[CRITIQUE] Death Wish, d’Eli Roth

Le pitch : Quand il ne sauve pas des vies, Paul Kersey, chirurgien urgentiste, mène une vie de rêve, en famille, dans les beaux quartiers de Chicago… Jusqu’au jour où tout bascule. Sa femme est sauvagement tuée lors d’un cambriolage qui tourne mal… Sa fille de 18 ans est plongée dans le coma. Face à la lenteur de l’enquête, il se lance dans une chasse à l’homme sans merci.

Le concept du justicier improvisé qui cherche à venger la mort d’un ou plusieurs proches a été visité et revu plusieurs fois. Pourtant, même s’il parait usé, c’est un pitch qui a souvent su faire ses preuves, en commençant par le film Un Justicier Dans La Ville, sorti en 1974 et avec Charles Bronson, dont Death Wish est l’adaptation. Adapté d’un roman écrit par Brian Garfield, l’œuvre de Michael Winner a donné lieu a une franchise (5 films en tout), tandis que l’auteur a lui-même publié une suite intitulée Death Sentence qui a été librement (et brillamment) adaptée sur grand écran par James Wan en 2007, en proposant un face-à-face ardent entre Kevin Bacon et Garrett Hedlund. D’ailleurs, si on note qu’en général, ce sont souvent des hommes qui jouent les justiciers, je vous recommande chaudement À Vif, de Niel Jordan (2007), avec Jodie Foster. Fin de l’aparté 😀

3 ans après Knock-Knock, Eli Roth (The Green Inferno, Hostel, Cabin Feever…) continue de s’en prendre aux pères de famille sans histoire en adaptant donc le film de Michael Winner, qui récupère au passage, son titre original en France : Death Wish. Un nom efficace qui ne laisse aucune surprise quand au thème du filme, il n’y a plus qu’à laisser opérer la magie, ce qu’Eli Roth parvient à faire sans, pour une fois, recourir à ses combines habituelles. En effet, l’intrigue – composée par Joe Carnahan (L’Agence Tous Risques, Le Territoire des Loups, States of Affairs…) sur la base du scénario original – s’installe facilement à travers une famille tranquille dont la vie bascule du jour au lendemain au détour d’un cambriolage qui vire au drame. Si la suite est attendue, Eli Roth parvient à mener son thriller d’une main de maître en tissant une tension au millimètre qui s’accentue crescendo. Death Wish évite les pièges trop faciles en conservant un héros humain, tout en creusant un sujet proche de l’actualité. Oui, car le film étonne : à l’heure où le droit au port d’armes est sur toutes les lèvres (ou presque) dans l’Amérique de Trump, par son sujet, Death Wish se joint au débat en donnant malgré lui son avis. D’un point de vue français (et aussi personnel), la première partie est parfois dérangeante alors la narration aborde sans complexe et une fierté bien patriotique le droit de se défendre avec une arme, tandis qu’un autre point capte aussi l’attention : le sweat à capuche. Signe hautement revendiqué par les Noirs Américains suite à l’affaire Trayvon Martin en 2012 (abattu par un policier – innocenté depuis – qui l’a jugé dangereux par sa tenue, un sweat à capuche donc), Death Wish ose détourner l’habit comme par défi et n’hésite pas à débattre sur le sujet.

Eli Roth transforme donc un simple remake en sujet presque social, dirons-nous, mais c’est pour mieux donner plus de formes à un film qui aurait pu rapidement sombrer dans la caricature. Du coup, en étoffant l’ensemble, Death Wish distille une noirceur nerveuse et efficace, bien portée par un Bruce Willis souvent inexpressif mais cette fois à bon escient, tandis que la trame se déroule sans accro… Ceci dit, je me serai passée de toutes ces séquences de pseudo-interviews / passage radio qui me rappellent trop le procédé (douloureux) du RoboCop de José Padilha (2014) pour faire entendre « la voix du peuple ».
La patte habituellement gore et excessive du réalisateur se fait discrète. Quelques scènes restent joliment graphiques, mais j’ai apprécié cette retenue au service d’une atmosphère entre le film de cowboy des temps modernes et le polar anxiogène. Death Wish se révèle être une bonne surprise, car même si on connait la musique, l’ensemble est agréablement haletant et crédible, habité par des personnages solides (oui, même les policiers paumés !) et une intensité plutôt accrocheuse.

Au casting : Bruce Willis abandonne un instant les DTV (Acts Of Violence, First Kill, L.A. Rush…) pour revenir sur grand écran, si l’acteur ne se départit jamais de son rictus reconnaissable il est bien à l’aise dans son rôle de justicier improvisé. Autour de lui, on retrouve Dean Norris (Under The Dome, The Book of Henry…) et Kimberly Elise (Hit The Floor, Grey’s Anatomy…) en pom-pom girls, Vincent D’Onofrio (Le Cercle – Rings, Les Sept Mercenaires, Jurassic World...) m’épate en changeant de gabarit d’un film à l’autre, tandis qu’Elisabeth Shue (Battle Of The Sexes...) et Camila Morrone bouclent un ensemble assez masculin.

En conclusion, si Eli Roth semblait avoir perdu un peu de crédibilité ces dernières années, notamment à l’annonce de ce projet, avouons-le, le réalisateur connu pour ses films gores et parfois outranciers s’assagit en proposant un remake solide et sans esbroufe qui fait joliment le job. Simple, efficace et nerveux, Death Wish vise juste avec un Bruce Willis convaincant (et indémodable !). Peut-être une suite ? À voir.

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