[CRITIQUE] Aladdin, de Guy Ritchie

Le pitch : Quand un charmant garçon des rues du nom d’Aladdin cherche à conquérir le cœur de la belle, énigmatique et fougueuse princesse Jasmine, il fait appel au tout puissant Génie, le seul qui puisse lui permettre de réaliser trois vœux, dont celui de devenir le prince Ali pour mieux accéder au palais…

Après Maléfique, Cendrillon, La Belle et la Bête ou encore Dumbo, les studios Disney continuent sur leurs lancées en adaptant le dessin animé de 1992, Aladdin. Pour donner vie en prises de vues réelles, c’est Guy Ritchie qui prend la relève de John Musker et Ron Clements. Autant dire que c’est étonnant de voir le réalisateur britannique, plus connu pour ses films musclés (de Arnaque, Crime et Botanique au récent Roi Arthur, en passant par Snatch, Sherlock Holmes, Agents Très Spéciaux ou encore RocknRolla…), s’atteler à l’adaptation d’un dessin animé relativement lisse.
Enfin lisse, mais porteur d’une génèse houleuse. Aladdin est probablement l’un des premiers dessins animés Disney que j’ai vu, et derrière l’histoire empreinte de magie, de chansons marquantes et d’amour sur tapis volant, l’adaptation du conte arabe Aladdin ou la lampe Merveilleuse issu du recueil Les Mille et Une Nuits a vécu une véritable traversée du désert et a bien failli ne jamais voir le jour. Sans véritable surprise (Walt Disney oblige), la première adaptation souffrait de relents nauséabonds sur sa description des Arabes, notamment le personnage de Jafar, la violence latente (la main coupée pour punir le vol) et le sexisme ambiant. La célèbre introduction a justement fait l’objet de nombreuses réécritures pour éviter le terme « noir » (dark) qui faisait surtout référence à la couleur de peau et non à la tenue de Jafar (« Elle commence par une nuit… noire, où l’on découvre un homme en noir, nourrissant de noirs desseins. »). Mais à la défense des scénaristes de l’époque, Aladdin reposait sur des tableaux malheureusement réalistes, pour ne pas dire un poil toujours d’actualité dans certains pays, quand il s’agissait d’évoquer la pauvreté, les castes sociales et la place des femmes – mais ça, c’est un autre débat. Après moults allers-retours, Aladdin a finalement reçu l’approbation du CSA américain et est devenu le dessin animé culte et ambitieux que l’on connait aujourd’hui.

27 ans plus tard, c’est en chair et en os que débarque Aladdin au cinéma. Le film est remis au goût du jour, sans pour autant perdre le charme du matériau d’origine. Malgré quelques changements dans l’histoire, Guy Ritchie nous fait découvrir Agrabah et son personnage titre, donnant tout de suite un ton chaleureux et familier à son récit. Les chansons donnent le tempo, la cité arabe est pétillante et un chouilla moins menaçante que dans le dessin animé, tandis que la rencontre entre Aladdin et Jasmine fleure bon la guimauve puisque cette adaptation en rajoute un peu (trop).
Si le film porte le nom du héros, il faut tout de même admettre que la véritable star du film c’est le génie, interprété par Will Smith qui a la lourde tâche de succédé à Robin Williams et d’enfiler la peau bleue d’un personnage culte de l’univers Disney. Dès son arrivée, le film prend toute son ampleur, imprégnant l’ensemble d’une magie fédératrice, joviale et contagieuse, osant souvent innover pour se démarquer de l’original. Aladdin donne le sourire et parvient globalement à faire une adaptation aussi fidèle que possible, faisant passer un moment suffisamment léger et solaire pour laisser un bon souvenir.

Cependant, tout n’est pas parfait. Le scénario modifié laisse filtrer des pirouettes prévisibles (notamment le sort final du génie sur sa « liberté ») et la relation entre Aladdin et Jasmine en pâtit. Là où le dessin animé mettait la romance au premier plan, entre le dilemme du héros d’avoir menti à sa bien-aimée et la prison dorée de la princesse rebelle promise à un mariage arrangé, le film de Guy Ritchie explore tous les sous-textes survolés dans le dessin animé. Cela aurait pu être pas mal si cela ne dénaturait pas Aladdin tel qu’on le connait. D’un coté, Aladdin semble être un second couteau dans son propre film tant son personnage s’efface derrière le charisme du génie et, de l’autre côté, Jasmine affiche son désir d’indépendance de façon bien plus prononcé. Certes, le fait de découvrir une Jasmine entièrement habillée réjouit, mais sa personnalité rebelle et le héros qui se confond avec les seconds rôles finissent par prendre la part belle à l’amourette attendue, tandis que la menace principale du film ne les concerne plus vraiment. En effet, la plus grosse déception du film, c’est bien Jafar.

Chez les méchants Disney les plus marquants, le vizir d’Aladdin figure pour moi en tête de liste, aux cotés de Scar du Roi Lion et Shan-Yu de Mulan (films qui seront d’ailleurs les prochaines adaptations en live action – sans Shan-Yu pour Mulan par contre, à mon grand désespoir). Le film de Guy Ritchie passe complètement à coté du personnage et de son alter-ego à plumes, Iago, en le transformant en vilain manichéen et ramolli. Son ambition d’épouser la princesse pour devenir Sultan passe à la trappe pour se focaliser sur la lampe magique, et si les quelques détails modifiés du film ne dérangeaient jusque là pas trop, la fin est beaucoup trop modifiée pour être à la hauteur. En fait, Jafar ne parvient jamais à installer le danger qu’il est sensé représenter, cherchant finalement à devenir Sultan pour aller détruire une ville obscure sans raison apparente. De plus, son acolyte Iago – qui est à la base un véritable parallèle à la pièce Othello écrite par William Shakespeare, sensé représenté le petit démon qui murmure à l’oreille d’un homme assoiffé de pouvoir pour le pousser ou le convaincre dans sa quête – réduit à une adaptation littérale, en tant que simple perroquet aux commentaires inintéressants.

Visuellement, il y a également à boire et à manger. Evidemment, Guy Ritchie a tourné la plupart de ses scènes devant des écrans verts ou dans des studios pour ensuite recréer les décors et les effets spéciaux. Si parfois le résultat ravit, notamment l’arrivée du prince Ali grâce à son aspect comédie musicale de grande envergure, le plus souvent le résultat numérique laisse à désirer. Je doute qu’Aladdin vieillisse bien. Cependant, j’ai beaucoup apprécié les costumes à la fois bariolés mais tout à fait crédibles et seyants, surtout les tenues de Jasmine et du Génie qui sont superbes. Autre aspect numérique, les animaux : si Abu est un peu plus travaillé, j’ai eu beaucoup de mal à cerner Iago qui m’a semblé très approximatif, tandis que Rajah et bien… c’est un tigre (voilà).
Évidemment, qui dit film Disney dit chanson : le compositeur Alan Menken revient signer la bande originale et rajoute quelques chansons à l’histoire. Des chansons à vrai dire accessoires, mais celle de Jasmine, « Speechless (VF : Parler) » aurait pu coller pas mal de frissons… si elle ne donnait pas autant l’impression de vouloir supplanter le fameux Let It Go de La Reine des Neiges.

En voulant réadapter et corriger les aspects désuets du dessin animé, Aladdin finit finalement par s’éparpiller. Si les deux tiers du film font l’effet d’une balade nostalgique et agréable, alors que les chansons iconiques accompagnent un récit accessible et familier, la dernière partie du film, pourtant hyper forte dans le dessin animé, tombe à plat à cause des modifications et des incohérences (le plus puissant des sorciers qui n’utilise pas la magie pour récupérer un tapis volant ?), supprimant même des éléments qui faisait le trésor de la version originale (le serpent, les sabliers). Trop concentré sur l’idée de faire briller Jasmine en princesse autonome et indépendante, le film de Guy Ritchie déforme finalement une histoire qui, malgré la caricature, répondait aux codes Disney en offrant émerveillement, tendresse et magie.

Au casting, commençons donc par Will Smith (Suicide Squad, Beauté Cachée, Diversion…) qui s’avère être le cœur du film : l’ancien rappeur utilise son talent pour donner vie à un personnage déjà culte et proposer une version tout aussi géniale que la version animée. C’était un vrai plaisir de le découvrir dans ce rôle, et heureusement qu’il était là. Autour de lui, on découvre Mena Massoud (Jack Ryan…) en Aladdin qui, en dehors de son sourire charmeur, peine à porter son rôle titre, face à une Naomi Scott (Power Rangers, Seul sur Mars…) plus présente et dont les origines indiennes sont discrètement célébrées quand les scènes de danses orientales emprunte des accents bollywoodiens. Nasim Pedrad (New Girl…) est une bonne surprise inattendue, dans le rôle de la servante Dalia qui, malgré un manque de subtilité évident, parvient à faire sourire.
À l’affiche également, Marwan Kenzari (Seven Sisters, La Momie…) aura beau grimacer et plisser les yeux, il ne réussira jamais à incarner un Jafar à la hauteur, tandis que Navid Negahban (Homeland, Horse Soldiers…) interprète un Sultan transparent et loin du patriarche magnanime et attachant, malgré sa lecture initalement sexiste. On retrouve aussi Billy Magnussen (Game Night, Velvet Buzzsaw…), dans un rôle, comment dire, gênant.

En conclusion, si j’ai passé un bon moment devant Aladdin, je déplore tout de même les nombreux changements dans l’histoire qui ont fini par desservir l’ensemble jusqu’à un final décevant dans lequel le héros devient un passager dans sa propre histoire. Heureusement, pour faire face à un Jafar peu réussi, Guy Ritchie peut compter sur une excellente adaptation du Génie, permettant à Aladdin de renouer avec l’allégresse enthousiasmante et familière du dessin animé. C’était pas génial, mais ça se regarde bien. À voir.

PS : pas de David Beckham cette fois ! 🙂

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