[CRITIQUE] Velvet Buzzsaw de Dan Gilroy

Le pitch : Le thriller Velvet Buzzsaw se déroule dans le milieu de l’art contemporain à Los Angeles, où artistes et collectionneurs richissimes sont prêts à débourser des fortunes pour des pièces pouvant rapporter gros.

Le dernier film de Dan Gilroy a connu un succès mitigé en France. Malgré un Oscar et un Golden Globes pour saluer la performance de Denzel Washington, ainsi qu’un parcours honorable outre-atlantique, le film L’Affaire Roman J. (ou originalement Roman J. Israel, Esq.) a connu une sortie plus que discrète et rapidement expédiée, malgré son sujet engagé et toujours actuel. Par conséquent, pour le plus grand nombre, Dan Gilroy est associé à son premier film, Night Call (2015), un thriller fulgurant sur le monde des médias qui dénature l’actualité pour mettre en avant les faits divers sordides et répondre à l’intérêt grandissant du public pour le spectacle macabre. S’il n’a pas réussi à se démarquer aux Oscars à l’époque (normal, vu les mastodontes de taille qui s’affichaient à la sélection, notamment l’immense Birdman), Night Call reste tout de même un film marquant qui cristallise à merveille le lien tactite entre les médias et le public : l’un demandant du spectacle à l’autre qui se démène pour lui en fournir afin de le fidéliser, le tout dans une grosse machine capitaliste et bien malsaine.

Toujours est-il qu’après un potentiel constat sur son parcours, Dan Gilroy est revenu à ses premiers amours que l’on retrouve dans Velvet Buzzsaw, que je décrirai vulgairement comme un Night Call dans le monde de l’art contemporain. Illustrant une industrie confidentielle entretenue par les riches collectionneurs et qui se réfugie dans des contemplations esthétiques pour donner du sens à une activité devenue de plus en plus marketeuse et élitiste, Velvet Buzzsaw présente une galerie de personnages atypiques collant parfaitement à leurs clichés substantiels. D’un critique renommé et snob qui s’enorgueillit de son statut florissant à une conservatrice qui abandonne sa passion pour céder à l’appel du dollar, en passant par un artiste investi et une assistante aux dents longues, le film semblait délivrer un objet digne d’un soap de luxe. Heureusement, l’intrigue prend un virage plus sombre lorsqu’une série de peintures obscures et obsédantes sont découvertes et deviennent le centre de toutes les convoitises.

L’objectif principal est clair : à travers la nouveauté et le caractère unique de ces mystérieux tableaux, le film scrute la tendance à créer et capitaliser sur des effets de mode, attisant jalousie et orgueil sur son passage et validant le degré de réussite via Instagram (ou autre réseau social). Velvet Buzzsaw se nourrit des ambitions personnelles de ses clients, qui ont de moins en moins de rapport avec l’art qu’ils servent ou représentent, tant tout devient une question d’argent, de réputation et parfois de sexe. Utilisant ce noyau hyper restreint et sélect, Dan Gilroy mimique une société actuelle, cupide et orgueilleuse où le succès et la reconnaissance ont plus de valeur que l’art pur (aka notre bonne vieille humanité). L’exploration est intéressante, le film joue sur la curiosité du spectateur en offrant une petite fenêtre espionne sur un monde plutôt fermé, mais ne nous leurrons pas : l’histoire se passerait dans le monde de la finance, tout le monde crierait au déjà-vu. Alors que vaut le film de Dan Gilroy, estampillé film d’horreur sur Netflix ?

Étant habituée au genre horrifique et ayant écumé les films présents (et anecdotiques) sur la plateforme, je n’ai pas été étonnée (ni déçue) de voir que Velvet Buzzsaw n’avait rien de flippant. Néanmoins, contrairement à ce qu’on peut trouver sur Netflix, le film de Dan Gilroy est surtout un objet plus abouti dans sa forme. L’intrigue et le sujet sont attractifs, l’évolution du scénario est maîtrisé, imprégnant une dimension de plus en plus noire alors que les personnages tombent comme des mouches. Visuellement, j’ai aimé l’ambition graphique du film qui s’inspirent de ses décors entre art moderne et prises de vue à la lecture trouble, les jeux de couleurs ainsi que l’effets animés sur les peintures. Si le mystère reste plus ou moins entier, le spectateur reste libre de former ses hypothèses sur le caractère maléfique des tableaux… ou de ceux qui veulent en profiter. Cependant, Dan Gilroy offre une version allégée de ce qu’il a déjà été capable de faire auparavant, misant plus sur ses effets de mises en scène que sur la décomposition psychologique de ses personnages qui sombrent de plus en plus. D’ailleurs, ces derniers restent cantonnés dans leurs caricatures et n’évoluent pas vraiment avec l’histoire, tandis que parfois les premiers rôles glissent en seconde place (et vice versa) sans que l’on comprenne véritablement leurs impacts. Du coup, certains payent cher leur participation à la découverte des tableaux, sans que l’on comprenne vraiment pourquoi.
Je pense que pour que l’effet horrifique fonctionne, il aurait fallu creuser un peu plus l’écriture des personnages, le secret derrière les tableaux (en donnant éventuellement une réponse, soyons fous) et surtout accentuer la folie ambiante, tout en osant être plus explicite. Malgré sa diffusion sur la plateforme Netflix, Velvet Buzzsaw s’avère bien trop propre sur lui pour fonctionner, alors qu’il y avait tous les ingrédients nécessaires pour créer un thriller terrifiant et psychologique.

Au casting, le réalisateur retrouve Jake Gyllenhaal (Les Frères Sisters, Stronger, Life : Origine Inconnue…) qui semble bien s’amuser avec ce look qu’il aurait lui-même choisi, cependant son personnage – comme les autres – reste uniforme et ne parvient pas à agir comme le baromètre émotionnel et observateur lié au spectateur qu’il était sensé être. Autour de lui, on retrouve Rene Russo (Le Nouveau StagiaireNight Call, Thor…) et Toni Collette (Wanderlust, Hérédité, xXx Reactivated…), élégantes et complémentaires : l’une consciente que le monde de l’art à changer et l’autre en pleine mutation, tandis que Zawe Ashton (Fresh Meat…) tente de jouer dans la cour des grands mais irrite avec son interprétation fadasse qui s’écoute parler au lieu de jouer.
Au second plan, on retrouve des visages plus ou moins connus : Tom Sturridge (Mary Shelley…), Natalia Dyer (Stranger Things…), un Billy Magnussen (Game Night…) étonnant malgré un passage trop bref et Daveed Diggs que j’ai découvert dans l’excellent Blindspotting. On notera évidemment la présence de John Malkovich (Billions, Conspiracy…) qui cabotine sobrement dans l’ensemble, sans véritablement y prendre part.

En conclusion, Dan Gilroy tente de reproduire l’effet Night Call dans une structure différente (pour ne pas dire presque opposée) mais aux ambitions très similaires. Le casting est impressionnant, la forme est alléchante mais le fond est discutable. Si j’ai passé un bon moment devant Velvet Buzzsaw, je l’ai quand même trouvé assez convenu et peu risqué. Dommage, surtout quand on sait que le fait de sortir sur Netflix offre plus de liberté, le film aurait pu être bien plus graphique, dark et surtout explicite pour fonctionner et surtout convaincre ceux qui s’attendaient à un thriller aux pendants horrifiques. À tenter.

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