[CRITIQUE] La Nonne, de Corin Hardy

Dernier né de la saga Conjuring, La Nonne revient sur cette bonne sœur maléfique qui hantait déjà le couple Warren dans Conjuring 2 – Le Cas Enfield. Corin Hardy prend la relève et tricote un film bancal, qui siphonne le potentiel de la saga à travers une intrigue mal fagotée. Monté à la truelle, piqué par des jumpscares bien trop sonores et hanté par des personnages écrits les yeux fermés, La Nonne ne fait que surfer sur la vague et a bien du mal à faire frissonner avec un préquel mal raccordé et sans véritable intérêt. Quel gâchis.

Le pitch : Quand on apprend le suicide d’une jeune nonne dans une abbaye roumaine, la stupéfaction est totale dans l’Église catholique. Le Vatican missionne aussitôt un prêtre au passé trouble et une novice pour mener l’enquête. Risquant leur vie, les deux ecclésiastiques doivent affronter une force maléfique qui bouscule leur foi et menace de détruire leur âme. Bientôt, l’abbaye est en proie à une lutte sans merci entre les vivants et les damnés…

La saga Conjuring étant le dernier exemple en date de films d’horreur populaires et efficaces réalisés par James Wan, le succès au box-office de La Nonne ne fait, presque, aucun doute. Pour amplifier les attentes, le projet se nourrit d’anecdotes en tout genre pour entretenir une certaine hype : le casting de Taissa Farmiga (sœur de Vera, Mrs Warren dans les films Conjuring, et connue pour avoir jouer dans American Horror Story) dans le rôle principal, les lieux de tournage authentiques en Roumanie ou précédés par leurs réputations sulfureuses comme la Transylvanie, la présence d’un prêtre pour bénir les lieux, un teaser Youtube qui a fait flipper des âmes sensibles… Tout est fait pour rendre les fans de Conjuring impatients, tandis que les producteurs teasent un opus bien plus dark et plus mature que les spin-offs Annabelle.

Et pourtant, une franchise honorable n’est pas toujours gage de qualité. Comme l’autre saga initiée par James Wan, Insidious, plus les volets se suivent et plus la déception à l’arrivée se fait sentir – notamment lorsque le créateur du concept n’est plus à la barre. Là où est encore plus douloureux, coté Conjuring, c’est que si la poupée Annabelle n’avait, à l’origine, que peu de potentiel horrifique, les premières apparitions de La Nonne donnaient très envie de voir un spin-off lugubre. Et pour en rajouter une couche, le scénario de La Nonne est également signé Gary Dauberman (à partir de l’univers créé par James Wan *tousse*), qui est déjà la plume derrière les films Annabelle. Si le dernier en date était gentillet, il se rattrapait tout de même par des effets de mise en scène plutôt sympathiques qui justifiaient les sursauts des plus sensibles. En d’autres mots : La Nonne retrouve les mêmes problématiques coté scénario, à savoir des personnages creux et une intrigue attendue, maladroitement rafistolée à une saga qui n’avait déjà pas besoin de prélogie pour exister. Et derrière la caméra, un réalisateur de films obscures dont l’imagination semble faire défaut, tant il se rabat sur des jumpscares bruyant et un montage bâclé.

Repartant sur les traces d’un couvent perdu quelques parts en Roumanie, le film de Corin Hardy réintroduit La Nonne maléfique dans un cadre déjà peu accueillant et débouchant sur une mort violente. Le Vatican, toujours au taquet, dépêche un prêtre expert en bizarreries et une apprentie nonne pour enquêter sur place : logique. Bientôt accompagné par un « Frenchie », les personnages du film vont joyeusement affronter le Mal et tenter de l’anéantir.
Si l’intrigue ne pèse pas bien lourd, ce n’est que le début d’une longue balade en terrain déjà trop vu, alors que La Nonne cumule tous les défauts de traitements possibles. En effet, au-delà d’un pitch bancal, le film est noyé par les erreurs de montage (faux raccords en veux-tu en voilà) et une paresse flagrante quand il s’agit de faire grimper le tensiomètre. Certes, le jumpscare est un outil facile pour faire sursauter le public, surtout quand le niveau sonore est poussé au maximum pour mieux faire effet. Certains films en ont usé, quitte à flirter avec la limite, comme le fameux Dans Le Noir de David F. Sandberg, tandis que d’autres en abusent de façon agaçante, comme La Nonne qui, en plus de jouer du volume, rajoute de la musique ou des sons stridents complètement inutiles.

À défaut d’angoisse, le film de Corin Hardy se repose sur les apparences. D’un coté, l’ambiance gothique et crépusculaire des décors entretient l’atmosphère oppressante de la saga Conjuring, mais de l’autre, La Nonne se réfugie dans les recoins sombres et les clichés pour pallier l’absence de tension qui ampoule le film. Ajoutons à cela des personnages proches de la crétinerie, dont un expert en phénomènes étranges qui se distrait facilement, qui confondent une église hanté avec une maison d’hôtes et vous avez donc La Nonne, la preuve parfaite qu’une bonne idée mal exploitée peut foudroyer un film en plein vol. En fait, c’est plutôt affligeant.

Ce qui devait explorer les origines de cette nonne maléfique s’est transformé en vague remâchage sans intérêt sur une histoire de démon et d’exorcisme sans charme, qui ne répond finalement à aucune question. De plus, le lien tangible entre La Nonne et Conjuring (ou Sœur Charlotte dans Annabelle 2, d’ailleurs…) reste encore à prouver – ç’aurait été trop intéressant d’utiliser la ressemblance des sœurs Farmiga, j’imagine… Ceci étant dit, je me passerai volontiers d’une suite.

Au casting : Taissa Farmiga (American Horror Story, The Bling Ring…) joue les figures virginales aux yeux écarquillés avec autant de conviction qu’un poisson hors de l’eau, tandis que Demián Bichir (Alien: Covenant, Les Huit Salopards…) peine à convaincre. Autour d’eux, Jonas Bloquet (Valérian et La Cité des Milles Planètes, Elle…) joue les jolis cœurs, tandis Bonnie Aarons reprend le rôle titre et se balade dans les couloirs.

En conclusion, même si j’en attendais pas grand chose, La Nonne parvient tout de même à décevoir en proposant un film approximatif, bancal et inintéressant. Beaucoup de jumpscares pour peu de résultat, Corin Hardy signe un produit dérivé qui ne fait qu’exploiter la saga Conjuring au lieu de l’étoffer. Bref, à éviter.

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