peter Mackie Burns arrive sur nos écrans. Adapté d’un court-métrage, Daphné est le fruit d’une réflexion bien précise : appuyé par son scénariste, Nico Mensinga, le réalisateur propose un personnage solidement construit qu’il va minutieusement disséquer au cours d’une lente et profonde remise en question. Le film dresse le portrait d’une femme au tempérament flamboyant qui contraste avec une certaine léthargie émotionnelle, tant elle semble vivre plus par automatisme que passion, dans un quotidien rythmé par son travail, ses amants, l’alcool et des relations conflictuelles avec ceux qui l’entourent. Daphné a cette approche contemporaine, surfant sur un mal-être sociétal bien présent entre un sentiment de non-appartenance et une réalité sans faste, ce qui rend son personnage accessible, loin des codes sociaux que l’on impose généralement aux femmes autour de la trentaine. Daphné n’a pas de mec, un job qui ne la passionne pas, pas de plan sur l’avenir et une relation compliqué avec sa mère : une vraie héroïne des temps modernes, donc, que Peter Mackie Burns explore avec une fascination presque palpable.

Pourtant si les bases sont solides et donnent envie de découvrir cette tranche de vie, Daphné est rapidement rattraper par la méticulosité trop envahissante du réalisateur. En observant l’évolution de son personnage à la loupe, le film s’étend dans une sorte d’introspection muette en pleine « gestation », à la fois contemplative et trompeur. L’ensemble oscille entre ses apparences détachées et presque froides, alors qu’entre les lignes il est évident qu’un véritable bouleversement intérieur est en cours. Cependant, la subtilité entre ces deux facettes n’a pas réussi à me convaincre. La particularité des drames qui proposent une sorte de parcours initiatique ou une prise de conscience, c’est que l’on assiste au changement. Ici, Daphné propose d’assister à la réflexion qui mène vers le changement. La nuance est importance avec Daphné, car le récit se focalise essentiellement sur un personnage peu expansif et cela se ressent en terme d’ambiance… ou plutôt d’absence d’ambiance et de rythme. Le traitement est si implicite qu’il devient presque imperceptible, calé sur la personnalité finalement très introvertie et sur la défensive de Daphné, ce qui donne souvent l’impression d’observer un récit commun où il ne se passe pas grand chose.

J’aurai aimé plus de volubilité et peut-être plus d’émotions en apparence. En effet, le personnage en lui-même est intéressant et a visiblement été écrit avec une idée tangible de la Londonienne moderne, qui flirte avec la marge et vit au jour le jour. Beaucoup d’éléments annexes donnent envie de la connaître, de sa vision de l’amour à sa façon de se réfugier dans l’alcool, jusqu’au final qui se conclut au moment où j’aurai voulu que le film commence. Si Daphné avait toutes les clés en main pour livrer un excellent drame psychologique et social, le résultat stagne dans un entre-deux trop froid qui m’a laissée sur ma faim. Ceci étant dit, le film a tout de même l’avantage de proposer un personnage réaliste et finalement cohérent : Daphné est un personnage authentique, aussi bien dans ses travers que dans ses qualités, et sa quête personnelle fait écho à une réalité moins fantasmée, plus accessible et rare au cinéma.

Au casting : Emily Beecham (Into The Badlands, Ave, Cesar!...) livre une jolie performance lumineuse, donnant un peu plus d’étoffe à un personnage souvent mutique. Autour d’elle, un ensemble qui permet d’animer la trame, composé de Nathaniel Martello-White (Misfits…), Tom Vaughan-Lawlor (Peaky Blinders…) et Geraldine James (Jersey Affair, 45 ans…).

En conclusion, Peter Mackie Burns donne vie à un personnage complexe et solide, dans une tranche de vie accessible et sans détour. Si le coté terre-à-terre du film accroche, Daphné a du mal à se départir de sa tonalité insensible et dure-à-cuire pour faire naître de véritables émotions à travers de une introspection trop discrète. À tenter.

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