[CRITIQUE] Sicario : La Guerre des Cartels, de Stefano Sollima

Toujours aussi étouffant et implacable, Sicario : La Guerre des Cartels propose une nouvelle plongée aux abords de la frontière américano-mexicaine, au détour d’une guerre des nerfs et d’un kidnapping qui tourne mal. Entre jeu de pouvoirs et terrains minés, le film de Stefano Sollima n’a peut-être plus l’effet de surprise mais renoue solidement avec l’univers terrassant de Sicario, malgré une ambiance assez uniforme qui manque parfois de pics. Un peu long sur les bords, Sicario : La Guerre des Cartels reste néanmoins d’une efficacité imparable.

Le pitch : Les cartels mexicains font régner la terreur à la frontière entre le Mexique et les États-Unis. Rien ni personne ne semble pouvoir les contrer. L’agent fédéral Matt Graver fait de nouveau appel au mystérieux Alejandro pour enlever la jeune Isabela Reyes, fille du baron d’un des plus gros cartels afin de déclencher une guerre fratricide entre les gangs. Mais la situation dégénère et la jeune fille devient un risque potentiel dont il faut se débarrasser. Face à ce choix infâme, Alejandro en vient à remettre en question tout ce pour quoi il se bat depuis des années…

Il y a trois ans, Denis Villeneuve me laissait bouche bée après avoir vu Sicario: un film éprouvant et violent sur la guerre anti-drogue (hum-hum) qui se jouait à la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Ce film dénonçait les machinations et accords secrets d’hommes de pouvoirs prêts à tout pour garder le contrôle, avec, au centre, une recrue du FBI ballotée entre son sens moral, son devoir et l’horreur d’une vérité brute qui se révélait sous ses yeux. Sicario est un film coup-de-poing, maîtrisé et glaçant qui ouvrait une trilogie viscérale que Taylor Sheridan a ensuite déclinée à travers Comancheria puis Wind River. Si ce dernier reste à l’écriture, c’est Stefano Sollima qui prend la relève après Denis Villeneuve (probablement trop pris à l’époque par Blade Runner 2049). Après avoir fait ses armes avec les séries Romanzo Criminale, puis Gomorra et enfin le film Suburra en 2015, le réalisateur italien est rôdé aux atmosphères mafieuses et pleines de tensions.

Une relève qui se confirme dès les premières minutes du films alors que Sicario : La Guerre des Cartels démarre au quart de tour, toujours proches des frontières et déchiré entre les autorités qui appliquent les lois et des civils désespérés. Rapidement, Stefano Sollima dresse un décor brutal à partir d’actes terroristes pour rapidement revenir dans le vif du sujet soulevé par le premier Sicario. S’éloignant des personnages lambda (victimes ou assaillants), Sicario : La Guerre des Cartels remonte le fil de la terreur jusqu’à sa source, abordant sans détour les stratagèmes ô combien réalistes d’hommes de pouvoir. Avec un effet boule de neige imprévisible, les enjeux du films prennent de l’ampleur au fur et à mesure que l’histoire avance, alors qu’une simple histoire de kidnapping se transforme en traquenard inextricable, brutal… et rédempteur ?

Stefano Sollima s’approprie avec brio l’ambiance étouffante du premier film, que ce soit à travers l’utilisation (et parfois l’abus) d’une musique lancinante qui souligne la tension pesante et omniprésente du film, mais aussi en reprenant à sa sauce la mise en scène léchées de Denis Villeneuve. Si en général je trouve les fusillades assourdissantes et peu impressionnantes, dans Sicario, puis Sicario : La Guerre des Cartels, la précision tactique et imperturbable de chaque affrontement rend l’ensemble toujours plus noir, comme si chaque mort ignoré rimait avec la déshumanisation de plus en plus profonde et marquée des personnages principaux. Et c’est justement ce que le film tente d’explorer à travers la présence d’une prisonnière, coincée entre les tirs ennemis et les ambitions changeantes de ceux qui la retiennent. Ce second volet de Sicario cherche une étincelle dans un monde complètement pourri jusqu’à la moelle, prenant finalement le risque de détourner le concept du premier film.

Mais le point faible de Sicario : La Guerre des Cartels vient surtout de l’effet de surprise qui n’est plus présent. Si le premier film nous tenait par les tripes en ne relâchant jamais la pression, cette suite part avec des atouts en moins car on sait d’emblée que les protagonistes sont loin d’être des héros. Stefano Sollima s’applique à conserver une atmosphère tendue au maximum et à cumuler les twists pour éviter les pièges de la redite. Cependant, entre une introduction autour du terrorisme qui finit par ressembler à un prétexte éloigné pour démarrer l’intrigue et une narration souvent uniforme qui a tendance à assommer, Sicario : La Guerre des Cartels manque parfois de dynamisme et de punch.

Heureusement, le film bénéficie d’un scénario solide et captivant, qui permet aux personnages de révéler une nouvelle facette, malgré leur caractère dur et impassible. Tout comme son prédécesseurs, Sicario : La Guerre des Cartels observe une prise de conscience certaine, faite dans la douleur, et une conclusion au sous-texte aussi inquiétant que prometteur. On en ressort toujours en léger état de choc, quand même !

Au casting : pas d’Emily Blunt cette fois, mais on retrouve Josh Brolin (Avengers – Infinity War, Deadpool 2, Only The Brave…) et Benicio Del Toro (Star Wars, épisode VIII : Les Derniers Jedi, Un Jour Comme Un Autre, Paradise Lost…) en tête d’affiche. Le duo offre de belles performances, dont la dureté impassible va être mise à l’épreuve. Autour d’eux, Jeffrey Donovan (Fargo, Sicario…) est rarement aussi convaincant, Catherine Keener (Show Me A Hero, Get Out…) prouve qu’elle a une brosse à cheveux (haha), tandis que la jeune Isabela Moner (Transformers: The Last Knight…) s’en sort très bien avec un rôle pas facile (même si j’aurai bien vu Dafne Keen, découverte dans Logan, à sa place). À noter également, la présence de Matthew Modine (The Confirmation, Jobs...), Manuel Garcia-Rulfo (Les Sept Mercenaires, Cake…) et Shea Whigham (Kong: Skull Island, Opération Beyrouth…) dans l’ensemble.

En conclusion, malgré un traitement linéaire, le film de Stefano Sollima est porté par un scénario suffisamment solide et étoffé pour maintenir en haleine. Taylor Sheridan s’assure que cette suite offre une véritable évolution à ses personnages pour éviter la suite purement commerciale et cela fonctionne. Sicario : La Guerre des Cartels marque un tournant décisif et la naissance inattendue d’une saga éprouvante au parfum de mort, de rédemption et de vengeance. À voir !

PS : Un troisième volet est déjà confirmé, si les rumeurs se confirment sur le retour de Denis Villeneuve et d’Emily Blunt, je serai parmi les premiers au rendez-vous.

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