[CRITIQUE] Child’s Play : La Poupée du Mal, de Lars Klevberg

Chucky reprend du service pour réclamer son trône face à la franchise Annabelle. Éparpillé et grossièrement fabriqué, Child’s Play – La Poupée du Mal se goinfre à tous les râteliers, oscillant entre le nanar simili-horrifique et gore à outrance pour amuser la galerie. Le film de Lars Klevberg n’a qu’une bonne idée mais ne l’explorera que dans les dernières minutes du film. Entre-temps, il faudra composer avec un trop-plein de bêtises, des jumpscares très sonores et une laideur générale qui annihilent les rares tentatives originales. Pénible.

Le pitch : Karen, une mère célibataire, offre à son fils Andy une poupée, ignorant tout de sa nature sanguinaire et violente.

Il y a toujours un détail qui me laisse perplexe dans les films avec des poupées maléfiques, qu’il s’agisse de Chucky ou encore d’Annabelle, c’est que l’industrie du cinéma puisse imaginer des parents suffisamment perchés pour acheter une poupée à l’apparence aussi flippante à un enfant. Mais bon, admettons.
30 ans après le premier film de la série Chucky, Jeu d’Enfant (1988) de Tom Holland (non, pas celui qui incarne Spider-Man), la franchise s’offre un remoot (remake/reboot) des familles juste avant la sortie du troisième volet du spin-off Annabelle 3 – La Maison du Mal. En une phrase, je viens de résumer l’absence d’imagination quasi-pathologique du cinéma d’horreur aujourd’hui et ce nouveau Chucky, intitulé Child’s Play : La Poupée du Mal représente bien cet état des lieux à la fois malin et pourtant piètrement exécuté, ampoulé par des soubresauts mixant le gore, la punchline sortie de nulle-part et la maladresse gênante.

Malin car le film de Lars Klevberg cherche à réinventer la franchise en évitant d’épuiser le concept de la possession maléfique pour jouer de la métaphore avec notre société ultra-connectée. En effet, plus qu’un simple jouet, la poupée Buddy (Chucky, donc) devient un objet connecté, permettant aussi bien de gérer sa maisonnée (chauffage, télévision… drone ?…) que le quotidien en servant de pense-bêtes, porte-clés et tout ce qui a bien pu passer par la tête du scénariste. Cette idée finalement bien vue a le mérite de créer la surprise puisque l’introduction – exempte de magie noire donc – devient finalement plus plausible, rappelant presque les prédictions de films comme Terminator ou encore I, Robot, alors que les objets ou robots se dressent contre les humains.
Mais n’espérez pas voir la réflexion aller plus loin : Child’s Play : La Poupée du Mal installe certes ce point de départ astucieux et original, mais finit rapidement par virer au cauchemar… et pas dans le meilleur sens du terme.

La saga Chucky a toujours eu, selon moi, le cul entre deux chaises avec ses airs de comédies horrifiques à tendance slasher qui ont bien mal vieilli, appuyé par le fait que la notion de « poupée maléfique » a quelque chose de comique (sauf dans The Tommyknockers). Avec son apparence grotesque et une voix nasillarde, Chucky fait plus l’effet d’une collection de nanars surestimés à laquelle je n’ai jamais accroché et qui semble trouver sa gloire dans les souvenirs des enfants terrorisés que nous avons pu être à l’époque.
Cette nouvelle version proposée par Lars Klevberg repose totalement sur les codes des premiers films et c’est ce qui m’a empêché de réellement entrer dedans. Au lieu de moderniser la poupée, quitte à totalement opter pour du numérique, le film choisit de conserver un coté artisanal à travers le visage aux mimiques grotesques de Chucky et ses mouvements de pantin articulée, tandis que la famille composée de personnages accessoires créent d’emblée un tableau complètement factice qui rend l’ensemble peu crédible. Child’s Play : La Poupée du Mal fonce dans le tas et épaissit le trait par couches méticuleuses, mais surtout peu subtiles : si dans le film original, l’aspect maléfique de la poupée était compréhensible, ici j’ai eu du mal à faire le lien entre le dérèglement programmé de Chucky et ses agissements pour le moins radicaux. Le meurtre sordide devient la réponse immédiate à toutes les encombres sur le chemin de la poupée, et même si l’introduction explique le pourquoi du comment, cela reste tout de même assez expéditif comme logique et surtout bien trop précipité pour fonctionner. Mises à mort théâtrales, grimaces à tout va et regards luisants, Child’s Play : La Poupée du Mal cherche bien plus à amuser la galerie grâce au comique glauque de situation qu’à créer un véritable objet frissonnant. D’ailleurs, l’importance des personnages enfants, histoire de bien valider l’appel du pied aux histoires de Stephen King, donne l’impression d’avoir affaire à un divertissement pour Halloween, perdant ainsi l’ambition satirique originale pourtant initiée au début du film pour pouvoir placer ses scènes macabres (tiens, les enfants rient devant un film gore, hop Chucky apprend et comprend qu’il faut aller chercher un couteau pour en trucider un…)

En effet, le premier Chucky de 1988 se moquait surtout de l’industrie du jouet aux US qui faisait le forcing pour que leurs marchandises apparaissent dans tous les foyers. Si le début du film de Lars Klevberg  tente le même effet en singeant notre société ultra-connectée grâce à Google et autre Alexa, cette idée judicieuse est rapidement abandonnée pour une surenchère inintéressante de scènes macabres et d’expositions pour que les spectateurs du fond de la salle ne soient perdus en cours de route. Rien ne fonctionne dans cette ensemble foutraque et ringard qui se traine jusqu’à un climax qui n’a ni queue ni tête (un lancement commercial en pleine nuit, Chucky qui se la joue Skynet – d’où vient cette super intelligence artificielle ? mystère – et des idées projetées à l’aveugle…).

Si Chucky a trente ans, Child’s Play : La Poupée du Mal en profite bien mais le vit très mal. Des Goonies à Ça (film original ou le remake), le film cherche à attirer un public jeune (???) à travers des personnages insérés à la truelle dans l’intrigue pour pouvoir créer un groupe de super copains luttant contre le mal. Le pompage Les références sont visibles (et honteuse) à des kilomètres, tant les humains sont instrumentalisés à outrance pour mieux se plier à une volonté de trucider à tout va, quitte à réinventer la définition du mot « incohérence ». Tellement focalisé sur le show de la poupée maudite, le film oublie totalement de proposer une histoire un minima solide, truffe son récit d’absurdités sans nom (laissons Tupac tranquille, merci) pour pouvoir bâcler le travail. Les rares bonnes idées sont rapidement annihilés par une réalisation grossière et un traitement narratif hasardeux, si bien qu’à la fin je ne savais plus si j’avais envie d’en finir avec le film ou avec la vie en elle-même. Douloureux.

Au casting, on ne peut décemment pas en vouloir aux enfants qui cherchent à percer dans le cinéma : Gabriel Bateman (Dans Le Noir…) fait de son mieux et s’en sort plutôt bien dans son rôle principal, tandis que ses acolytes forcés, incarnés par Beatrice Kitsos (L’Exorciste…) et Ty Consiglio (Wonder…), arrivent tout de même à participer aux rares efforts du films. Coté adultes, si l’important de gagner sa croûte est compréhensibles, c’est tout de même difficile de voir Aubrey Plaza (Instalife, Dirty Papy, Legion…) en démission progressive pendant le film. Autour d’elle, Brian Tyree Henry (Les Veuves, Spider-Man : New Generation…) tente de nous faire croire qu’il est le seul flic, Carlease Burke (The Middle, Ballers…) offre quelques soubresauts bienvenues dans cet encéphalogramme généralement plat, tandis que David Lewis campe le rôle d’un vilain pas beau que l’on ne regrettera pas beaucoup.

En conclusion, si je n’ai jamais été une grande fan de Chucky, ce reboot de la saga ne me réconciliera définitivement pas avec cette poupée malfaisante. Grossier, brouillon et idiot, Child’s Play : La Poupée du Mal aurait mieux fait de rester au fond d’un tiroir. À éviter.

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