[CRITIQUE] Promising Young Woman, de Emerald Fennell

Le pitch : Tout le monde s’entendait pour dire que Cassie était une jeune femme pleine d’avenir…jusqu’à ce qu’un événement inattendu ne vienne tout bouleverser. Mais rien dans la vie de Cassie n’est en fait conforme aux apparences : elle est aussi intelligente que rusée, séduisante que calculatrice et mène une double vie dès la nuit tombée. Au cours de cette aventure passionnante, une rencontre inattendue va donner l’opportunité à Cassie de racheter les erreurs de son passé.

Si beaucoup de sorties en salles sont en stand-by, le cinéma continue d’exister, notamment outre-atlantique, mais aussi en VOD. Espérons que Promising Young Woman, présenté au festival de Sundance en janvier 2020, trouve son chemin auprès du public français car nous avons là un petit bijou noir et exquis qu’il serait dommage de rater. Au départ je pensais avoir affaire à un revival de Hard Candy 2.0 à la sauce #metoo, mais Promising Young Women s’avère bien plus affûté et complet que ça, moins sanglant qu’un Revenge, mais tout aussi jouissif.
Déjà nommé aux Golden Globes 2021, le premier film de Emerald Fennell (vue dans The Crown…) surfe sur la « tendance » dénonciatrice des prédateurs sexuels avec un angle inédit. Mais au-delà de faire du réchauffé, Promising Young Woman offre surtout un point de vue intéressant alors que le film creuse les racines d’un malaise sociétal, cherchant à mettre à nue le « pourquoi du comment » ces hommes restent souvent impunis… Et la réponse fait mal.

Promising Young Woman installe son postulat de manière attendue en présentant son héroïne comme une proie facile avant d’inverser la vapeur. Mais il ne s’agit que du point de départ qui balise des lieux malheureusement commun autour de la toxicité masculine. Là où le film devient malin c’est quand il creuse la mission de son héroïne à travers le drame passé qui la hante et la vie qu’elle mène entre parenthèses. Alors que le film d’Emerald Fennell semble prévisible, l’histoire prend un tournant jubilatoire ravivant un désir de vengeance qui semblait s’être apaisé pour en faire le point central et incontournable du film.

En dénonçant l’évidence, Promising Young Woman refuse de faire l’impasse sur des vérités dérangeantes : derrière le slutshaming se tapie l’absence de solidarité entre femmes, là où les hommes semblent se soutenir envers et contre tout. Avec ces allures de Kill Bill, le coté sanglant en moins, le film traque les coupables et pointe du doigt la complicité de certaines femmes qui jouent le jeu, consciemment ou non, d’une société patriarcale prompte au jugement et à la condamnation de l’attitude d’une femme lorsqu’elle sort du rang. Ainsi le prédateur sera plus facilement pardonner si sa victime a eu un nombre jugé trop élevé de partenaires ou si elle a trop bu lors d’une soirée. Promising Young Woman dissèque le sentiment de toute puissance et d’impunité masculine au point qu’elle en devient étouffante, donnant toutefois au film l’empathie nécessaire et fébrile de voir le dénouement.

Si le film est girly, c’est loin d’être péjoratif… au contraire. Réalisé par une femme, Emerald Fennell, produit en partie par la société de production portée par Margot Robbie et incarné par une héroïne inflexible qui utilise sa féminité comme une arme, le film souligne ses intentions à travers des clins d’œil savoureux qui se cachent dans la bande-originale 100% pop et féminine… qui pourrait faire tiquer de prime abord.
En effet, entre une reprise de « It’s Raining Men », la chanson « 2 become 1 » des Spice Girls, une reprise au violon de « Toxic » de Britney Spears, en passant par « Stars are blind » de Paris Hilton à son époque très publique, la musique a de quoi étonner. Et pourtant les chansons n’arrivent jamais à un moment anodin malgré une rythmique légère, tant Promising Young Women aime provoquer la notion du « girl power » qui finalement s’asservit au fantasme masculin (Spice Girls) ou, au contraire, en mettant en avant un fantasme masculin qui utilise son image discutable pour finalement mener un business de main de maître (Paris Hilton). Au final, si le choix de la chanson semble incongru, le parallèle avec la scène qui se déroule rend l’ensemble plus percutant et bien plus fin qu’il n’y parait.

Et dans la lignée de ces choix musicaux, il y aussi le casting qui est d’une double lecture habile : autour de l’excellente Carey Mulligan, on retrouve notamment Laverne Cox (Orange Is The New Black…) – une actrice transgenre et activiste au sein de la communauté LGBTQ+, Jennifer Coolidge (2 Broke Girls…) qui, mine de rien, a été la première à illustrer le terme de MILF dans les films American Pie (1999) puisqu’il y s’agit de la fameuse sexy maman de Stifler, donc retrouver dans ce film une des incarnations de l’objectification au cinéma à travers le male gaze ne peut pas être un accident !
Mais revenons en au casting en lui-même : Carey Mulligan (Wildlife, Loin de la Foule Déchaînée, Shame…) porte le film, offrant comme toujours le juste dosage entre la douceur, la force et, ici, une petite dose de sadisme qui épice l’ensemble. Autour d’elle, en plus des actrices sus-citées, on retrouve également Alison Brie (The Rental, Pentagon Paper, GLOW…) et Connie Britton (Scandale, Dirty John…), parfaites dans des rôles peu évidents qui asseyent les rôles que peuvent avoir les femmes dans ce genre de drame. Autour d’elles, il y a aussi quelques hommes : Bo Burnham (Pire Soirée…), Chris Lowell (Katie Says Goodbye…) et Adam Brody (Wedding Nightmare…) portent chacun une variante sensible du prédateur, tandis que Max Greenfield (New Girl…) et Christopher Mintz-Plasse (The Disaster Artist…) s’offrent un petit passage caméoesque sympathique.

En conclusion, sous ses airs de comédies noires, Promising Young Woman signe un thriller vengeur jubilatoire, fracassant la culture du viol dans toutes ses formes à travers un film intelligent, savoureux et percutant. Savoureux oui, mais qui laisse tout de même un goût amer devant le constat bien trop réel de des (trop) témoins silencieux qui valident sans le vouloir les agissements des prédateurs sexuels, entérinant ainsi la culture du viol et la croyance qu’une victime est, quelque part, responsable de ce qui lui est arrivé (C’EST FAUX).
Le film d’Emerald Fennell devait sortir en 2020 en France, puis en février 2021, mais vu la situation sanitaire, la date de sortie est indéfinie à ce jour. Dans tous les cas, j’espère qu’il trouvera son chemin sur les écrans français, car il en vaut largement le détour. À voir absolument.

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