Animation

[CRITIQUE] Encanto : La Fantastique Famille Madrigal, de Byron Howard, Jared Bush et Charise Castro Smith

Le pitch : Dans un mystérieux endroit niché au cœur des montagnes de Colombie, la fantastique famille Madrigal habite une maison enchantée dans une cité pleine de vie, un endroit merveilleux appelé Encanto. L’Encanto a doté chacun des enfants de la famille d’une faculté magique allant d’une force surhumaine au pouvoir de guérison. Seule Mirabel n’a reçu aucun don particulier. Mais lorsque la magie de l’Encanto se trouve menacée, la seule enfant ordinaire de cette famille extraordinaire va peut-être se révéler leur unique espoir…

4 ans après l’époustouflant Coco, les studios Disney revisitent l’Amérique du Sud, et plus précisément la Colombie, pour proposer leur nouveau film de fin d’année : Encanto : La Fantastique Famille Madrigal. Le film est réalisé par Byron Howard (co-réalisateur de Raiponce et Zootopie…) et Jared Bush (co-scénariste de Vaiana et co-réalisateur de Zootopie…), ainsi que par une nouvelle venue dans le giron Disney, Charise Castro Smith (scénariste sur The Haunting of Hill House…). Qui dit film d’animation Disney, dit également musique et chanson, et c’est Lin-Manuel Miranda qui a été choisi, grâce à son travail de compositeur pour la comédie musicale Hamilton, mais également pour Vaiana et prochainement pour La Petite Sirène de Rob Marshall (prévu en 2023). Autant dire que le film Encanto (pour faire court) part avec de bons atouts qui vont rendre ce film aussi chaleureux et rayonnant que véritablement touchant.

En effet, à travers cette famille colombienne vit un miracle qui rend chaque personnage spécial, porteur d’un pouvoir particulier (super-force, métamorphose, guérison, etc…). Tous, sauf l’héroïne Mirabel qui vit dans l’ombre de sa super-famille chapeautée par une grand-mère à poigne. À travers son bon tempérament et son amour débordant pour ses proches, notre héroïne tente de garder la tête haute, mais quand une menace pointe à l’horizon, toutes ses croyances vont flancher.
Derrière un film d’animation douillet et coloré, les studios Disney explorent le sens de la famille, comme souvent. Mais avec Encanto, le film creuse un peu plus le sujet grâce à son héroïne mise à part à cause de son absence de don. Entre sa soif d’appartenance et un sentiment d’exclusion diffus, le personnage de Mirabel est le baromètre émotionnel de l’histoire et la clé pour déverrouiller les non-dits qui pèsent sur chaque membre de cette incroyable famille. Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités, comme dirait l’autre, surtout quand tout ce beau monde s’agite pour la survie et le bien-être de tout un village, sous le regard imposant d’une matriarche implacable, grand-mère (abuela) Alma Madrigal.

Encanto nous embarque sans effort dans son monde ensoleillé et souriant, au milieu de cette famille rocambolesque. Etonnamment, l’élément principal de l’intrigue met du temps à se révéler mais en y regardant de plus près, le film étale la vraie problématique sous nos yeux depuis le début. Et si finalement le fait d’avoir un don particulier était un fardeau ? Et si le fait que tout un village soit dépendant de ces dons étaient était une source de stress ? À l’instar de Mulan à l’époque qui parlait de l’honneur de la famille et son besoin quasi-obsessionnel de protéger la dignité de son père, Encanto aborde une thématique similaire sans la connotation traditionnelle. Du coup, cela rend le message plus accessible alors que les personnages se libèrent peu à peu de la pression qu’ils s’imposent et le personnage de Mirabel trouve finalement sa place.

Malgré ses bonnes intentions et son ambiance vitaminée, Encanto a tout de même tendance à rester superficiel, misant bien plus sur ses chansons et sa profusion de personnage, que sur son message essentiel. Du coup, le film se réfugie dans une ambiance lisse, qui aurait mérité d’être un peu plus creusée, voire un peu plus assumée quand il s’agit de pointer du doigt le ou la vrai(e) responsable des problèmes de la famille Madrigal. Les studios Disney refusent la part d’ombre de ses protagonistes alors que le portrait familial se fragilise, ce qui ne dessert pas complètement le film mais rend difficile de mettre les bons mots sur ces non-dits toujours présents à la fin du récit.

Si l’ensemble n’est pas aussi émouvant, profond et enchanteur que Coco, le film du trio Howard, Bush et Smith une aventure visuelle et musicale qui, comme le titre l’indique, est enchanteur. Dès les premières minutes, la famille Madrigal, guidée par la voix de Mirabel, nous immerge à travers des chansons fédératrices aux sonorités latines. La bande-originale est moderne, combinant à merveille le style Disney aux influences colombiennes, parfois même avec une pointe de reggaeton. La chanson « We Don’t Talk About Bruno » est certainement la plus réussie du film. Cependant, j’ai vu le film en VO sous-titrée et je me demande si les paroles de certaines chansons étaient suffisamment claires et compréhensibles pour les anglophones tant la musique prend parfois le dessus.

Visuellement, les couleurs sont incroyables : la luminosité et les textures sont superbes. Encanto fait l’effet d’un rayon de soleil et pendant l’espace du film, on oubliera presque la grisaille de l’hiver. L’esthétique ressemble à un mariage improbable mais plaisant entre Coco et l’univers chargé de la marque Desigual, tandis que les personnages semblent tout droits sortis de l’univers de Raiponce, et que certains gimmicks semblent déjà vus. Autant de détails qui ternissent un peu la beauté du film. Cependant, les studios Disney visent juste avec un film d’animation sublime, avec un thème familier. De l’obligation d’être parfait(e), fort(e) ou encore de prendre soin des autres, Encanto explore cette pression familiale qui s’impose à travers le regard exigeant (conscient ou non) que les (grands-)parents peuvent poser sur leurs enfants ou descendances, surtout quand ladite famille a dû migrer loin de ses racines. Du coup, on peut facilement se reconnaître dans cette famille Madrigal haute en couleurs et en personnalités, dont la diversité est encore plus rafraichissante.

Au casting vocal, j’ai vu le film en VO et ai reconnu la voix de Stephanie Beatriz (Brooklyn Nine-Nine, Modern Family, La Grande Aventure Lego 2…) dans le rôle de Mirabel et celle de John Leguizamo (Mon Etoile Solaire, John Wick 2…) qui interprète Bruno. Autour d’eux, on retrouve Diane Guerrero (Doom Patrol, Orange Is The New Black…), Jessica Darrow et Maria Cecilia Botero, tandis que le jeune Rhenzy Feliz (Marvel’s The Runaways…) donne vie à un Camilo tout simplement attachant.

En conclusion, comme toujours, les studios Disney illuminent et font chanter les salles de cinéma en fin d’années. Loin d’être aussi impactant que Coco, ni aussi entêtant que La Reine Des Neiges, Encanto : La Fantastique Famille Madrigal reste néanmoins une aventure ensoleillée et enthousiasmante, qui vise souvent juste malgré un ensemble un chouilla superficiel. À voir !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s