[CRITIQUE] Les Apparences, de Marc Fitoussi

Le pitch : Vienne, ses palais impériaux, son Danube bleu et… sa microscopique communauté française. Jeune couple en vue, Ève et Henri, parents d’un petit Malo, ont tout pour être heureux. Lui est le chef d’orchestre de l’Opéra, elle travaille à l’Institut français. Une vie apparemment sans fausse note, jusqu’au jour où Henri succombe au charme de l’institutrice de leur fils.

Réalisé par Marc Fitoussi (adapté du roman Trahie de Karin Alvtegen)
En salles le 23 septembre 2020
Avec Karin Viard, Benjamin Biolay, Lucas Englander, Pascale Arbillot…

Après avoir participé à la réalisation d’un segment du film Selfie, Marc Fitoussi revient en solo quatre ans après Maman A Tort en adaptant le roman suédois de Karin Alvtegen, Trahie, renommé Les Apparences. Un choix de titre un peu couillu quand on sait qu’un certain roman au même titre, Les Apparences, a connu un certain succès littéraire avant d’être adapté par David Fincher en 2014 sous le nom de Gone Girl. Ce n’est pas une coïncidence évidemment, car le film de Marc Fitoussi parle également d’une femme qui se découvrira trahie par son mari, cependant, le suite de l’histoire diffère radicalement. Si l’Amazing Amy de Gone Girl a tenté d’incriminer son mari dans son propre meurtre, dans le film Les Apparences, le personnage porté par Karin Viard fera tout pour sauver son couple.

Cocooné dans un cadre ultra bourgeois, aseptisé et lisse, le film de Marc Fitoussi dessine le portrait de couples d’expatriés français installés en Autriche, évoluant visiblement dans un milieu privilégié entre brushings impeccables et domestiques serviles. Si Les Apparences n’innove pas dans son postulat, c’est la suite du récit qui va dynamiser un ensemble un poil trop plat. Le personnage central intéresse à travers sa volonté de détruire sa rivale tout en préservant sa réputation, tandis que le cadre social revient régulièrement à la charge pour resituer les enjeux qui sont finalement bien plus superficiels que la survie du couple.
La préservation de l’image du couple est au centre, alors que le voile se lève sur les affres d’une maîtresse d’école un peu trop « familière » (encore une autre), mais c’est surtout une seconde intrigue qui va bientôt envenimer les choses. Un imprévu que, pour ma part, je n’ai pas trouvé nécessaire jusqu’aux derniers moments du film, d’ailleurs, mais qui permet d’étoffer un peu le récit et de le sortir de son train-train ronronnant.
Car en effet, si le film tourne autour d’une héroïne trahie, Les Apparences tourne très vite à vide et, en dehors de m’avoir fait grincer devant les « problèmes de riches » étalés dans l’intrigue, s’avère peu enthousiasmant. Le fait est que seul le personnage principal insuffle un semblant de vie à l’ensemble, car il ne faudra pas compter sur le reste du cast pour égayer la trame. Le ton est morose, sans faste et parfois sans saveur, alors que Marc Fitoussi s’enfonce dans une ambiance monotone. Bref ça manque un peu de piquant tout ça et c’est dommage, car sur le papier, Les Apparences s’avérait aussi classique qu’alléchant, tandis que l’entrée en matière avec ces actrices aux looks similaires (cf. le brushing impeccable cité plus haut) comme pour signaler un univers uniforme et rodé par ses propres codes, laisser présager une explosion imminente de la surface. Malheureusement, le réalisateur a préféré se réfugier dans un excès de sobriété sans surprise qui annihile toute tension espérée et le film s’effiloche vers une conclusion au montage souvent bâclé, sans jamais bousculer ces fameux codes préconçus.

Au casting, je le disais : Karin Viard (Chanson Douce, Voyez Comme On Danse, Jalouse…) est comme souvent souveraine dans ce type de rôle qu’elle porte à merveille. Dommage que face à elle, Benjamin Biolay (Chambre 212, Numéro Une, Irréprochable…) face à peine d’effort et ne se départit jamais de son air mi-blasé, mi-éteint qui donne une perception monocorde de son personnage – ce qui finit par être lassant. Autour d’eux, Lucas Englander (The Witcher…) fait l’effet d’une pièce rapportée qui a bien du mal à trouver sa place dans l’ensemble, Laetitia Dosch (Gaspard Va Au Mariage…) n’a pas le rôle le plus appréciable du film, tandis que Pascale Arbillot (J’irai Où Tu Iras…) parvient parfois à tirer son épingle du jeu en jouant la bourgeoise caricaturale. Xavier de Guillebon (Corporate…) et Evelyne Buyle (Le Retour du Héros…) sont également de la partie.

En conclusion, Marc Fitoussi opte pour un récit classique et prévisible, certes joliment porté par Karin Viard, mais qui manque cruellement de vie et qui finit par s’enliser dans une intrigue monotone, prévisible et sans saveur. Il en faudra bien plus pour sauver Les Apparences. À tenter.

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