Thriller

[CRITIQUE] Firestarter, de Keith Thomas

Le pitch : Depuis plus de dix ans, Andy et Vicky sont constamment entre deux déménagements pour échapper à une agence fédérale obscure qui cherche à capturer leur fille Charlie. En effet, celle-ci dispose d’une faculté extraordinaire de pyrokinésie dont l’agence aimerait se servir pour créer une arme de destruction massive… Andy a appris à sa fille à maîtriser sa colère ou sa douleur qui déclenchent son pouvoir. Mais Charlie a désormais 11 ans et elle a de plus en plus de mal à maîtriser ses émotions – et donc le déclenchement du feu. Lorsque l’agence découvre le lieu où elle et ses parents séjournent, un mystérieux agent est envoyé en mission pour traquer la famille et s’emparer de Charlie. Mais la jeune fille ne compte pas se laisser faire…

Après un premier film, The Vigil, remarqué dans les festivals fantastiques dont Gérardmer en 2020, Keith Thomas a rapidement annoncé qu’il travaillait sur l’adaptation du roman de Stephen King, Charlie. Publié en 1980, le roman Charlie (Firestarter en VO) a déjà été adapté deux fois : un film avec Drew Barrymore dans le rôle titre réalisé par Mark L. Lester en 1984 et un téléfilm obscure réalisé en 2002 par Robert Iscove. Pour ma part, j’ai lu Charlie il y a un bon moment et il fait parti des livres « en C » que j’aime de Stephen King (Charlie, Christine, Cujo, Carrie, Ça…), mais j’ai toujours trouvé que l’histoire de ce laboratoire sans nom qui traque un père et sa fille aux pouvoirs pyrokinésiques était difficile à rendre attrayante puisque la majeure partie de l’histoire se passe en captivité. De plus, quand on mentionne une héroïne de Stephen King avec des pouvoirs surnaturels qui finit par buter tout le monde à la fin dans un excès de colère, difficile de ne pas penser à Carrie qui, en plus d’avoir une histoire bien plus accessible, existe en film depuis 1976 (Carrie au Bal du Diable réalisé par Brian de Palma).
Ajoutons à cela aujourd’hui, le succès de la série Stranger Things dont le personnage principal, Eleven, est ouvertement inspiré par Charlie, autant dire que cette nouvelle adaptation du roman de Stephen King arrive un peu sur le tard. Perso, j’attends toujours une nouvelle version de The Tommyknockers actualisée, mais bon… je m’égare.

Tout cela pour dire que si je m’attendais à un film moyen, j’en ai malheureusement eu pour mon argent. Dès les premières minutes, le film de Keith Thomas expédie l’histoire des parents (deux étudiants qui ont participé à des tests médicamenteux pour gagner quelques sous avant de développer des pouvoirs) pour se focaliser sur une enfant boudeuse et colérique. Entre l’absence de maîtrise des pouvoirs et la nervosité presque anale de ses parents, Firestarter cherche le sensationnel à travers quelques petits chocs explosifs et mouvements de fumée pour faire monter la tension. Cependant, le récit s’étale avec lenteur, cherchant à transmettre une tension inexistante qui ne mérite pas cette superbe bande-originale signée par John Carpenter. Les personnages sont antipathiques, la relation père-fille passe totalement à la trappe et les enjeux des antagonistes ne sont pas assez développés, si bien qu’il faudra composer avec une méchante qui en fait des caisses pour nous faire croire à son histoire. Le film aura beau faire brûler des chats à vif sans raison valable, cela ne suffira pas à nous attacher au parcours de cette enfant, dotée de pouvoirs sensationnels mais dangereux qu’elle ne maitrise pas, tant il est évident que le scénario conserve ses billes pour le show final.
Encore une fois, et à l’image de la dernière adaptation de Carrie – La Vengeance, Firestarter se repose sur les pouvoirs de son personnage au lieu de disséquer la métaphore qui se cache en seconde lecture. Résultat, le film de Keith Thomas est mou du genou et cruellement prévisible. Ni surprise ni frisson ne viendra sauver cette déception sur film alors que Firestarter s’étire bien trop longtemps malgré ses 94 minutes de somnolence, alors que le film s’évertue à transformer une enfant instable en tueuse née en l’espace de quelques minutes. Le peu exploré dans le film n’a finalement aucun sens : malgré son jeune âge, Charlie réagit violemment au moindre coup de colère… La science-fiction, c’est finalement la longévité des parents !

Dommage puisque le livre de Stephen, au-delà des pouvoirs et à l’image de Carrie, avait un postulat intéressant et toujours actuel puisqu’il observait dans son intrigue les manipulations et les mensonges du gouvernement. Au moment de la sortie du livre, les États-Unis étaient encore secoués par une guerre inutile, l’affaire du Watergate et le SIDA qui commençait à faire son chemin chez M. et Mme Toutlemonde (avec l’histoire qu’on connait autour du traitement). Par conséquent, l’opinion publique commençait à se méfier des hommes aux pouvoirs et l’histoire de Firestarter qui s’articule autour de tests médicamenteux en laboratoire fleure bon le contrôle et l’asservissement des populations. Des thématiques finalement transposables de nos jours mais Keith Thomas refuse d’aborder ces sujets et préfère jouer avec des allumettes et des CGI approximatifs pour épater la galerie – alors, très facilement, on a déjà vu mieux. Bref, aucun intérêt.

Au casting, Zac Efron (Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile, The Greatest Showman, Baywatch: Alerte à Malibu…) a bien du mal à nous faire croire à son rôle de paternel qui saigne des yeux, malgré ses efforts visibles. Face à lui, on retrouve Ryan Kiera Armstrong (The Tomorrow War, Black Widow…) qui, pour ma part, m’avait déjà bien agacée dans la dernière saison d’American Horror Story – Double Feature. Ici, la jeune actrice s’époumone à la demande, mais le films est tellement mollasson aux pour du deuxième lance-flammes j’avais déjà envie de dormir.  Autour deux, pas grand chose à sauver : Gloria Reuben (City on a Hill, Mr Robot…) en fait des tonnes sans avoir le moindre contexte mis en place pour accentuer le danger qu’elle est sensée représenté, Kurtwood Smith (Agent Carter…) vient collecter un chèque, tout comme John Beasley (Sinister 2..) et Sydney Lemon (Helstrom…). 

En conclusion, j’en attendais pas grand chose et… oui, j’ai quand même été déçue. Même si mon souvenir de lecture de Charlie n’est plus aussi vif, je m’attendais à ce que Keith Thomas propose une vision un poil plus sombre et plus flippante du personnage incontrôlable – un peu comme Brightburn par exemple. Bref, même si c’est bientôt la Fête du Cinéma, gardez vos sous : il y a bien mieux à voir en salles. À éviter. 

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