[COUP DE CŒUR] Katie Says Goodbye, de Wayne Roberts

Tranche de vie solaire et poignante, Katie Says Goodbye est d’une beauté bouleversante, entre naïveté et espoirs mis à mal, à travers le parcours d’une jeune femme à l’optimisme aveugle qui se confronte brutalement à une réalité brutale et injuste. Le film de Wayne Roberts touche en plein cœur, par sa sincérité qui évite brillamment le pathos pour offrir de belles émotions, et par son ambiance ensoleillée qui dessine une Amérique loin des cartes postales et douloureusement humaine. La révélation du film c’est surtout Olivia Cooke, qui livre une performance superbe, donnant à son personnage une douceur inattendue et incroyablement attachante. Un véritable moment d’émotions à l’intensité juste et conquérante, à découvrir absolument. 

Le pitch : Katie, jeune femme du sud ouest américain rêve d’une nouvelle vie à San Francisco. Elle vit ses premiers amours et se révèle d’une honnêteté désarmante. Son empathie compulsive envers les autres fait d’elle une proie facile. Sa ténacité et sa jeunesse seront mis à l’épreuve par ceux qu’elle aime le plus au monde

Depuis que je tiens ce blog (maintenant six ans), j’ai remarqué une chose : les films vont le plus me toucher et marquer mon année cinéphile sont généralement en salles (ou vus) entre mars et mai. Stoker, States Of Grace ou encore le récent Mademoiselle en sont les témoins (ayant vu le dernier film mentionné peu de temps après sa présentation au Festival de Cannes 2016). Nous ne sommes qu’en avril mais je peux déjà vous dire que Katie Says Goodbye fait partie de ces bijoux à l’état brut qui restent en mémoire aussi bien grâce à justesse de leur récit que la performance des acteurs. Pour son (excellent) premier, Wayne Roberts propose l’histoire d’une jeune femme lambda – bien qu’avec un cœur (en or) sur la main, serveuse dans un bled anonyme du sud-ouest américain, qui rêve d’un nouveau départ pour San Francisco. La première chose qui saute aux yeux et séduit d’emblée, c’est le caractère ensoleillé du film associé au sourire rêveur de la jeune femme. Bercé par un optimisme juvénile, presque inébranlable et naïf, Katie Says Goodbye dresse un décor simple et accessible, à travers des situations limpides dont la clarté semble déjà dessiner un trouble qui ne va faire que croître dès lors que le film révèle la double vie de son héroïne.

Derrière la tragédie en filigrane, Wayne Roberts narre surtout un espoir : l’espoir d’une vie meilleure, l’espoir d’un amour sincère et tous ses rêves qui semblent à la fois à portée de main et pourtant encore loin. Focalisé sur son personnage central au doux sourire, Katie Says Goodbye allie fragilité et bravoure alors que les désillusions, déceptions et autres trahisons s’amoncellent sur son chemin, détruisant peu à peu son univers. L’histoire devient de plus en plus intime au fur et à mesure que le récit connecte chaque personnage, formant une cellule presque familiale, aussi dysfonctionnelle que cruelle. Une dimension plus prenante s’installe alors que les relations plus ou moins solides vacillent et que les dangers latents se confirment.
Là où d’autres auraient cédé au pathos pour faire pleurer dans les chaumières ou rendu le personnage trop niais, Wayne Roberts préfère sublimer la pureté de son héroïne, soulignant son sens moral malgré son comportement parfois très paradoxal. La fragilité apparente devient une force, le décor ensoleillé renferme des horreurs et des non-dits sordides, tandis que les sourires forcés permettent de masquer une souffrance dévorante aussi bien physique que psychologique. Katie Says Goodbye détonne par ses accents brutaux, parfois même difficiles à regarder, car le film ne camoufle rien et livre avec une franchise déroutante la violence fulgurante et viscérale d’un monde qui implose.
Wayne Roberts nous fait tomber amoureux de son personnage confiant et serein, rendant ses choix compréhensibles même si déroutants. Ainsi, l’histoire parvient à trouver le juste équilibre entre la bienveillance romantique et presque maladive de son héroïne pour mieux transposer la vraie nature de son entourage, entre égoïsme, désir et véritable soutien. Simple, humain et bouleversant, Katie Says Goodbye est une véritable merveille, sensible et douloureuse en même temps, qui navigue entre la tragédie ordinaire et la résilience extraordinaire.

Il faut aussi dire que j’ai eu un énorme coup de cœur pour l’actrice principale, Olivia Cooke (Ready Player One, Ouija, Bates Motel…), qui illumine un personnage à la fragilité mesurée et aux sourires multiples. Sa performance est incroyable, solaire et extraordinaire, ce qui donne au film ce coté à la fois enchanteur et mélancolique qui nous piège dans une descente aux enfers inexorable. À ses cotés, Christopher Abbott (It Comes At Night, Girls, The Sinner…) fascine avec son regard noir et un personnage imprévisible, Mireille Enos (The Catch, Si Je Reste, World War Z…) conquiert en mère instable, tandis que Mary Steenburgen (Last Vegas, Orange Is The New Black…) se révèle absolument touchante. On retrouve également quelques autres visages connus, comme James Belushi (Wonder Wheel, The Defenders…) en papa ours (héhé), Chris Lowell (GLOW, La Couleur des Sentiments…) et Keir Gilchrist (It Follows, Atypical…), ainsi que Natasha Bassett (Ave, César!…).

En conclusion, Katie Says Goodbye est un drame formidable, humain et tragique, qui m’a profondément touchée par sa beauté solaire aux dessous d’une noirceur éprouvante et parfois insoutenable. Wayne Roberts narre un destin fragile, porté par la force insoupçonnée d’une héroïne bousculée entre ses rêves ordinaires et une réalité douloureusement cruelle. Si Katie Says Goodbye a des airs de parcours initiatique dans la souffrance, il est sublimée par une Olivia Cooke au sourire et à la sincérité désarmants. À voir absolument.

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