[CRITIQUE] Hellboy, de Neil Marshall

Hellboy ou la promesse ratée d’une série Z qui s’annonçait comme fun. Malgré une volonté de s’éloigner de la version de Guillermo Del Toro en proposant un divertissement plus outrancier et gore à souhait, le film de Neil Marshall se perd et pêche par un scénario d’une maladresse consternante qui rend l’expérience ô combien pénible et frustrante. Des enjeux confus, des personnages survolés et trop nombreux, aucun sens du rythme, structure narrative ratée… On enchaîne les événements en attendant que ça se termine enfin. Pas de vrais morceaux de bravoure, malgré des tentatives de plans séquences d’action qui nous permettent d’apprécier les limites budgétaires du film. Rien à sauver.

Le pitch : Hellboy est de retour et il va devoir affronter en plein cœur de Londres un puissant démon revenu d’entre les morts pour assouvir sa vengeance.

Pour cette critique, c’est Kingdork (pseudo de mon rédacteur favori) qui partage son avis 😉

Il existe, bien au-delà du pragmatisme porté par des considérations et critères objectifs, différents degrés appréciation d’un film. Une palette de nuances qui nous permet d’avoir cette affection toute particulière pour certains nanars et autres ratages cinématographiques qui finissent par séduire par l’honnêteté et la maladresse presque attendrissante (mais surtout jouissive) de leur démarche. Les films qui pourraient à juste titre combler les rangs de cette sous-catégorie sont légion… Mais ne comptez pas sur ce Hellboy version 2019 pour se joindre au groupe.

On évitera ici toute tentative d’étude comparative entre ce malencontreux reboot et les deux précédents opus de Guillermo Del Toro, car pour être complètement honnête ils sont loin d’être frais dans ma mémoire [note de Dunnø : ceci est intolérable]. Mais histoire de fournir un minimum de contexte en guise de préambule, sachez juste que Ron Perlman laisse (clairement malgré lui et à contre-cœur) le soin à David Harbour (frais de son rôle dans le phénomène Stranger Things) de revêtir le costume fort en prothèses du demi-démon éponyme, alors que Neil Marshall (à qui l’on doit The Descent et quelques épisodes de Game Of Thrones) succède au prolifique réalisateur mexicain dorénavant oscarisé. Et d’entrée jeu, ce Hellboy annonce la couleur… Avec une scène d’introduction en noir et blanc où ne ressortira que le rouge sang. Le tout délicieusement saupoudré de la voix-off outrancière de Ian McShane (John Wick 2, American Gods…), où fleurissent les “fuck” et prenant légèrement à contre-pied le cliché du flashback épique d’exposition en guise d’ouverture. Ajoutons à cela le jeu au combien cabotin d’une Milla Jovovich (Resident Evil, Zoolander 2…) en pleine forme, et qui nous fait comprendre qu’elle sait sans l’ombre d’un doute dans quel genre de film elle se trouve. On retrouve également Sasha Lane (American Honey, Come As You Are…) et Daniel Dae-Kim (Divergente…) au casting. Le ton est malicieusement posé. Et à ce moment là, on y croit.

On y croit et on se tient prêt pour un film de série Z assumé et audacieux, grand-guignol et poussif, mais avant tout fun et jouissif. D’autant plus que David Harbour campe avec succès un Hellboy plus que convaincant et s’en donne à cœur joie dans ce rôle qui lui va comme un gant. Ça se voit et se ressent. Le problème est qu’il n’est pas aidé par un scénario pauvre qui en plus de lui fournir des dialogues ridicules et des conflits aux ras des pâquerettes, pêche grandement par un grand manque de structure et de cohésion narrative. Le film perd son momentum dès les 10 premières minutes et se perd dans une succession de scènes sans grand impact ni réel liant dramatique. On nous trimbale d’un endroit à un autre sans cesse, on nous assomme de dialogues d’exposition à n’en plus finir, on nous fourni des personnages secondaires sans grand intérêt… De ce triste fait, les enjeux paraissent au combien confus et loin d’être perceptibles et palpables. Le grand conflit intérieur du héros titre, et ses questionnement moraux et existentielles, se juxtaposent bizarrement avec maladresse avec le reste du plot (alors qu’il semble y être l’élément central) et ne font que ralentir le rythme en ressassant les mêmes types de dialogues. Un infernal sentiment de sur-place se fait ressentir et le film paraît alors interminable. Rien ne nous tient en haleine ou même un minimum engagé.

Car un des gros problèmes de ce Hellboy c’est qu’il ne sait pas toujours sur quel pied danser, ni ce qu’il a envie d’être. L’ensemble oscille entre une grosse couche de grotesque bon enfant et une tentative d’honnêteté émotionnelle qui anime parfois nos héros, si bien que les enjeux sont traités avec un sérieux déconcertant avant d’être réduits à une éruption de gore cartoonesque et adolescent sans réelle conséquence. Une légère dissonance qui n’aide pas à apprécier la promesse du prémisse, à savoir de la castagne de démons en tout genre. Et à ce titre, il est clair que l’effort peut être louable tant il est fait avec soin et avec un plaisir bien bien (bien) malsain (frisant parfois le mauvais goût). Les litres de sang coulent à flot, les membres se déchiquettent de toutes les manières possibles… Le spectacle gore alliant VFX et SFX rempli sa part du contrat et n’est clairement pas fait à la légère, mais finit lui aussi par très vite lasser. À cause de notre manque d’investissement dans cette quête sans fin vide de sens et d’intérêt, le tout semble gratuit et redondant ne permettant pas de dissimuler les gros problèmes de ce film soporifique malgré tout ce vacarme macabre. Le premier gros morceau de bravoure, à savoir une scène de combat dantesque qui voit Hellboy lutter contre trois géants et le tout présenté sous la forme d’un faux plan séquence, tombe malheureusement à plat. La faute aux limites budgétaires qui vous saute au visage, mais aussi à un grand manque de momentum narratif et de vrais enjeux. C’est le début de la fin, mais loin d’être la fin du film.

Pénible, interminable, sans saveur et foncièrement épuisant… Hellboy est malheureusement un très mauvaise surprise. Une expérience au combien frustrante devant un tel potentiel gâché par un scénario qui n’est pas à la hauteur des ambitions du projet. Une erreur de parcours qui ne verra pas, espérons-le, ses deux scènes post-génériques se concrétiser. Pour le bien de tous.

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