[COUP DE CŒUR] Aquaman, de James Wan (sans spoiler)

Le pitch : Les origines d’un héros malgré lui, dont le destin est d’unir deux mondes opposés, la terre et la mer. Cette histoire épique est celle d’un homme ordinaire destiné à devenir le roi des Sept Mers.

Attendu, craint, espéré, ignoré… Plus personne ne sait vraiment sur quel pied danser quand il s’agit d’Aquaman. Et pour cause, le film de James Wan arrive après une série de hauts et de bas déstabilisants qui ont jalonné l’univers cinématographique DC / Warner Bros (DCEU) porté par Zack Snyder. Pour un Man of Steel ou une Wonder Woman réussis, il faut aussi compter avec un Batman v Superman discutable et surtout deux sorties de route presque impardonnables : l’infâme (mais oscarisé !) Suicide Squad et  le décevant Justice League.
Alors forcément, quand il s’agit d’adapter l’histoire de l’enfant d’Atlantis, plus connu au détour d’une blague vaseuse sur l’aqua-poney que pour son coté rock’n’roll, on rentre la tête dans les épaules sans trop savoir que faire, alors que la promesse de James Wan à la réalisation retentit comme un espoir. En effet, de Saw à Conjuring, en passant par Death Sentence, Insidious ou encore Fast and Furious 7, le réalisateur répondant au doux surnom de « Creepy Puppet » sur Twitter a déjà prouvé qu’il était capable de s’approprier et surtout de renouveler les genres avec une aisance étonnante. Alors oui, beaucoup d’espoir.

À l’arrivée, Aquaman est incroyable ! Vu en avant-première la veille de la sortie et j’en suis encore retournée tant le film parvient à allier la maladresse du super nanar à la frénésie spectaculaire du blockbuster explosif ! James Wan casse un moule bien trop rôdé en osant des prises de risques ahurissantes et propose une origin story ébouriffante en compagnie d’un Arthur Curry à l’état sauvage et en roue libre ! Clairement seul maître à bord, je ne sais pas par quel tour de force James Wan a réussi à rassurer Warner Bros, car son film est un délire qui frôle bien souvent la catastrophe tant le réalisateur joue avec les clichés grossiers du super-héros à tous les étages, mais avec une maîtrise et une vision assumée qui fait pencher la balance en sa faveur. On passe du facepalm au sourire béat et incrédule tant le film ose aller loin et embrasse le caractère fantastique et XXL de son genre.
Pas étonnant que le film cartonne déjà en Chine, puisqu’il y a quelques années, le cinéma asiatique avait déjà essayé de mettre en branle une aventure aquatique sensée révolutionner la 3D en 2012. Mais après 2 ans de production, le rouleau-compresseur Avatar de James Cameron et une première bande-annonce honteuse, le fameux Empires of the Deep a tout simplement été abandonné (porté par Olga Kurylenko en pleine hype post-Quantum of Solace) et jeté aux oubliettes.

Entre épopée chevaleresque et fantasy, blockbuster et nanar, Aquaman est une déferlante folle qui tord le cou au ridicule avec un grand sourire et des « cojones » bien en évidence. À l’image de son héros (qui colle également à celle de Jason Momoa), le film de James Wan propose un personnage affirmé, parfois bourrin mais au potentiel attachant et fédérateur qui va se retrouver au cœur d’un combat malgré lui. L’entrée en matière est classique : Aquaman joue la carte du badass à l’action musclée, faisant croire au début d’une origine story classique. Mais dès que l’histoire plonge dans le vif du sujet, la donne change rapidement pour transformer l’ensemble en un récit étonnant et marqué par une ambition euphorisante !
Généralement, les films de super-héros sont linéaires dans l’approche de leurs personnages et le visuel est toujours très attaché au réalisme pour convaincre le public en rendant ses héros crédibles. Ici, Aquaman envoie tout cela valdinguer par la fenêtre. Pourquoi se limiter à une piscine XXL avec quelques décorations en plastique quand on peut donner vie au royaume d’Atlantis habité par des personnages mi-humain mi-poisson aux pouvoirs démesurés ? Non, James Wan a décidé de s’éclater, d’explorer les possibilités les plus folles autour de son concept et c’est tant mieux ! Spectaculaire dans l’ensemble, souvent ridicule et surtout méga fun, Aquaman aurait pu très souvent s’effondrer comme un château de cartes s’il n’y avait pas une vision maîtrisée pour équilibrer le tout et rendre les scènes WTF en moments uber cools qui m’ont fait halluciner ! James Wan utilise à bon escient les clichés répulsifs des films du même genre les plus ratés en jouant avec une bande-originale à gros sabots et des focus caméras faussement grossiers, pour mieux les détourner et proposer des méchants qui ressemblent à une version evil d’Iron Man et une dose d’action purement épique ! Aquaman déborde d’idées, certaines vous feront crier au génie tandis que d’autres provoqueront un facepalm de courte durée. Soyons honnête, cette pieuvre qui fait de la batterie, c’est quand même génial ! Rassurez-vous, ce micro-spoil n’est même pas un dixième de ce qui vous attend 😀

Préparez-vous donc à vous en prendre plein les yeux. Littéralement. Et c’est ici que je vais devoir vous mettre en garde : Aquaman est une débauche sans vergogne d’effets spéciaux dont la netteté est très souvent discutable. Souvenez-vous des fonds verts sur Themiscyra dans Wonder Woman… et bien c’est la même chose pendant deux heures non stop. La majeure partie du film se passant sous l’eau, j’ai autant apprécié le rendu global que je me suis posée de nombreuses questions sur ces personnages aquatiques et leurs capacité à flotter ou non d’une scène à l’autre.
Coté esthétique, Aquaman opte souvent pour le flou artistique et l’utilisation du numérique rappelle souvent certains films d’animation (pour ne pas dire Némo) au niveau du choix des couleurs et de la luminosité des costumes ainsi que du décor. Si on reprochait à Thor – Le Monde des Ténèbres d’avoir uniquement montrer une parcelle d’une Asgard rutilante pour mieux la détruire sans véritablement l’exploiter, James Wan ne commet pas cette erreur quand il s’agit d’inventer Atlantis et ces nombreux tableaux. Jouant sur la texture avec des effets presque plastique, l’aspect des cités perdues et une photographie hyper saturée, Aquaman propose de nombreux décors originaux et surprenants pour rendre son univers plus vaste, habité et plausible. Devant autant de couleurs, je recommanderai presque la 3D pour ce film : ces lunettes ayant un filtre sombre pourraient bien sauver vos rétines !

Si James Wan parvient à divertir en rendant ses scènes dantesques hyper lisibles et claires, il faut tout de même souligner le caractère approximatif du visuel qui pourrait faire grincer des dents les plus exigeants d’entre nous. Voire même en rebuter quelques-uns. Si la durée du film (2h20) est bien utilisée et qu’Aquaman ne compte aucun temps mort, c’est tout de même une sacrée tranche à se farcir, surtout quand aux manettes se trouve un réalisateur qui a bien décidé de prendre son pied en cassant les codes. Comédie, action et même frissons, Aquaman n’est pas seulement un film super-héroïque classique tant il va souvent lorgner du coté de blockbusters old school comme La Colère des Titans pour livrer sa dose massive de spectacle, booster le film avec des scènes de castagnes haletantes et laisser une trace avec de nombreux plans iconiques. Sans trop en dévoiler, de nombreux moments vers la fin sont visuellement fantastiques (le passage dans la Trench et, hum, quelque chose qui rappellerait le cinéma de [SPOILER]Guillermo Del Toro[/SPOILER]). Forcément, là où James Wan excelle, c’est lors des passages sombres qui animent l’ensemble où le réalisateur signe des plans si beaux que ma mâchoire s’est légèrement décrochée.

Alors oui, le film est loin d’être parfait : pendant plus de deux heures, James Wan fait clairement des détours inutiles pour faire durer le plaisir sans réellement apporter de l’eau à son moulin (huhu) et, soyons honnêtes, Jason Momoa a souvent l’air paumé. Je pense qu’Aquaman ne fera pas forcément l’unanimité… mais bon sang qu’est-ce que c’était FUN, neuf et renversant ! C’était quand la dernière fois qu’un film estampillé Warner Bros / DCEU a pris autant de risque ? Jamais. Et il est temps que ça change, car si plus de films avaient la même gouaille ambitieuse et démesurée qu’apporte James Wan à Aquaman, un certain autre studio pourrait avoir du souci à se faire *wink wink*

Au casting : Jason Momoa (Frontier, Justice League…) porte le rôle titre et, bon, ce n’est pas un très bon acteur. Heureusement, il semblerait que le rôle ait été écrit pour lui correspondre et non l’inverse, car le plus souvent l’acteur se contente d’être lui-même et agit parfois comme la groupie de son propre film en commentant constamment, et avec enthousiasme, les effets spéciaux comme s’il était à la place du spectateur. Ceci étant dit, Jason Momoa apporte un charisme certain, donnant un coté bien plus sauvage et rebelle que la version blonde et lisse des comics. À ses cotés, Amber Heard (The Danish Girl, 3 Days To Kill…) joue les side-kicks / love interest plutôt cool et je me dis que si Flashpoint est un jour adapté au cinéma, cela devrait donner un joli combat contre Gal Gadot *wink wink* !
On retrouve également Willem Dafoe (Seven Sisters, La Grande Muraille…), impeccable même avec un look discutable, même si à ce niveau là, Dolph Lundgren (Arrow, Black Water…) le bat à plate couture. Ce dernier fait des retrouvailles sympathiques avec le grand écran, d’ailleurs. On retrouve Yahya Abdul-Mateen II (The Greatest Showman, Baywatch – Alerte à Malibu…) dans le rôle de Black Manta, un poil sous exploité dans l’ensemble, mais suffisamment trépidant pour accrocher et s’inscrire comme une bonne menace.
Évidemment, James Wan retrouve Patrick Wilson (Le Fondateur, Conjuring 2…), blond cette fois, et convaincant en demi-frère revanchard, tandis que son pote, le réalisateur Leigh Whannell (Upgrade, Insidious 3…) fait son petit caméo. À l’affiche aussi, Nicole Kidman (Big Little Lies, How To Talk To Girls At Parties…) incarne une reine mère touchante mais rapidement oubliée.
Parmi les petites surprises, Djimon Hounsou (Le Roi Arthur, Tarzan…) et surtout Julie Andrews (Moi, Moche et Méchant 3…) – oui, la première Mary Poppins – prêtent leur voix à des créatures d’Atlantis.

En conclusion : osé, fou, spectaculaire, ridicule, fun et original… voici comment je décrirai ce Aquaman en quelques mots. James Wan surprend et s’amuse en imposant ses propres codes super-héroïques, bien décidé à sortir du cadre en osant explorer le caractère fantastique de son personnage. Si le traitement narratif s’éparpille parfois et qu’il faut composer avec deux bonnes heures d’effets spéciaux un poil laborieux sur les bords, Aquaman reste tout de même un divertissement ahurissant et inattendu, qui prend beaucoup de risques pour créer un ensemble colossal. Pari réussi ? Oui ! À voir.

PS : une scène bonus se cache dans le générique 😉

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