[CRITIQUE] Le Retour de Mary Poppins, de Rob Marshall

20 ans après le premier film, Rob Marshall propose les retrouvailles avec la plus célèbre gouvernante anglaise du monde dans Le Retour de Mary Poppins. L’ensemble résiste à l’appel des sirènes des comédies musicales pop et modernes pour conserver le charme british de l’époque, à travers une réalisation à l’ambiance chaleureuse et aux couleurs acidulées. Entre nostalgie et hommage, Le Retour de Mary Poppins prolonge cette aventure familiale, peut-être un poil trop chargée en chansons interchangeables, mais tout de même portée par Emily Blunt, merveilleuse comme toujours.

Le pitch : Michael Banks travaille à la banque où son père était employé, et il vit toujours au 17 allée des Cerisiers avec ses trois enfants, Annabel, Georgie et John, et leur gouvernante Ellen. Comme sa mère avant elle, Jane Banks se bat pour les droits des ouvriers et apporte son aide à la famille de Michael. Lorsque la famille subit une perte tragique, Mary Poppins réapparaît magiquement dans la vie de la famille. Avec l’aide de Jack, l’allumeur de réverbères toujours optimiste, Mary va tout faire pour que la joie et l’émerveillement reviennent dans leur existence… Elle leur fera aussi découvrir de tout nouveaux personnages plein de fantaisie, dont sa cousine, l’excentrique Topsy.

Après le succès du film Dans L’Ombre de Mary réalisé par John Lee Hancock en 2014, les studios Walt Disney ont rapidement mis en branle le projet de réaliser une suite au film culte de Robert Stevension, Mary Poppins (1964). Derrière la caméra, c’est Rob Marshall qui poursuit l’aventure, déjà bien rôdé à l’exercice de la comédie musicale (Chicago, Nine…) ainsi qu’aux univers Disney puisqu’il a également réalisé Into The Woods qui rassemblait plusieurs contes. Pour la petite histoire, Mary Poppins est d’ailleurs le premier film que Rob Marshall ait vu, enfant.

Situé 20 ans après le premier film, Le retour de Mary Poppins renoue avec Michael et Jane Banks devenus adultes, qui cherchent un moyen pour sauver leur maison de l’infâme banquier, tout en préservant les enfants de Michael et en se relevant d’une terrible tragédie (puisque l’épouse de ce dernier est décédée). Guidé par Jack et la lumière des réverbères à travers une Londres des années 30 marquée par la Grande Dépression qui va rapidement rattraper nos personnages, le film dessine un contexte qui prête à la morosité et aurait grand besoin de magie pour voir le coté positif et trouver les bonnes solutions pour rendre le sourire à ses personnage. Sentant l’appel de la famille, Mary Poppins revient alors prendre les choses en main, entre distractions, règles de vie et féeries. En effet, à travers des péripéties rocambolesques et pétillante, le film joue sur le réalisme qui se cache à travers les aventures magiques créées par la célèbre gouvernante : quand l’heure du bain se transforme en parade aquatique ou qu’un passage animé fait écho à des personnages réels, Le Retour de Mary Poppins cultive, à travers les enfants, l’imaginaire pour rendre le quotidien plus accessible et surmontable.

Contrairement aux films musicaux que Rob Marshall a précédemment réalisé, cette fois il renonce à noircir l’ambiance, déjà marquée par une époque et un contexte narratif pesant (dettes financières, papa un chouilla dépressif…), pour renouer avec les couleurs douces et les décors joviaux de l’univers Mary Poppins, entre prises de vues réelles et séquences semi-animées extraordinaires. Comme une extension du célèbre costume bariolé du père Banks, le film propose des tons pastels et acidulés qui collent parfaitement à l’atmosphère enlevée et pétillante du film, tandis que les chansons accompagnent les personnages à chaque instant. Visuellement, le résultat est superbe, j’ai aimé l’opposition entre la réalité grisonnante de Londres qui devient parfois presque gothique et la douceur esthétique apportée par le monde de Mary Poppins.
De même, Rob Marshall saisit bien l’approche d’un film Mary Poppins en se centrant essentiellement sur les enfants, jouant de sa capacité à les divertir à travers ses aventures (ou les rêves) pour les éloigner des problèmes des adultes en devant une mère de substitution, tout en gardant un cadre familial propret et honnête.

Cependant, là où Le Retour de Mary Poppins enchante en comptant sur son effet nostalgique, il y a tout de même quelques bémols à pointer, car en effet, Rob Marshall ne fait que reprendre les ingrédients du premier film de 1964. Si l’ensemble reste attachant et séduisant, il manque de nouveauté et d’originalité, rendant l’intrigue sans surprise et très attendue. On retrouve le même cadre familial, même si les figures parentales sont représentées par un duo frère-sœur, et des péripéties trop similaires, tandis que la partie musicale est un chouilla envahissante. Bien que je me sois facilement laissée emporter par le film, je suis incapable de dénoter une chanson en particulier. Noyé dans une surabondance de chansons assez similaires aux paroles parfois bien complexes pour un public jeune, la bande-originale a bien du mal à faire le même effet que celle du film original. À part peut-être la première chanson avec Mary Poppins, « Can You Imagine That? », je ne retrouve pas la tonalité mémorable de « Supercalifragilisticexpidélilicieux » ou encore « Let’s Go Fly a Kite ».

Au casting, Emily Blunt (Sans Un bruit, La Fille du Train, Sicario…) est formidable en Mary Poppins, aussi réjouissante que superbe, l’actrice est une excellente relève à Julie Andrews et est clairement l’atout charme du film ! Autour d’elle, un trio de jeunes acteurs prometteurs, Joel Dawson, Nathanael Saleh et Pixie Davis (Miss Peregrine et Les Enfants Particuliers…), qui incarnent les enfants Banks avec brio, sachant qu’il n’est pas toujours facile de jouer face à des effets spéciaux. Coté adultes, Lin-Manuel Miranda (Vaiana, La Légende du Bout du Monde…) montre beaucoup d’enthousiasme et pour cause, puisqu’il signe également certaines chansons du film, tandis que Ben Wishaw (Paddington 2, Danish Girl, Spectre…) et Emily Mortimer (The Newsroom…) sont un peu en retrait et souvent maladroits dans leurs personnages. Colin Firth (Kingsman : Le Cercle d’Or…) et Meryl Streep (Pentagon Papers…) jouent les guests stars avec des personnages caricaturaux qui vont animer la trame, tandis que Dick Van Dyke est de retour dans le rôle de M. Dawes Jr (sachant qu’il incarnait déjà M. Daws Sr. à l’époque).

En conclusion, Le Retour de Mary Poppins oscille entre la nostalgie et l’hommage. Le film de Rob Marshall manque peut-être d’imagination mais pas de charme, surtout avec Emily Blunt, supercalifragilisticexpidélilicieuse dans le rôle titre. À voir – même l’ensemble un peu long et les chansons un poil compliquées pour l’attention des plus jeunes.

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